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Le harcelement moral ou la deshumanisation des salaries

Le harcelement moral ou la deshumanisation des salaries

Porter atteinte à la dignité humaine, à la santé physique ou morale d’un salarié, est répandu. Pourtant, les victimes peinent à prouver le harcèlement moral

Défini par le Code du travail, le harcèlement moral se manifeste par “des agissements répétés qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte aux droits de la personne, du salarié au travail et à sa dignité, d’altérer sa santé physique ou mentale ou tout simplement de compromettre son avenir professionnel”. Son auteur: un employeur, un cadre, un agent de maîtrise, un collègue de la victime. Agressions verbales ou insultes, intimidations, conflits ou agression, les risques de nuisances psychiques et corporelles sont pléthoriques. Il est donc important de les prévenir et de proposer, pour les situations urgentes, des réponses rapides aux salariés en difficulté.

Selon une étude européenne, 9% des salariés (1,9 million) subiraient humiliations, sarcasmes et autres brimades sur leur lieu de travail. Le harcèlement, la violence morale ou comment mettre des mots pour crier et dire l’inadmissible. Car les persécutions infligées peuvent mener les opprimés à la démission, la dépression, voire, parfois, au suicide. Dépréciation du travail, tentatives d’isolement, surcharge de tâches: les tactiques de “l’agresseur” sont multiples, mais visent à faire de la vie (professionnelle et personnelle) de son souffre-douleur un enfer.

De répétitions en répercussions

Les violences internes sont exercées au sein d’une entreprise par une personne ou un groupe de gens, détenteur ou non d’une autorité hiérarchique, à l’encontre d’autres employés. Elles incluent les cas de harcèlement moral et/ou sexuel. Pris isolément, certains de ces agissements peuvent parfois sembler sans conséquences. Mais leur répétition au quotidien peut affecter gravement ces personnes et avoir des répercussions importantes sur leur santé, physique et psychologique.

La dégradation des relations de travail qu’elles entraînent s’appuie assez fréquemment sur des dysfonctionnements ou des problèmes d’ordre organisationnel. L’absence de soutien social, de solidarité, de contre-pouvoir dans l’entreprise joue également un rôle, à la fois sur la survenue de ces violences et sur la capacité des salariés à y faire face.

Témoignage

E., 37 ans, est agent public et travaille au sein d’un grand ministère parisien. Après une intervention chirurgicale et un arrêt de travail d’un mois, sa hiérarchie lui impose un changement d’affectation sans qu’il n’y ait eu un seul mot évoquant ce sujet avant son départ. Étonnement et surprise, donc, de la part de E. qui devine déjà les raisons qui motivent ce bouleversement. Il quitte un poste intéressant, enrichissant, dans la communication pour un domaine qui lui est austère et totalement nébuleux: le contrôle de gestion. Madame G., sa toute nouvelle supérieure hiérarchique -qu’il ne côtoyait précédemment qu’à la photocopieuse- est une personne sympathique, oui, mais débordante de tristesse, de rancoeur et d’amertume. Tout s’éclaire, tout devient alors évident et lumineux: ce n’est que par ses mouvements de sollicitude et pour son indéniable écoute que cette mutation si soudaine a été opérée. Observation, analyse, E., ne ménage pourtant pas ses efforts pour tenter de comprendre Madame G. Il l’accompagne ainsi, quotidiennement, dans ses convulsions hystériques, ses soubresauts de mauvaise humeur. Pour n’être finalement qu’un psychothérapeute du dimanche pour cette femme malade d’elle-même et d’un système qui conforte son mal-être.

De scènes d’agitation mentale où celle-ci frappe frénétiquement le clavier de son ordinateur pour exprimer sa colère, celles-ci se transforment vite en un courant volcanique impossible à canaliser. Pire, lorsqu’une collègue entre dans le bureau que Madame G. et E. partagent, c’est une femme sautillante, souriante d’exclamations et de cris qui se fait jour. Elle hurle être incomprise, vocifère pour dénoncer l’incompétence de ses collaborateurs et collègues. Le regard atterré de la collègue se transforme vite en une complicité inquisitrice et accusatrice. Bien sûr, E. ne l’aide pas, E. est toujours en retard, E. part de bonne heure parce qu’il habite loin et E. ne connaît évidemment pas son travail. Tout de go, Madame G. de souligner, mais que fait E. au juste?

Déjà victime, E. ne sait que faire face à une telle situation. Logique quand l’oppresseur crée un climat délétère, moribond, où chaque pas qu’il fait se révèle être une fausse note dans la bonne marche de l’entreprise. De son entreprise. Mais malgré sa patience, il perd pied parfois et se noie petit à petit dans l’incompréhension et la désertion de sa hiérarchie malgré des appels au secours de le sortir de cette très inconfortable situation. Il essaie d’aérer le bureau devenu trop étouffant par la nicotine comme pour se libérer, s’affranchir de ce qui est déjà devenu une prison.

Pendant plus de deux années, longues et excessivement douloureuses, E. mènera un combat pour n’être autre chose que cette instrumentalisation de sa gentillesse naturelle que l’on a sciemment spoliée et sa joie de vivre négligemment aliénée pour servir des intérêts autres que professionnels. Lourd constat de la déshumanisation d’une personne dans l’intérêt de la supériorité hiérarchique.

Victimes, vous avez dit victimes ?

Le harcèlement doit être prouvé et c’est là tout le problème. Bon nombre de salariés victimes n’obtiennent que très difficilement des témoignages de leurs collègues et ils doivent donc convaincre les juges avec le peu de pièces dont ils disposent. De plus, ces derniers, submergés par ce phénomène de société, sont parfois peu sensibles aux complaintes qui l’accompagnent. La banalisation du terme de harcèlement moral pourrait, ainsi, à terme, desservir les vraies victimes.

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