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LAbbe Claude Germeau une vie au service des jeunes

LAbbe Claude Germeau une vie au service des jeunes

Belgique, banlieue de Liège… Un homme simple, au regard clair, au sourire chaleureux. Il gère depuis 40 ans un Foyer d’Accueil pour jeunes en difficulté.

Il vient ouvrir la porte du foyer avec une bonne humeur et une joie de vivre qui ne le quittent jamais. Il vous accueille en prenant instinctivement de vos nouvelles, en proposant une tasse de café, en mêlant chaleur, hospitalité, sollicitude.

L’Abbé Claude Germeau vit à Herstal depuis maintenant 27 ans. Son aventure a commencé il y a une quarantaine d’années. Ordonné prêtre en1961, il se voit confier la paroisse de Sainte Marie des Anges, dans le quartier de Fragnée, à Liège. Il est alors un jeune Vicaire de 32 ans et croit avec ferveur et passion, en le meilleur et l’amour qui sommeillent en chacun de nous.

La création du Foyer

Un jour d’hiver de l’année 1968, alors qu’il rentre au presbytère sous un temps maussade et pluvieux, il croise le regard de quelques jeunes mangeant des frites et assis nonchalamment sur le dos d’un banc. Blousons de cuirs, cheveux longs, l’allure rebelle, ils n’ont guère d’illusions sur l’avenir. L’Abbé engage la conversation et les invite à le suivre pour boire un café au chaud et discuter de tout et de rien. Les jeunes, d’abords étonnés par cette proposition assez inattendue, sont très vite séduits par cette idée et le suivent avec entrain. L’Abbé les écoutera parler de leurs vies, de leurs familles, de leurs misères, de leurs espoirs en l’avenir, si tant est qu’ils en aient encore quelques uns.

C’est ainsi que se crée le Foyer. Ces jeunes reviennent les jours suivants, un peu plus nombreux à chaque fois. Très vite la fréquentation double et pour qu’ils ne soient pas tentés de manquer les cours, l’Abbé règlemente alors les heures d’ouverture : avant et après les cours. En 1973, le foyer prend la forme d’une ASBL (Association Sans But Lucratif) et obtient donc un statut juridique qui lui permet de percevoir des dons provenant de la générosité des fidèles. Ces dons permettent à l’Abbé d’aider les jeunes dans leur vie de tous les jours, de leur apporter en plus d’une écoute et d’un soutien psychologique, une aide matérielle.

Ils peuvent ainsi venir quotidiennement regarder la télé, jouer à des jeux de société, au baby-foot, écouter de la musique, prendre une tasse de café qui leur est offerte, faire leurs devoirs, se reposer, discuter, échanger, partager et surtout trouver un peu de chaleur humaine, celle qu’ils ne reçoivent pas dans leur famille. L’Abbé est là pour les écouter, pour les conseiller, pour les aimer. En 1983, le Foyer déménagera dans la banlieue de Liège, à Herstal.

L’arrivée de Jérémie

C’est en janvier 2004 que l’Abbé Germeau fait la connaissance de Jérémie, un jeune français de 19 ans, arrivé à Liège depuis peu. Sur la proposition de l’Abbé, Jérémie s’installe au Foyer, le temps de remettre sa vie en ordre. Petite délinquance, soucis de justice, chômage, il souhaite désormais tirer un trait sur ce passé et repartir de zéro. Il commence à partager la vie du foyer auprès de l’Abbé et très vite est frappé par son témoignage de vie. Cet homme, d’une allure si fêle et si fragile, se dévoue, seul, pour tous ces jeunes, pour leur apporter soutien, écoute, présence, humanité. Jérémie ressent l’ultime appel et décide dans un premier temps de se convertir. Lui qui n’avait jamais reçu la moindre éducation religieuse, il poursuit ce chemin qui lui semble tout tracé et prononce ses Voeux pour devenir, par un beau jour de janvier 2005, Frère Jérémie-Marie de l’Eucharistie.

Jour après jour, Jérémie oeuvre auprès des jeunes qui viennent fréquenter le foyer. Son engagement est tenace et comme le dit souvent l’Abbé, sa vocation ne mûrit pas en serre chaude. Il est sur le terrain, il est au centre des réalités, confronté chaque jour à la détresse humaine, à la jeunesse en grande perdition. Lui qui aurait pu choisir une existence plus futile et ignorante, il apprend, il s’investit dans ses convictions, allant même jusqu’à suivre des cours de philosophie. Il sera prêtre, coûte que coûte, c’est son choix, son destin. Le chemin sera difficile, mais au bout, l’ordination et la communion suprême avec Celui qu’il chérit par dessus tout.

L’Abbé Germeau croit en Jérémie et voit en lui la relève de toute une vie de dévouement. Tout ce qu’il aura accompli pour ces jeunes ne sera pas une simple poussière dans le vent. Certes le Foyer n’a jamais été institutionnalisé mais ce n’est que par pure volonté de l’Abbé de ne pas tomber dans une bureaucratie austère et dénuée d’humanité. Tout ce qu’il a fait, c’est avec son coeur et ses convictions, et non pas avec des règles pré-établies ou des procédures bien éloignées de la réalité.

La mission dans le Carré

Début 2005, les journées deviennent de plus en plus difficiles au Foyer et la violence, l’incompréhension, l’individualisme et le profit ont réussi à s’y établir au point qu’il n’est plus possible pour l’Abbé de garder la structure ouverte dans sa configuration d’origine. C’est avec une tristesse non dissimulée qu’il se décide à fermer l’accueil. Les jeunes ne pourront plus venir comme avant. La délinquance est là, et trop là.

C’est décidé, puisque les jeunes ne viennent plus à eux, c’est eux qui iront désormais les retrouver afin de leur apporter écoute et entraide. Jérémie sillonne donc depuis plus de cinq ans le quartier du Carré à Liège. A première vue, c’est un quartier attrayant, chaleureux, vivant, et animé. Toute la jeunesse Liégeoise s’y donne rendez-vous après les cours ou bien au lieu d’aller en cours ! Il y en a pour tous les goûts, bars à tendance Pop, Electro, Gothique ou Heavy-Métal. Jérémie s’en va y passer entre deux et trois après midis par semaine.

Face à la jeunesse d’aujourd’hui

Il noue des liens d’amitié, il réconforte, écoute, renseigne, conseille, aide. Il ne juge pas. Il fait preuve de patience, de bienveillance, de générosité et de spontanéité. Il se promène de bars en bars, là serrant une main à un habitué, demandant des nouvelles du petit dernier, ici jouant une partie d’échecs avec un barman, un peu plus loin, il ira vers un groupe de jeunes qui, étonnés de voir un garçon de leur âge en sandales de cuir, le crâne rasé, et arborant une immense croix sur une veste monastique, ne pourront s’empêcher de venir l’interroger sur sa condition. Il échangera ses points de vue, il parlera de sa propre expérience de vie de ce que la foi a changé en lui. Au grand étonnement de son auditoire, il ne prêchera pas pour l’absolue conversion. Il prêchera pour la paix, la tranquillité des âmes, pour l’amour, tout simplement.

Aujourd’hui, le Foyer continue donc sa mission première auprès des jeunes avec l’oeuvre de Jérémie, mais aussi à travers les nombreuses actions menées par l’Abbé Germeau. Celui-ci est toujours empreint d’une immense sollicitude pour ceux qui n’ont pas la chance d’être entourés. Qu’il s’agisse de visiter des personnes âgées, ou encore des détenus au parloir, aider une famille dans le besoin, un jeune couple qui vient de s’installer.

Durant ces 40 années, l’Abbé Germeau a accueilli des milliers de jeunes, d’origines et de confessions différentes. La mission de l’Abbé n’a jamais été de les convertir à quelque religion que ce soit, mais plutôt de leur démontrer qu’avec de l’amour et de la persévérance, il était possible d’accomplir de grandes et belles choses.

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