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La voiture comme marque didentite sociale

La voiture comme marque didentite sociale

La fascination exercée, dans notre société, par l’automobile, dépasse largement le cadre du simple moyen de transport.

Au même titre que le téléphone portable largement détourné de sa fonction initiale, la voiture est devenue, dans notre société, bien plus qu’un moyen de transport, un marqueur d’identité sociale. Évolution irrémédiable ?

L’automobile symbole de réussite

Elle est considérée comme une des principales sources d’endettement du Français. Et pourtant, rares sont les personnes disposées à sacrifier leur image pour rouler dans une modeste automobile. Dans une société qui rejette sans vergogne les moins favorisés, l’exclusion et le mépris guettent également les possesseurs d’épave.

En haut de l’échelle salariale, les footballeurs nantis montrent une nouvelle fois l’exemple. Les voitures de luxe font partie de leurs privilèges et symbolisent une réussite sociale qu’il est de bon ton d’afficher publiquement. Pas question d’écorner leur image de marque en dérogeant à la règle. Bien loin l’époque où le gardien de buts monégasque Jean-Luc Ettori rejoignait son camp d’entraînement au volant de sa 2 CV. Une telle audace, au sein d’un milieu où le mimétisme est de rigueur, lui attirerait aujourd’hui les foudres de ses pairs.

Le règne de l’apparence

À l’opposé, pour éviter l’opprobre collectif, les plus démunis sont tentés de masquer les apparences en investissant dans des modèles peu adaptés à leur budget, quitte à rogner sur leur (maigre) qualité de vie. Mais quelle satisfaction de pouvoir, à leur tour, toiser, du haut de leur 4X4, les voisins qui ont refusé de mettre en péril l’équilibre de leur ménage. Le droit de mépriser autrui mérite bien quelques sacrifices !

Un pôle de résistance

Héroïques, quelques-uns refusent pourtant de sacrifier à la toute puissance des apparences. C’est ainsi que se comporte une corporation toujours encline à se démarquer de l’uniformité collective : celle du monde enseignant. Ils ne font pas pourtant partie des plus mal lotis (encore qu’ils en prennent le chemin !), ces professeurs ! Mais ils mettent un point d’honneur à privilégier l’être au paraître et refusent d’évoluer dans le sens imposé. Snobisme corporatiste, affirment les plus malveillants.

Le début d’une nouvelle ère

Une exception qui pourrait bien aujourd’hui faire tache d’huile car la crise a bouleversé l’équilibre d’une société soumise au diktat de l’apparence et poussé les conducteurs à jeter bas les masques. Naguère objet de la risée du monde occidental industrialisé, la modeste Renault Logan destinée aux SDF du macadam connaît ainsi aujourd’hui un regain de popularité. Dépourvue de toute option superfétatoire, exclusivement conçue pour avaler des kilomètres, elle est même considérée, malgré son look ringard, comme jolie, par ses partisans…Elle est surtout économique.

Car la crise a encore creusé le fossé qui sépare les possédants des possédés. Il devient donc de plus en plus difficile de faire illusion. Elle a également permis aux Français de prendre conscience que le bonheur ne résidait pas nécessairement dans le bien-être matériel. Mieux, la crise a généré un sursaut citoyen : développement du covoiturage, utilisation de moyens de transport moins polluants… un changement de comportement salvateur face à un moyen de transport qui avait outrepassé son statut. Une perversion de moins dans notre société si prompte à en fabriquer.

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