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La discrimination des enfants handicapes a lecole

La discrimination des enfants handicapes a lecole

Des élèves en situation de handicap victimes de marginalisation, d’exclusion et de préjugés: comment atteindre l’égalité des chances inscrite dans la loi?

En juillet 2010, une enquête de l’Insee révèle que la discrimination des personnes handicapées sévit encore plus à l’école, au collège ou au lycée, qu’en entreprise. Près de deux sur cinq des jeunes concernés en sont victimes, deux fois plus que les adultes.

En septembre 2010, un rapport sur les discriminations en milieu scolaire est remis au ministre de l’Éducation nationale. Il précise les différentes formes de discrimination liées au handicap et leur dangereuse banalisation.

De quelles discriminations s’agit-il?

“La discrimination consiste à refuser ce que l’on accorde à une autre personne ou un autre groupe en raison d’un des 18 critères définis par la loi” (rapport de septembre 2010), dont le handicap moteur, sensoriel ou cognitif.

Selon l’Association des paralysés de France (APF), il s’agit d’une discrimination “insidieuse, cachée, larvée, qui ne dit pas son nom”.

Le rapport de septembre mentionne cinq champs de discrimination négative.

Hostilité et rejet du handicap

Les parents d’élèves valides sont incriminés: ils craignent une baisse du niveau d’enseignement dans les classes accueillant un jeune handicapé. Il est même parfois question de pétitions pour demander le renvoi de l'”indésirable”.

D’autres situations, non signalées dans le rapport, sont toujours existantes. Les enseignants sont parfois en désaccord avec la politique d’inclusion des élèves handicapés, pour des raisons diverses:

  • peur d’une charge de travail supplémentaire;
  • peur de ne pas être assez compétent;
  • peur d’accueillir en classe des professionnels d’accompagnement;
  • idée que les enfants “différents” sont plus heureux ensemble.

Normes d’accessibilité non respectées

Les conditions matérielles sont parfois inappropriées: des salles de travail (informatique, centre de documentation) hors d’atteinte des élèves à mobilité réduite ne peuvent que les exclure d’un certain nombre d’activités.

Mais l’accessibilité ne se résume pas à un problème de locaux. En ce qui concerne les élèves sourds, par exemple, le recours en classe à un dispositif de communication adapté (langue des signes, “langue française parlée complétée” ou transcription écrite) n’est que rarement garanti.

Restriction des temps scolaires

Les projets de scolarisation à temps partiel, les refus d’accueil sans accompagnement par un auxiliaire de vie scolaire (AVS) sont fréquents. Comment un enfant qui n’apparaît en classe que la moitié du temps, parfois moins, peut-il être considéré comme un élève à part entière?

Malheureusement, cette formule de scolarisation “allégée”, sorte d’accueil “à l’essai” qui donne à l’enfant un statut d’élève en sursis, est souvent proposée dès l’entrée à l’école maternelle.

La présence constante d’un accompagnant auprès du jeune handicapé, hormis les cas où elle est absolument nécessaire, peut conduire à des dérives:

  • frein à l’autonomie de l’élève;
  • déresponsabilisation de l’enseignant qui se “décharge” sur l’AVS.

Marginalisation des élèves des classes adaptées

Les “classes localisées d’inclusion scolaire” (Clis) du premier degré et les “unités localisées d’inclusion scolaire” (Ulis) du second degré accueillent les jeunes dans l’incapacité de suivre la totalité des enseignements en classe ordinaire. Mais, parallèlement aux cours adaptés, ils doivent accéder à des activités partagées avec les élèves valides.

Pour favoriser cette orientation, la législation prévoit qu’ils soient inscrits dans leur classe de référence et non dans la structure spécialisée: un élève de 6 ans doit donc figurer dans la liste des élèves de la classe ordinaire de CP, même s’il ne la fréquente qu’à temps partiel.

Ces clauses ne sont pas toujours respectées. Les jeunes handicapés se situent en marge du dispositif de droit commun. Certains enseignants ou élèves parlent ainsi “des sourds” ou “des amblyopes” comme d’un groupe étranger à leur classe.

Exclusion lors de certaines activités

La mise à l’écart de l’élève handicapé est souvent dénoncée lors:

  • des sorties et voyages scolaires qui nécessitent un encadrement et une responsabilité supplémentaires;
  • de certaines activités récréatives, culturelles ou éducatives, considérées comme non prioritaires, qui seront remplacées par des séances de soutien ou de rééducation spécifiques.

Une problématique qui dépasse la sphère scolaire

Le rapport rendu au ministre de l’Éducation nationale insiste sur la nécessité:

  • d’une éducation civique appropriée dès l’école élémentaire;
  • d’une information des enseignants avant l’accueil de l’élève handicapé;
  • de la formation adéquate des personnels.

Pour pallier l’insuffisance à ce dernier niveau, une formation “e-learning” est proposée par la “Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité” (Halde).

Pour participer à l’éducation des enfants, des initiatives émergent dans le domaine du théâtre (“Espèce de”, pour prévenir la discrimination à l’école).

Mais la tâche est ambitieuse, car la cause profonde des discriminations se situe au-delà de l’école. Elle prend racine dans un contexte sociétal de préjugés et de pensées stéréotypées.

“Pour les autres, être malentendant, c’est être bête” témoigne un jeune sourd. “Je le ressens à la manière dont ils me parlent.”

L’élève handicapé qui témoigne de trop de compétences est aussi victime de discrimination: suspecté de n’être pas vraiment déficient, jalousé par ses camarades, accusé de bénéficier d’aides compensatoires dont il n’a pas besoin. Il n’est pas conforme à l’image attendue. Il devrait être significativement:

  • “inférieur”, permettant ainsi aux autres de manifester des sentiments de pitié, ou au mieux de solidarité;
  • “différent”, afin d’inciter au respect et à la tolérance.

L’égalité des chances ne peut s’appuyer sur des attitudes aussi restrictives.

Dénoncer les discriminations: difficile mais nécessaire

Selon la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP), la discrimination est difficile à appréhender, car elle ne peut être pénalement condamnée que si la preuve est apportée de son caractère illégitime.

Or, à l’école, la discrimination directe (moqueries et injures) est souvent le fait de mineurs irresponsables sur le plan pénal. Selon le rapport de septembre, il est surtout question de discrimination:

  • indirecte ou “pratique neutre en apparence mais qui entraîne un préjudice” (tel le refus d’accueil sans accompagnant argumenté par l’intérêt de l’enfant);
  • systémique ou “organisation générale discriminatoire sans intention négative manifeste des acteurs” (telle la sélection restrictive des orientations).

Des discriminations qui conduisent les jeunes handicapés et leur famille à l’habituation, la dévalorisation et la honte.

Beaucoup de parents se taisent, craignant des “représailles”: les enseignants pourraient en vouloir à l’enfant. Ils acceptent, au risque de donner au jeune handicapé un modèle de passivité et de résignation.

Il est cependant possible d’oser:

  • parler aux enseignants des difficultés éventuelles;
  • demander de l’aide aux associations;
  • saisir la Halde dans les cas les plus graves.

CONT 11

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