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La Belgique terre daccueil denfants et adultes handicapes

La Belgique terre daccueil denfants et adultes handicapes

Des milliers de personnes handicapées, souffrant notamment de troubles autistiques ou mentaux, ne trouvent pas de réponse adaptée à leurs besoins en France.

Comment expliquer la “fuite” d’un nombre croissant de personnes handicapées françaises vers la Belgique ?

Quelques chiffres

Selon un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS), environ 3 600 enfants et adultes handicapés français étaient accueillis dans des établissements médico-sociaux (EMS) de Belgique en 2005. 1 400 enfants y étaient scolarisés dans des établissements spécialisés.

En 2009, on estime à plus de 2 000 le nombre d’enfants ainsi “exilés”, dont la moitié serait issue de la région Nord-Pas-de-Calais. On note une augmentation de 25 % entre 2007 et 2008 selon Alain Mariage, directeur de la CPAM de Roubaix Tourcoing.

Les enfants entre 6 et 20 ans sont accueillis dans 26 établissements conventionnés par l’assurance maladie française.

Qui sont les “clients” des services belges ?

Il s’agit essentiellement d’enfants ou d’adultes souffrant de troubles autistiques ou mentaux.

Si la majorité vient des régions frontalières, des demandes émanent de régions diverses : Est, Île-de-France, Touraine, Alpes… Plus la résidence est éloignée, plus l’accueil sera conditionné à un séjour en internat de semaine. Pour les autres, les transports peuvent être néanmoins longs et fatigants au quotidien.

Modes de financement

Les frais relatifs aux enfants sont couverts par la caisse primaire d’assurance maladie : éducation, soins, transports. Les conseils généraux assurent les frais relatifs aux adultes.

Les causes de cet “exode”


Le manque de places dans des structures adaptées en France est généralement mis en avant. “On estime qu’il manque 50 000 places pour les enfants et adultes autistes”, explique Évelyne Friedel, présidente de l’association Autisme Europe. Il est fréquent qu’une famille doive attendre deux à trois ans qu’une place adaptée se libère.

Deux causes historiques pourraient l’expliquer :

  • La fuite d’un certain nombre de congrégations religieuses chargées de l’éducation des jeunes handicapés, lors de la séparation de l’Église et de l’État : leurs établissements souvent installés en région wallonne ont ensuite été gérés par des associations (selon le rapport de J.F Chossy, député de la Loire, en 2003).
  • La logique de spécialisation des territoires a conduit à la mise en place d’institutions spécialisées dans certaines régions, au détriment des autres : souvent localisées en Corrèze, dans l’Ardèche ou l’Aveyron, mais insuffisamment en Île-de-France (1).

En outre, il semblerait que le regard des professionnels belges porté sur le handicap diffère de celui de leurs homologues français :

  • Les troubles du comportement sont plus facilement reconnus comme un handicap en Belgique, autorisant ainsi une prise en charge adaptée.
  • Les méthodes utilisées seraient plus efficaces ; selon P. Grard, de l’association Pas-de-Calais autisme, “une fois qu’on a goûté à la Belgique, très peu reviennent ; eux s’adaptent à l’enfant ; en France, c’est l’inverse”.

De quelles méthodes s’agit-il ?

En France, le traitement de l’autisme peine à se détacher d’une définition “psychologique” de la maladie. Il reste donc traditionnellement d’ordre psychanalytique, avec une efficacité jugée insuffisante.

La Belgique affiche une prise en compte plus pragmatique d’un handicap dont on a reconnu les causes neurologiques, et souvent génétiques : méthodes éducatives comportementales (ABA), cognitives ou développementales apporteraient des résultats plus significatifs, sur la base d’une intervention précoce et structurée.

Selon le directeur de la Caisse nationale de solidarité et d’autonomie (CNSA), Laurent Vachey, “la dimension sanitaire est encore trop prégnante dans la prise en charge du handicap psychique” en France. La logique de soins prévaut souvent. Le monde médical belge bénéficierait d’une plus grande liberté d’action. “Nous sommes sûrement moins avancés en France sur la capacité à concevoir le fait que ce handicap est une maladie qu’il est possible de stabiliser et qui demande un accompagnement particulier”, ajoute M. Vachey.

Dans les années 1980, le même genre de problème se présentait aux parents d’enfants sourds. Ayant découvert et expérimenté avec succès une méthode nouvelle venue des États-Unis (le cued speech, rebaptisé “langue française parlée complétée” ou LPC), ceux-ci ne comprenaient pas le phénomène suivant : le centre Comprendre et Parler, institution spécialisée de Bruxelles, s’était aussitôt intéressé à cette voie nouvelle, multipliant recherches et expérimentations ; les établissements français affichaient généralement de l’indifférence, voire une franche hostilité face à ce qui pouvait remettre en cause leurs pratiques.

Questions posées

Si “la santé n’a pas de frontières” selon Alain Mariage, la “migration” régulière, longue et fatigante, de milliers de personnes handicapées vers la Belgique n’est pas une bonne réponse à leur problématique. En novembre 2007, le Comité national d’éthique avait tiré la sonnette d’alarme à ce sujet.

Le risque de dérives commerciales est aussi signalé. Certaines structures belges accueillent essentiellement des enfants français : le financement est en effet assuré, via l’assurance maladie. Selon Agnès Woimant, vice-présidente de l’association Autisme France, “en Belgique, on trouve le meilleur mais aussi le pire”.

Les solutions proposées en région wallonne ne séduisent pas tous les usagers. S’appuyant sur les valeurs portées par la loi “Handicap” de 2005, beaucoup attendent des propositions plus “intégrées”, notamment au niveau scolaire. Les réponses supposent la mise en place d’accompagnements de qualité. La carte “auxiliaires de vie scolaire” ne peut être jouée avec efficacité qu’après un plan de formation rigoureux. Comment un auxiliaire peu ou non formé peut-il être missionné pour “gérer les crises d’angoisse d’un enfant autiste” scolarisé en milieu ordinaire ? C’est hélas ce qui est parfois notifié au sein des projets individualisés de scolarisation.

Est enfin pointé du doigt le pouvoir prépondérant du secteur médical dans l’accompagnement du handicap. Quels que soient ses savoirs et compétences, ce milieu apparaît souvent comme conservateur et peu enclin à promouvoir l’innovation. C’est du moins ce que pensent nombre d’associatifs, représentants de tous les types de handicaps. En France, la personne handicapée est un “malade à soigner” avant d’être un individu particulier devant bénéficier d’une éducation appropriée.

(1) Sources : entretien avec Laurent Vachey, directeur de la Caisse nationale de solidarité et d’autonomie (CNSA), in Valeurs mutualistes MGEN, juillet-août 2010.

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