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JeanPaul Huchon president de region en sursis portrait de A a Z

JeanPaul Huchon president de region en sursis portrait de A a Z

Le Conseil d’État renvoie le dossier du président PS d’Ile-de-France, menacé d’inéligibilité, devant le Conseil constitutionnel. Abécédaire.

  • A comme «l’Affaire des Affiches».

C’est vrai, le président de la région Ile-de-France n’a guère de charisme et il zozote un peu. Mais ne vous y fiez pas, Jean-Paul Huchon gère non seulement l’institution comme une entreprise, mais il est aussi rompu aux techniques les plus modernes de communication. C’est d’ailleurs une campagne d’affichage dans le métro, réalisée du 9 au 20 septembre 2009, qui lui vaut aujourd’hui des ennuis.

A six mois des élections régionales de mars 2010, les Franciliens ont découvert les chantiers engagés pour les prochaines années. Or, les 800 000 euros de cette publicité auraient dû être inclus dans les comptes de campagne. Cela n’a pas échappé à un jeune militant de l’UMP qui a déposé un recours contre la victoire de Jean-Paul Huchon (voir la lettre R). «Que risque-t-il?, s’interroge L’Express. L’invalidation de son élection, un an d’inéligibilité et une très forte sanction financière, puisqu’il devra prendre en charge ses dépenses de campagne, non remboursés par l’Etat, soit deux millions d’euros.»

  • B comme Édouard Balladur.

Longtemps dans l’ombre de Michel Rocard (voir la lettre M), cet homme bardé de diplômes fait deux carrières parallèles, l’une en politique, l’autre dans le secteur privé (voir la lettre S). En 1986, il est directeur général du Crédit agricole quand Edouard Balladur devient Premier ministre. Fluctuat.net écrit : «A la tête du Crédit agricole (…), il est chassé par Édouard Balladur lors de la privatisation de la banque. Le ministre des Finances de l’époque lui tient ce discours: «Votre réputation n’est pas arrivée jusqu’à mes oreilles. A partir de maintenant, vous n’avez plus de bureau, plus de voiture, plus de chauffeur, plus de secrétaire. Au revoir, M. Huchon.» « M. Huchon » contient sa colère. Il sait désormais qu’il doit s’imposer seul.»

Annulation de l’élection ou non? Décision au printemps

  • C comme «Conseil d’État et Conseil constitutionnel».

Dans l’affaire des comptes de campagne, saisi d’un recours d’un militant UMP, le Conseil d’État décide, le 3 décembre 2010, de demander l’annulation de l’élection de Jean-Paul Huchon de mars 2010. Le président de région répond en déposant, par l’intermédiaire de son avocat, Me Frédéric Thiriez, une Question prioritaire de constitutionnalité. L’Express explique ce qu’est une QPC: «Depuis le 1er mars 2010, tout citoyen français peut contester la constitutionnalité d’une loi selon laquelle il a été jugé coupable. Si le Conseil d’Etat juge recevable cette QPC, il la transmettra au Conseil constitutionnel, qui disposera alors de trois mois pour évaluer si, oui ou non, Jean-Paul Huchon peut être déclaré coupable».

Cette fois, le rapporteur du Conseil d’État lui donne raison lundi 24 janvier, en recommandant le renvoi du dossier devant le Conseil constitutionnel. Le Figaro rappelle l’objectif du président de région: gagner du temps (jusqu’au printemps) et «démontrer que l’automaticité ainsi que la lourdeur des sanctions visant le chef de l’exécutif régional sont «inconstitutionnelles».

  • D comme Dominique Strauss-Kahn.

Jean-Paul Huchon roule depuis longtemps pour DSK. Il partage avec lui une relation décomplexée avec le pouvoir économique, les affaires et l’argent. Comme lui, il demande à ses amis socialistes d’en finir avec la doctrine du marxisme, dans un livre, De battre ma gauche s’est arrêtée (1), et dans une interview au Figaro. «En 1998, écrit le Journal du Dimanche, Dominique Strauss-Kahn lui laisse la tête de liste régionale en Ile-de-France parce qu’il veut rester ministre des Finances, mais il donne quand même un coup de main à la campagne. «Strauss était l’idole des journalistes, les caméras l’entouraient sans cesse et moi je faisais campagne tout seul. C’était pénible, mais bon…», soupire Huchon».

  • E comme «Études ou ENA».

Né le 29 juillet 1946, à Paris, Jean-Paul Huchon intègre Sciences Po à 20 ans puis l’École nationale d’administration. Issu de la promotion Thomas More, un bon cru, il côtoie Claude Guéant, l’actuel secrétaire général de l’Élysée, Jean-Claude Trichet, le futur président de la banque centrale européenne (BCE) ou encore Michel Bon, l’ex-patron de France Télécom.

Un protocole d’accord pour le «Grand Paris»

  • G comme «Grand Paris».

Après des mois de négociations et à l’issue du Conseil des ministres du mercredi 26 janvier 2011, un protocole d’accord doit être officialisé entre le gouvernement et la région Ile-de-France sur les transports des Franciliens, dans le dossier du «Grand Paris». Ce qui fait écrire à L’Express du 24 janvier: «Il tient enfin son «accord historique». Jean-Paul Huchon, président (PS) de la région Ile-de-France, est décidé à valider coûte que coûte un compromis avec le gouvernement sur le réseau de transport du Grand Paris -et cela même si ses alliés d’Europe Ecologie-Les Verts (EELV) maintiennent leur opposition».

L’État donne des garanties financières pour moderniser les RER, rénover la ligne 13, prolonger les tramways. Un métro automatique fera le tour de la capitale. «A l’Est de Paris, explique encore L’Express, deux lignes sont finalement retenues: l’Arc Grand Est, qui épouse le tracé du métro du Grand Paris (du Bourget à Champigny en passant par Clichy-Montfermeil et Chelles); et une deuxième rocade plus proche de Paris (de Bobigny à Champigny en passant par Rosny-sous-Bois)». La traversée du plateau de Saclay est le dernier point de désaccord mais il n’empêche pas la signature du protocole.

  • H comme «Homme d’affaires».

Jean-Paul Huchon fait sa révolution. Membre du PSU de Michel Rocard à 20 ans, puis du PS à 24, il entame, dès 1991, une belle carrière dans l’industrie du luxe, en devenant le bras droit de l’homme d’affaires milliardaire, François Pinault, avant de rejoindre, en 1998, le cabinet de chasseur de têtes Progress Associés en tant que vice-président.

  • L comme «Libéral et européen».

Dans son livre De battre ma gauche s’est arrêtée (1), on trouve quelques phrases susceptibles de hérisser les socialistes les plus orthodoxes: «Le marché est la seule méthode pour gérer les échanges entre les hommes, les sociétés et, d’une manière générale les acteurs économiques », « Il faut se réjouir d’entrer enfin dans un monde complètement ouvert, même s’il est beaucoup plus dominé par la finance que par la logique strictement industrielle ».

Son rapport à la nation et à l’Europe ? «Je ne crois plus à la nation et à cette histoire d’identité nationale, écrit-il dans son essai. (…) Je vous livre le fond de ma pensée: je me sens plus européen que Français. Il m’est très facile d’imaginer une cosmogonie institutionnelle dans laquelle il y aurait l’Europe, directement branchée sur les régions, et les régions sur des communes regroupées par l’intercommunalité».

Un portrait peu flatteur d’un Michel Rocard affaibli

  • M comme Michel Rocard.

Jean-Paul doit presque tout à Michel. D’ailleurs, il le suit dès son plus jeune âge, d’abord au PSU, puis comme maire-adjoint de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) de 1977 à 1994, date à laquelle il devient le maire. De 1981 à 1991, il est directeur de cabinet de Michel Rocard quand ce dernier est ministre du Plan (1981-1983), puis ministre de l’Agriculture (1983-1985) et enfin Premier ministre (1988-1991). Il raconte cette expérience en 1993 dans un livre, Jours tranquilles à Matignon (2), avant d’expliquer, dans La Montagne des singes (3) comment il a lâché son mentor en plein naufrage en 1991, pour soutenir Lionel Jospin.«Nul doute, écrit Denis Jeambar dans L’Express, en mars 2003, que Michel Rocard n’appréciera guère ce récit qui le dévoile crûment et que signe son ancien collaborateur le plus proche, qui était aussi son ami».

  • P comme «Prise illégale d’intérêt».

En février 2007, Jean-Paul Huchon est condamné pour avoir poussé le Conseil régional à passer contrat avec trois sociétés de communication qui employaient sa femme, en 2002 et 2003. Poursuivi pour «prise illégale d’intérêts», il est condamné à six mois d’emprisonnement avec sursis, 60 000 euros d’amende et un an d’inéligibilité. Le président du Conseil régional fait appel et, si les autres condamnations sont confirmées, il n’est finalement pas privé de ses droits civiques et civils. En revanche, il est relaxé du chef d’emploi fictif, car la loi n’interdit pas un élu d’employer son épouse.

  • R comme «Conseil Régional».

En 1998, disent ses détracteurs, il écarte Michel Rocard en raison de son âge et se présente à la place de Dominique Strauss-Kahn à la tête de la région. Il est élu mais n’obtient, face à la droite et au Front national, qu’une majorité relative. Il va alors mettre en œuvre un vrai talent pour le consensus. Il est réélu en 2004 au poste de président. A partir de 2007, note Wikipedia, «sa révision du schéma directeur de la région Île-de-France rencontre l’opposition du gouvernement où Christian Blanc doit élaborer un projet de « Grand Paris » en contradiction avec les propositions du conseil régional». Peu connu du grand public, écrit encore Wikipedia, «il gagne en notoriété lors de la campagne des élections régionales françaises de 2010 ».

  • T comme «prix du Ticket de métro».

«Flagrant délit d’ignorance alors qu’il préside depuis 12 ans la région». L’UMP n’a pas manqué (sur Twitter) l’occasion de commenter la bourde de Jean-Paul Huchon. Le président sortant de la région Île-de-France, par ailleurs président du syndicat des transports d’Ile-de-France (Stif), n’a pas su répondre à la question du prix du ticket de métro. Interrogé sur France Info, il a répondu : «Moi je me réfère plutôt au carnet, c’est dans la zone des 15 €».

  • V comme «Europe Écologie-Les Verts».

Jusqu’au bout, même s’ils sont dans la majorité au Conseil régional, les Verts et Jean-Paul Huchon se battent sur le dossier des transports. Rue89 révèle ainsi, le 20 septembre 2010, le contenu d’une lettre adressée par Cécile Duflot et Jean-Vincent Placé au président de la région. «C’est avec stupéfaction que nous avons découvert, sans en avoir été ni informés ni consultés préalablement, dans les couloirs du métro et du RER, la nouvelle campagne de communication du Stif (…) Alors que nos concitoyens et concitoyennes se déplacent encore dans des conditions parfois difficiles, il (…) est permis de s’interroger sur la charge financière de telles campagnes.» Et de conclure en substance : «Moins de com et plus d’action sur le transport.»

(1) De battre ma gauche s’est arrêtée, de Jean-Paul Huchon, édition Le Seuil, 2008, 13 euros.

(2) Jours tranquilles à Matignon, de Jean-Paul Huchon, édition Grasset, 1993, 16 euros.

(3) La Montagne des singes, de Jean-Paul Huchon, édition Grasset, 2002, 17,50 euros.

CONT 12

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