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Jacques Servier le pere du Mediator portrait de A a Z

Jacques Servier le pere du Mediator portrait de A a Z

Rapport accablant de l’Igas, citation à comparaître, lâchage des laboratoires. La pression monte sur Jacques Servier. Portrait.

  • A comme «Assignation».

Jacques Servier, 88 ans, fabricant du Mediator, un antidiabétique prescrit à 5 millions de patients qui aurait causé la mort de 500 à 2000 personnes, est cité à comparaître avec les responsables de la firme Servier le 11 février 2011 devant la 15e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Nanterre. «Six malades (ou héritiers de malades décédés) attaquent le laboratoire Servier, écrit Le Figaro, pour avoir «délibérément trompé les patients consommateurs de Mediator sur la nature, l’espèce et les qualités substantielles, la composition» du médicament». Jacques Servier risque quatre ans de prison. Durant l’audience, Irène Frachon, qui a découvert le scandale, et le député socialiste Gérard Bapt, qui l’a révélé au public, seront entendus ainsi que de nombreux experts.

  • B comme Xavier Bertrand.

Le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, s’est dit «stupéfait» par les propos tenus par Jacques Servier et révélés par Libération, réduisant le scandale du Mediator à «trois morts». «Si ces propos ont été réellement tenus, alors oui, je suis stupéfait», a répété à plusieurs reprises Xavier Bertrand lors d’une conférence de presse sur la médecine de proximité. Xavier Bertrand était ministre de la Santé en 2006 quand il a prolongé le remboursement du Mediator alors que deux de ses conseillers étaient des médecins rémunérés par les laboratoires Servier.

Il entend réformer le système de santé pour éviter ce genre de dérapage. «Sur le plan de la pharmacovigilance, écrit Le Point du 17 janvier 2011, le projet de loi du ministre sera présenté «avant la fin de l’année» mais pour «les textes de portée réglementaire, ce sera plus tôt que cela encore». Le gouvernement veut réformer le système des autorisations de mise sur le marché des médicaments. Il faudra prouver que le bénéfice pour le patient est au moins équivalent aux produits de référence déjà sur le marché».

De plus, ce sera aux laboratoires de démontrer que leurs produits ont une action positive et non aux autorités de prouver qu’il est dommageable à la santé. L’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) sera dotée d’une nouvelle direction, bicéphale, et disposera d’un budget alloué par l’État et non plus les laboratoires (voir la lettre P).

«Le Mediator coûtera 2 milliards d’euros»

  • C comme «Caisse nationale d’assurance maladie».

«L’affaire pourrait représenter un coût de deux milliards d’euros au total pour le système de santé français», estime le député socialiste Gérard Bapt, qui préside la mission d’information parlementaire sur le Mediator. 900 millions sont les sommes versées par la Caisse nationale d’assurance-maladie et 300 millions par les mutuelles. Si l’on ajoute les centaines de millions que devraient percevoir des centaines de patients malades ou de familles de victimes, on arrive en effet à deux milliards d’euros.

  • D comme «Drame familial».

Jacques Servier a vécu un terrible drame familial en 1999, écrit Le Parisien en 2005. L’une de ses filles a été condamnée à 5 ans de réclusion pour avoir tué à coups de hache son mari, alors qu’elle était sous l’emprise d’une très forte dose d’antidépresseurs.

  • E comme «Enquête préliminaire».

Les gendarmes de l’Office central de lutte contre les atteintes à l’environnement et à la santé publique (Oclaesp), en charge des investigations dans le cadre de l’enquête préliminaire ouverte par le pôle santé du parquet de Paris, ont perquisitionné les locaux des laboratoires Servier, nous apprend Le Parisien du 19 janvier 2011. «De très nombreux documents ont été récupérés par les enquêteurs. Des pièces concernant notamment l’élaboration, la fabrication, les tests et le protocole de mise en circulation de ce médicament ont été saisies.»

20 000 salariés, 3000 chercheurs

  • F comme Irène Frachon.

Le plus dur aura été de savoir ce qu’il y avait dans le Mediator. «Irène Frachon, 47 ans, pneumologue à l’hôpital de Brest, a dû enquêter quinze mois, raconte l’hebdomadaire Le Point le 18 décembre 2010, pour découvrir de quoi était composé cet adjuvant, vendu massivement dans nos pharmacies depuis 1976». Il fallait, dit-elle, «être prix Nobel de médecine pour parvenir à lire la notice de sa composition».

  • I comme «rapport de l’Igas».

«Le rapport de l’Inspection général des affaires sociales (Igas) accable le laboratoire Servier», titre Les Échos le 17 janvier 2011 qui écrit: «Après avoir épluché des dossiers scientifiques et administratifs courant sur quarante ans, les inspecteurs éreintent le comportement et la stratégie «des laboratoires Servier, qui, pendant trente-cinq ans, sont intervenus sans relâche auprès des acteurs de la chaîne du médicament pour pouvoir poursuivre la commercialisation du Mediator (…) Pour reprendre une expression revenue à plusieurs reprises dans les témoignages recueillis par la mission, ils ont «anesthésié» ces acteurs de la chaîne du médicament et même, selon deux anciens présidents de commission d’autorisation de mise sur le marché, les ont «roulés dans la farine»».

  • I (bis) comme Isoméride

L’Isoméride, un coupe-faim retiré de la vente en 1997 par l’Afssaps, a valu au laboratoire Servier, le 17 septembre 2010, une condamnation à verser 210 000 euros de dommages et intérêts à une patiente qui se plaignait de graves problèmes cardiaques après avoir pris le médicament.

L’Alli ou le Champix mis sous surveillance

  • J comme Jacques Servier.

Âgé aujourd’hui de 88 ans, Jacques Servier, docteur en médecine, fonde les laboratoires Servier en 1954, après avoir racheté une usine de sirop à Orléans. L’entreprise française, qui compte 20 000 salariés dans le monde dont 3000 chercheurs, a commercialisé 750 millions de boîtes de médicaments en 2007 et réalisé 3,6 millions de chiffre d’affaires en 2009. Parmi ces médicaments, de grandes réussites comme le Diamicron contre le diabète et le Coversyl contre l’hypertension.

Jacques Servier, qui a organisé sa succession auprès de ses quatre enfants en créant une fondation, est l’un des hommes les plus riches de France avec une fortune estimée à 3,8 millions d’euros, selon le magazine Challenges.

  • L comme «Liste de médicaments sous surveillance».

L’Agence Francaise de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) a mis 76 médicaments émanant de plusieurs laboratoires sous surveillance. Le Parisien publie une liste de 59 d’entre eux parmi lesquels l’Alli (contre le surpoids) ou le Champix (anti-tabac). Le responsable de la revue Prescrire, Bruno Toussaint, regrette que ce ne soient pas des experts indépendants mais les laboratoires eux-mêmes qui surveillent leurs effets secondaires et livrent leurs conclusions à l’Afssaps. Ils sont, en quelque sorte, juges et parties.

  • M comme «Morts» ou Mediator.

Le Mediator a été commercialisé en France par le laboratoire Servier de 1976 à novembre 2009, date où il a été interdit, à la suite de l’entêtement du docteur Frachon et du député PS Gérard Bapt. Il est à l’origine un anti-diabétique pour les obèses mais rapidement prescrit par les médecins comme un coupe-faim, pour les patients désireux de perdre du poids. Il serait responsable de 500 à 2000 morts selon les études et de 3 500 hospitalisations en France

Un Français sur 3 se méfie des médicaments

  • N comme Nicolas Sarkozy.

En juillet 2009, le président de la République élève Jacques Servier au grade de Grand-Croix de la Légion d’honneur. «En tant qu’entrepreneur, lui dit Nicolas Sarkozy, vous avez été souvent sévère à l’endroit de l’administration française». C’est justement cette lourdeur administrative qui a permis au laboratoire de retarder le retrait du médicament. Le président Sarkozy connaît Jacques Servier depuis 1983, et il a été son avocat, notamment chargé des affaires fiscales de la société. Libération révèle qu’au début de l’année 2000, l’homme d’affaires aurait consulté l’avocat pour son projet de fondation.

  • P comme «industrie Pharmaceutique».

«Il ne nous semble pas inutile que Servier renonce à un certain nombre de postes importants, comme les présidences de groupe ou la présidence de la commission économique du Leem», indique Christian Lajoux dans Les Echos, mardi 18 janvier 2011. Le patron des Entreprises du médicament (Leem) approuve par ailleurs la mesure du ministre de la Santé qui propose que le financement de l’Afssaps soit désormais assuré par une subvention de l’Etat et non plus directement par les contributions de l’industrie. L’Etat percevrait ces taxes et les reverserait à l’Afssaps. De quoi lever «le doute qui persiste sur les liens financiers entre les industriels et l’Agence».

  • S comme «Sondages».

Un Français sur trois se méfie des médicaments, révèle un sondage publié dimanche 16 janvier par Le Parisien après la révélation du scandale du «Médiator». 64% des Français ont «tout à fait confiance» (15%) ou «plutôt confiance» (49%) dans les médicaments qu’ils utilisent. Ils sont en revanche 35 % à ne pas faire confiance aux médicaments: 21% n’ont «plutôt pas confiance» et 14 % «pas du tout confiance». Le Parisien en conclut : «C’est la fin d’un certain âge d’or: le temps où le médicament jouissait d’une image de sauveur sans défaut est aujourd’hui révolu».

(1) Sondage CSA Le Parisien/Aujourd’hui en France réalisé par téléphone les 12 et 13 janvier auprès d’un échantillon national représentatif de 999 personnes âgées de 18 ans et plus, constitué d’après la méthode des quotas.

CONT 12

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