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Composition dune peinture classique quelques reperes simples

Composition dune peinture classique quelques reperes simples

Voici quelques repères pour comprendre la lecture des lignes de composition et d’organisation du plan pictural.

Par quelle magie la communication, et parfois la communion, s’établit-elle entre le spectateur et l’œuvre d’art? Faut-il parler la même «langue» pour comprendre et aimer la peinture? Le travail artistique permet une rencontre, il est un objet de curiosité; il peut provoquer l’indifférence, l’attirance ou le rejet; parfois sa contemplation se perd dans une longue méditation. Quelles résonances permettent de créer ces liens?

La composition, par la lisibilité qu’elle donne au tableau en est une.

Les lois de la composition

Les contraintes de composition sont imposées, parfois, par la disposition des lieux et les structures architecturales: les espaces peints dans les voûtes des monuments nécessitent quelques adaptations; la chapelle Sixtine en est la parfaite illustration, le génie de Michel Ange s’est exercé sur une voûte en berceau de quarante mètres de long qu’il a compartimentée pour séquencer l’histoire de la Genèse, présenter les ancêtres du Christ, les prophètes, les sibylles.

Les murs, eux-mêmes, parmi les plus célèbres, ceux des Stanze du Vatican, œuvre de Raphaël, les retables, les polyptiques sont autant de surfaces à organiser, à rendre cohérentes et lisibles pour le spectateur. Le tableau dispose, lui, d’une unité plate rectangulaire ou carrée, respectant souvent le nombre d’or, pour une surface harmonieuse.

Les compositions simples

La platitude du support est soulignée, dans La Vierge et l’enfant en majesté de Cimabue (XIIIe siècle), les personnages sont groupés, étroitement unis, dans la valeur décorative de la peinture autour d’un trône monumental soutenu par six anges. Des artifices de perspective, le trône de côté, comme suspendu dans les airs, et les marches de face confortent la frontalité que le style byzantin a initialisé. L’époque est gothique, l’ère chrétienne est à ses débuts, seuls le message et la présence du divin sont essentiels ; la réalité des images, assemblées ici en plans horizontaux et verticaux, est accessoire.

Dans le tableau : Famille de paysans (Le Nain 1642), la juxtaposition de personnages nettement séparés les uns des autres, de face ou de trois quart, sorte de figurants absorbés dans leurs occupations, aux gestes suspendus, à l’expression intériorisée, crée une atmosphère intemporelle. Le long d’une frise se présente à nous des figures sans hiérarchie, même celle du patriarche n’est pas dominante, seul le chapeau à larges bords semble distribuer le reste de la composition.

Dans Les Bergers d’Arcadie (Poussin 1638), le cercle, dans une composition symétrique, regroupe les quatre protagonistes de la scène, figures de la statuaire antique dans un équilibre harmonieux des verticales et des horizontales. Aucune ligne oblique ne vient perturber le calme et l’ordonnancement parfaitement adaptés à leurs fins, celle de la méditation et du questionnement sur la signification des mots inscrits sur le tombeau: «Et in Arcadia ego».

Géricault utilise précisément des diagonales croisées, formant une composition en X, pour exprimer les tensions et les conflits qu’offre le spectacle du Radeau de la Méduse (1819); la première s’appuie sur le cadavre renversé en bas à droite, l’autre culmine à l’avant du radeau provoquant un déséquilibre pour traduire visuellement le drame de la situation.

Le triangle est adopté par Cézanne pour l’organisation des Grandes Baigneuses (1898), la déformation des corps participe à l’édification de l’édifice spatial. Cette période de Cézanne a été ainsi nommée constructive, par cette ascèse il détermine une structure rythmée, douée de la même plasticité; le nu est en adéquation avec son enveloppe atmosphérique et environnementale. La composition est fermée sur elle même pour constituer une architecture parfaite.

Les compositions complexes

Elles réunissent des plans et des espaces différents: La Pourvoyeuse (1739 Chardin) se présente dans un espace construit par la juxtaposition de plans en enfilade, de portes ouvertes, coupée par le bord de la toile, où le regard va se perdre dans un autre ordre perspectif. C’est l’histoire du trajet suivi par le personnage qu’explicite la composition en servant d’indice.

Bonnard dans les tableaux où il représente Marthe à sa Toilette (1908) choisit un élément du décor pour complexifier l’espace, la lumière et les reflets dans le miroir ricochent; celui-ci agrandit l’espace, suggère d’autres points de vue, d’autres lectures, confronte la chair vivante à son reflet mort. Dans Atelier au mimosa (1939), le rôle structurel est assuré par la fenêtre, elle attire l’œil, écrase la troisième dimension pour créer un espace bombé et distendu: celui de la vision latérale et périphérique donnée par le premier regard que l’on porte sur un lieu dans lequel on vient d’entrer.

La peinture abstraite reprend ces quelques compositions en passant elle aussi de la stricte frontalité, sans perspective ni troisième dimension, à la multiplicité des plans. La composition reste un outil indispensable à la lecture d’un tableau et à la perception de l’ambiance déterminée par le choix de l’artiste.

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