Blog

Cittaslow la ville du futur

Cittaslow la ville du futur

Inspiré par le mouvement Slow Food qui milite et agit pour une alimentation de qualité, le mouvement Citta Slow est également né en Italie.

C’est un des paradoxes les plus criants de la société contemporaine : on n’a jamais fait autant l’éloge de la lenteur dans tous les domaines de la vie, alors que le progrès semble être dicté par l’immédiateté. Progrès technologique et réflexes consuméristes n’ont qu’un mot d’ordre: tout, tout de suite. L’information n’est plus relayée, elle est désormais consommée comme tout autre bien commun, utile ou futile, avec le panel d’outils de communication disponibles sur le marché et accessibles à tous. Associée à une culture de l’image au détriment de l’écrit, l’immédiateté fait la loi dans une société où tout un chacun filme des évènements et les diffuse à “son” réseau en permanence connecté et avide de tout ce qui se passe. Tout y passe, du plus grave au plus insignifiant, sans transition, sans distinction.

Revendiquer la lenteur, créer une polémique en réintroduisant l’attente ou le délai dans les modes de vie ou dans l’alimentation, ce n’est pas seulement -et même pas du tout- se montrer réactionnaire, ni même simplement provoquer en prônant le contraire du mouvement actuel. Le motif et l’objectif de ce mouvement (ces mouvements avec Slow Food), c’est bien plus profondément réinterroger les choix de la société toute entière, le projet de vie et d’avenir que l’on souhaite voir construire par les politiques et la nation, les valeurs que l’on souhaite voir dominer. Car réintroduire la lenteur dans une ville, c’est inviter toute la population à repenser son rapport à l’espace, à l’environnement, aux autres et les orientations économiques qui doivent être prises. Militer pour la lenteur, c’est penser une société plus juste dans laquelle les ressources sont mieux partagées et utilisées à bon escient. L’aménagement global est repensé à échelle humaine, avec donc plus commerces de proximité, des voies de circulation dites douces (pistes cyclables et voies piétonnes) et la recherche de véritables identités de quartier.

Une société plus juste

La mondialisation et le libéralisme économique vont de pair avec une accélération des modes de vie. Le progrès technologique est à saluer pour tous les bienfaits qu’il procure à l’homme et le bien-être qu’il lui apporte : les avancées réalisées par la science ont permis de sauver des vies et de ce fait, améliore considérablement l’existence au quotidien. Il n’est bien sûr pas question de revenir en arrière, ni de souhaiter que la société régresse sur les plans technique et technologique. Ses apports sont trop utiles à l’humanité et surtout à son bien-être. Mais la rapidité avec laquelle nous obtenons et diffusons les informations sert-elle toujours la vie des hommes et leur liberté ? Cela n’est pas si sûr et ce pour deux raisons essentielles, dont l’une découle logiquement de la première. D’une part, l’homme est saturé d’informations : Internet et ses réseaux sociaux, téléphones et télévisions déversent dans l’esprit de l’homme un flot continu d’informations et dans une telle proportion que l’esprit n’est plus capable ou n’a plus le temps de différencier ce qui est important de ce qui ne l’est pas.

A cause de la rapidité avec laquelle le cerveau humain est sans cesse sollicité par les images et le son venus simultanément des quatre coins de la planète, la relativité s’efface et un nivellement des valeurs s’effectue par le bas. D’autre part, et découlant naturellement de ce qui précède, les structures sociales et les schémas familiaux explosent : les gens communiquent avec la terre entière mais pas avec leurs proches, les mariages ne durent pas comme si les structures familiales étaient devenues, elles aussi, obsolètes en quelques années, à l’instar des appareils électroniques et informatiques qui se succèdent sur le marché. Cette société où tout doit aller vite est aussi celle qui crée beaucoup d’exclusions et où la solidarité n’a pas sa place. Tous ceux qui pour des raisons humaines ou économiques n’ont pas accès aux moyens actuels de communication sont de facto exclus de la société toute entière, ‘accélération de tout creuse les inégalités, aggrave les injustices et gâche le rapport à autrui. Donc vouloir réintroduire la lenteur, c’est faire le pari d’une société plus juste, qui réapprend la notion de respect.

Lenteur et développement durable, une société plus propre

En France, la première ville a avoir reçu le certificat Citta Slow est Segonzac, ville de Charente, berceau du Cognac et reconnue ville “où il fait bon vivre”. Comme l’expliquent les élus et les habitants de cette charmante bourgade, rejoindre le mouvement a une signification qui dépasse de loin la seule défense de leur qualité de vie. C’est d’abord leur identité forgée autour du Cognac et donc la lente macération des vignes qui donnent aux habitants ce sens du respect. Respect des rythmes, respect de la nature nourricière et vivrière, respect des autres aussi.

La carte des villes qui ont rejoint le mouvement Citta Slow de par le monde révèle l’étendue du mouvement et le site officiel égrène les enjeux et les projets, inventorie les évènements. Sans angélisme aucun et nullement utopique, restaurer la qualité de vie à travers la lenteur, c’est projeter de valoriser les territoires et leur identité pour le bien être de leurs habitants et la création de synergies pour un monde plus équitable, plus respectueux de l’environnement. Avec des actions menées conjointement avec les institutions européennes notamment, le mouvement entend promouvoir des agricultures mieux intégrées au territoire afin de ne pas artificialiser les sols ni surexploiter les ressources. A partir d’une réflexion sur la qualité de vie et l’agriculture durable, les projets sont étendus à des programmes européens visant la réduction des émissions de CO2, des actions en faveur de la protection de la biodiversité et la promotion d’un commerce plus équitable.

En réaction à la frénésie d’une société asservie aux diktats d’une consommation outrancière érigée en dogme social, le mouvement Citta Slow entend bâtir un projet de société plus humain, où le partage de la qualité, celle des aliments comme celle du patrimoine naturel et culturel, replace l’homme face à ses choix de vie.

Voir aussi : Hartmut Rosa, Accélération, une critique sociale du temps, traduit de l’allemand par Didier Renault, édition la Découverte, 2010.

Related Articles

Close