Rencontres Maghreb-Afrique Noire au Maroc

mai 10th, 2008

Rencontres Afrique Noire-Maghreb au Maroc.
Lancement du numéro 169 de la revue Cultures Sud
« Maghreb-Afrique noire : quelles cultures en partage ? »
13, 14 ET 15 MAI 2008 (Casablanca, Rabat, Agadir)

TracesDisparueszic.jpgJ’ai coordonné avec le poète et universitaire tunisien Tahar Bekri le dernier numéro de la revue Cultures Sud, sur le thème de la rencontre (difficile) entre deux parties d’un même continent, l’Afrique Noire et le Maghreb. Juste pour vous inciter à découvrir ce numéro qui tente d’approcher la question sous plusieurs angles (migrations entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne, le commerce transsaharien qui a duré près de dix siècles, les caravanes et les communautés qui en découlent, l’islamisation de l’Afrique noire, traite et esclavage des Noirs par les arabo-musulmans, le temps colonial : des mémoires partagées, les relations interafricaines, le panafricanisme, enracinement et diversité culturelle, diversité et complémentarité littéraires, etc.), je vous propose l’éditorial que j’ai concocté pour le numéro (K.A.).

Editorial : Africains ou pas Africains !?

Cela remonte à plusieurs années de cela, en 1990, je crois, j’étais étudiant sur le campus de l’Université du Bénin (Togo), et je cherchais un sujet pour rédiger mon mémoire de maîtrise quand, par le plus fortuit des hasards, j’ai découvert la littérature francophone du Maghreb, dans un rayon de la bibliothèque du Centre Culturel Français de Lomé. Très vite, après avoir hésité entre Dib et Kateb Yacine, mon choix se porta sur La Répudiation de Rachid Boudjedra. Ce roman m’avait fasciné à un point tel que je n’arrêtais pas d’en parler et de le faire lire autour de moi. Mais, quand enfin je révélai à mon directeur de mémoire mon intention d’axer mes recherches de fin de cycle sur un auteur maghrébin, la réaction du docte enseignant me surprit et me fit mal à la fois : « Qu’est-ce que tu as à f… avec ces Arabes » (sic) ! On peut croire, de prime abord, la réaction fortement teintée de racisme, mais avec le temps, j’allais comprendre qu’elle révélait plus des préjugés communs à l’égard des Arabes, voire plus simplement à l’égard de l’Islam qu’un refus total de m’accorder l’autorisation d’aller butiner le savoir hors du champ trop restrictif, pour moi à l’époque, du seul roman négro-africain. Effectivement, la fable anti-islamique a la vie dure, en Occident comme dans les autres parties du Monde : « Islam, islamisme sont de ces termes dont la répétition morbide et obsessionnelle, sur le plan médiatique et pseudo-littéraire, finit par produire une nausée profonde, à défaut de peur généralisée » Il est vrai, aussi, qu’a l’époque, « l’affaire Rushdie » et les poussées de l’extrémisme musulman défrayaient la chronique. Mais ceci n’explique pas cela : il y a de la part du Négro-Africain, une somme de préjugés qui lui interdit d’inclure le monde maghrébin (Maghreb et Grand Maghreb) dans sa vision continentale, point à la ligne. Et ce n’est pas la fraternité du ballon rond, lors des matchs de la Coupe d’Afrique des Nations ou pendant le Mondial, quand chaque partie du continent devient supporter de l’autre, une fois que leurs équipes sont éliminées, et qu’il n’en reste plus qu’une seule pour représenter l’ensemble, qui change quelque chose au constat : sur le même continent, Africains et Africains se tournent le dos, chacun gardant par devers l’autre une dette historique, un passif lourd de non-dits, de sous-entendus. Pas étonnant donc que les universités africaines, au nord comme au sud du Sahara, n’accordent que peu d’importance aux recherches portant sur leurs littératures respectives. Dans tous les secteurs, l’échange « Maghreb/Afrique Noire » fonctionne mal. Peut-être serait-il temps d’y remédier. Puisse ce numéro de Cultures Sud contribuer à poser les jalons d’une réflexion sereine qui mène à la réconciliation des parties d’un même organisme qui semblent vivre coupées l’une de l’autre.

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21 Comments Add your own

  • 1. Sami  |  mai 11th, 2008 at 9:08

    Ce thème a fait l’objet d’un colloque en Algérie en 2007, à l’initiative de Jacques Chevrier. Nous étions invités à Alger, Thierno Monenembo, Kaya Makelé, Adama Traoré du Mali et un autre malien dont j’oublie le nom. Nous avions fait ce colloque avec des auteurs algériens publiés sur place, Djamel Mati par exemple (auteur entre autre de On dirait le sud, Editions Apic). Une semaine de conférence avait été faite dans une ville de l’intérieur du pays, avant que les conclusions ne se tirent à Alger, avec Thierno comme invité principal. C’est à partir de là que des initiatives ont été prises par des éditeurs algériens avec le concours du CCF de rééditer, en français, nos romans là-bas pour les écouler à des prix très bas. Thierno, Waberi, Aïda Mady Diallo et moi-même avons certains de nos titres déjà disponibles en rééditions algérienne. D’autres sont en cours de rééditions. Je ne sais si les préjugés des Noirs à l’égard des Maghrébins fonctionnent de la façon que tu décris dans les pays musulmans d’Afrique noire. Simple question. Quant à la réaction de ton prof, je me demande si elle relève du préjugé ou juste de ce fait: la littérature maghrébine est inconnue dans les pays d’Afrique noire et les auteurs d’Afrique noire sont inconnus, à quelques exceptions près, dans le Maghreb. Si tu avais dit à ton prof que tu voulais travailler sur Ion le Roumain du Roumain Liviu Rebreanu, un grand classique, il aurait eu une réaction similaire. Connaissait-il seulement Rachid Boudjedra de nom? Le préjugé expliquerait-il tout là où il y a aussi une grande plage d’ignorance, des deux côtés? Simples questions.

  • 2. K.A.  |  mai 11th, 2008 at 13:58

    Il y a effectivement une nuance dans les préjugés, il est certain que le socle de la religion les atténue considérablement dans les pays subsahariens à majorité musulmane. D’ailleurs, au fond, à bien y regarder, la stupidité et le caractère primesautier des dits préjugés n’échappent à personne: les raisons sont assez fumeuses et les arguments issus d’un fonds de clichés qui ne résistent pas à l’analyse des faits. L’islam a fait une partie de l’Afrique Noire, politiquement, socialement et économiquement, comment donc nier l’apport du Maghreb sans se tirer une balle dans le pied!?
    Quant à la réaction du docte enseignant, j’avoue que je ne sais pas trop si c’est de l’ignorance. Non, sincèrement il aavait beaucoup de lettres; d’ailleurs fait étrange, plusieurs années plus tard quand je suis revenu enseigner à la même fac, il persistait jusqu’à sa mort à inciter certains de ses étudiants à ne pas suivre les cours de littérature maghrébine que je donne. Etrange, n’est-ce pas?

  • 3. Sami  |  mai 11th, 2008 at 15:44

    Bon, là, nul doute qu’il ne voulait pas goûter à cette littérature et n’en voulait pas pour ses étudiants. Mais comment refuser aux étudiants en littérature un roman comme Nedjma de Kateb Yacine, franchement? On n’en écrit pas des comme ça tous les cinquante ans. Bon, convertis beaucoup d’étudiants à cette littérature, certains pourraient même regretter de ne l’avoir pas découverte plus tôt, parce qu’elle est si riche, des auteurs devenus déjà de grands classiques jusqu’aux jeunes comme Salim Bachi. Quel que soit le prétexte, se refuser de la bonne littérature, c’est commettre un erreur de goût. Maintenant que je sais de qui tu parles, j’admets que le mec avait de la culture littéraire, de la grande littéraire. Bon, il ne faudrait pas que toi tu te mettes à refuser à tes étudiants de travailler sur des auteurs chinois!!!

  • 4. Paul Archer  |  mai 12th, 2008 at 18:27

    Les amis, êtes-vous sûrs que le sentiment raciste vis-à-vis du Maghrébin n’existe pas au Soudan ou au Mali? Je ne suis pas certain d’être d’accord avec vous.

  • 5. Sami  |  mai 12th, 2008 at 20:41

    En fait Paul, c’est une question que je me pose. Je ne saurais dire ce que pensent certains musulmans noirs africains des maghrébins. Je crois même que beaucoup ne sauraient pas ce que cela signifie, maghrébins. il faut reconnaître que l’afriqe n’est pas une évidence pour la très grande majorité des africains, elle n’a aucune signification, ils n’en connaissent pas le nom. nous avons beau dire afrique, pour la grande majorité des africains, cela n’a aucun sens. mais ce que je peux dire en revanche, c’est que chez moi, dans notre milieu musulman, les arabes sont plutôt considérés avec des a priori très positifs, un peu comme si on se disait que le vrai islam ce sont eux. et les nôtres qui ont fait leurs études dans n’importe quel pays musulman, au proche orient ou au maghreb ont un regain de prestige. leurs prêches sont mieux écoutées. d’ailleurs de plus en plus ce sont eux qui deviennent des imams. en tant que muezzin pour ceux qui le sont, ils font l’appel à la prière à la manière des arabes et cela constitue pour eux un prestige encore plus grand. être allé chez les arabes leur donne quelque chose de plus. et les arabes qu’on rencontre se rendent eux-mêmes compte combien ils sont estimés, voire vénérés s’ils appartiennent à certaines confréries. mais de là à tirer des conclusions pour les pays musulmans, je n’oserais pas.

  • 6. Sami  |  mai 12th, 2008 at 20:50

    Et puis n’oublie pas que le soudan se veut un pays d’arabes (avec des compatriotes noirs). Il se peut que certains noirs, compte tenu des événements que nous connaissons tous, aient des sentiments négatifs à l’égard des arabes, mais ce serait plus à l’égard des arabes qui les gouvernent ou qui les chassent des villages, les tuent ou les réduisent en esclavage. je n’en sais rien, mais cela me semble assez humain. Les Maliens, là, c’est une autre paire de manches!

  • 7. Alex  |  mai 12th, 2008 at 22:59

    D’où vient que certains maghrébins refusent obstinément qu’on les nomme Africains ? Que cache cette revendication? j’ai vecu en Allemagne avec des Algériens, des Marocains et je peux dire que ces gens considèrent les noirs comme des moins qu’eux et s’offusquent que les Européens fassent des amalgames en les incluant dans ce magma Afrique. Ils disent indistinctivement vous les Noirs ou vous les Africains. Sami sait sans doute de quoi il parle mais j’ose dire qu’il ya quelque part un sentiment de condescendence vis à vis des noirs qui ont l’heur d’embrasser « leur » réligion, j’ose encore plus en parlant d’un communautarisme autour du noyau réligieux. est ce suffisant pour parler d’un fond commun culturel et par delà établir des ponts dans les domaines littéraires et ou artistique? Je suis curieux de lire la revue dont parle Alem pour voir y voir les approches. Magreb-Afrique; c’est tout dire.
    Il m’arrive de ne pas voir les Magrébins en Africains et là nous ne parlons plus de morceau de terre. je ne crois pas être le seul idiot à penser si mal.

  • 8. Sami  |  mai 13th, 2008 at 9:03

    Alex, l’islam a été l’élément fédérateur, voire fondateur, de l’identité d’une grande partie des africains et ce depuis le 10e siècle. donc c’est tout à fait normal que beaucoup de musulmans se sentent d’abord musulmans avant même de se définir par une autre identité. ils se sentiraient plus proches d’un arabe ou d’un berbère que d’un « cafri » noir. ils se croiraient, à certains moments au moins, dans un continuum spirituel plus avec les arabes qu’avec les adeptes du vaudou. quand on entre dans de telles considérations, les réactions des gens ne prennent pas forcément la couleur de la peau comme élément premier. quant au fait que les maghrébins refusent d’être appelés africains, il faut le relativiser dans la mesure où ce ne sont pas tous qui réagissent ainsi. et même si tous avaient réagi ainsi, moi je les comprendrais. il suffit d’aller dans n’importe quel pays du maghreb pour se rendre compte qu’on n’est pas dans ce que nous appelons l’afrique noire. tous ne sont pas des arabes, on doit le rappeler, les berbères, les, les, les…; mais globalement ils sont plus proches de l’ensemble civilisationnel du moyen-orient que de l’afrique noire. si beaucoup d’africains noirs sont fiers de se réclamer de l’égypte ancienne, les égyptiens actuels n’ont pas le même intérêt, encore moins la même fierté, à se réclamer de l’afrique noire, c’est un autre monde. quant à la condescendance des arabes à l’égard des noirs, n’est-elle pas logique? d’où vient la condescendance, le mépris et le cynisme de beaucoup de blancs à l’égard des noirs? de l’histoire: ils ont vaincu les noirs dans toutes leurs confrontations. Mais les arabes étaient là avant eux, ils ont pratiqué la traite des nègres pendant des siècles. ils ont acheté des millions de noirs pour le moyen orient, le maghreb, ils ont castré les mâles pour qu’ils ne se reproduisent pas, pour qu’ils dispraissent au fils du temps – ce qui fait qu’il n’en reste presque plus dans certains pays du moyen-orient, contrairement à ce qui s’est passé dans les amériques où il y a aujourd’hui des dizaines de millions de noirs (lire à ce sujet l’essai de Tidiane N’Diaye, vraiment: Le génocide voilé, sorti cette année même). ce sont eux qui ont construit tous les préjugés les plus cruels sur les noirs avant même que les européens ne s’y mettent (IBN KHALDOUN est à relire à ce sujet). où a-t-on à ce jour vu les anciens maîtres oublier qu’ils furent des maîtres? même au sein des peuples noirs, ces nuances fonctionnent dans les sociétés à castes relativement rigides. on sait qui est descendant d’esclave ou de captifs, qui est noble ou roturier, etc. quant aux ponts artistiques et littéraires, ce serait se priver d’une richesse que d’aller les refuser sur la base des préjugés. nous sommes nourris des courants littéraires occidentaux. il n’y a pas plus condescendants et plus méprisants à notre égard que les occidentaux, n’est-ce pas tout dire? l’art devrait s’affranchir de telles considérations pour qu’il y ait un espoir au-delà de tout ce qui nous choque. ces ponts avec le maghreb sont d’une telle logique qu’on se demande pourquoi les gens ne l’ont pas fait plus tôt. heureusement qu’il n’est jamais trop tard pour réparer les erreurs. de plus en plus, entre écrivains, nous nouons des liens et ces liens-là nous placent au-dessus des considérations arabes-noirs. KA se sentirait peut-être plus proche de certains auteurs maghrébins que de moi, je mets Kateb Yacine dans ma bibliothèque personnelle au-dessus de beaucoup de classiques noirs africains qu’on m’a imposés à l’école au point que si j’avais été ministre de la culture au togo, j’aurais viré certains auteurs noirs africains du programme pour les remplacer par kateb yacine. comme KA a trouvé préférable de travailler sur la littérature du maghreb que sur celle qu’on lui proposait ou imposait. sur Rachid Boudjedra plutôt que sur Kourouma ou Kouchoro. heureusement qu’on a au moins de telles libertés au niveau de l’art, heureusement. quant au reste, tu sais, mon Dieu que ça va être compliqué de venir à bout des préjugés et de tous les mépris qui en résultent. et un peuple est d’autant plus victime des préjugés et des mépris qu’il n’a pas encore réellement réussi à se mettre debout après les autres l’ont mis à genoux.

  • 9. Zik  |  mai 13th, 2008 at 15:20

    Images de la fête de la culture récemment célébré à LBV. Les communautés étrangères y ont participe. La fête était essentiellement axée sur les rites et traditions, et non la littérature.

    http://www.gabonews.ga/reportages/reportages_images/Fete_culture.php

  • 10. Zik  |  mai 13th, 2008 at 16:28

    En ce qui concerne la place des noirs dans l’univers des Arabes, J’ajouterai que l’esclavage Arabe n’a rien à voir avec l’ampleur de la traite économique des êtres noirs sous le commerce triangulaire. L’unicité du mot « esclave » ne doit pas cacher la complexité et la diversité du concept. La traite négrière du XVI au XIV siècle possède des caractéristiques qui la séparent de tous les autres esclavages, ne serait-ce que par son ampleur sans précédent. Il s’agit carrément de déportations de populations entières. Si l’on veut s’en convaincre, il suffit de regarder le nombre de descendants que les esclaves noirs ont laissé dans les empires romain, arabe ou Ottoman, et le comparer avec les noirs d’Amérique et des Antilles. La castration n’explique pas tout. En termes de volume humain, la traite négrière fut sans précédent. Naturellement, les esclaves n’ont pas été uniquement NOIRS au cours des siècles. Il y a eu des esclaves gaulois sous l’empire Romain par exemple, et ils étaient blancs. Mais la différence est qu’aujourd’hui, ces anciens esclaves sont dominants et donc suscitent l’admiration (même secrète) de leurs anciens maitres. Les Arabes qui dominèrent l’Espagne et le Portugal n’ont aucun argument pour mépriser les ressortissants de ces pays aujourd’hui. La leçon est que les préjugés envers les noirs cesseront quant l’Afrique sera debout politiquement, économiquement et militairement. Nothing succeeds like power.

  • 11. Sami  |  mai 13th, 2008 at 17:25

    Coucou Zik. c’est surtout là que généralement nous nous trompons. les arabo-muslmans ont déporté plus de noirs que les européens, il y a eu plus de morts avec la traite arabo-musulmane qu’avec celle des européens. c’étaient des millions emmenés en iran, en arabie saoudite, en irak, au Maghreb, partout. La castration systématique des esclaves mâles dans les pays arabo-musulmans pour que la « race » s’éteigne avec le temps constitue ce que certains appellent le génocide. car en plus des morts lors des captures, à cause des conditions de travail, etc., il y a l’extermination programmée. je peux déduire, Zik, que sur cette question tu n’es pas informé. alors, tu peux te passer de l’abondante littérature sur la question pour te contenter du livre de Tidiane N’Diaye que je cite: Le génocide voilé, Gallimard, 2008. Chiffres et dessins de l’époque à l’appui. tu verras comment, bien avant la traite négrière par les blancs, ce qu’était la traite négrière par les arabo-musulmans. je suis sûr que dès que tu te pencheras sur la question, ne serait-ce qu’à partir de cet essai très documenté, ton analyse de la question changerait. quant à ta conclusion, alors là, j’y souscris à cent pour cent. les préjugés s’atténueront si nous nous mettions debout. enfin, on sera respectés. je vais d’ailleurs inviter ce musulman sénégalais à intervenir ici, il sait mieux en parler que moi.

  • 12. Sami  |  mai 13th, 2008 at 17:56

    Juste la quatrième de couverture de cet essai (j’insiste parce qu’il me semble nécessaire pour nous de prêter attention aux travaux de nos nombreux chercheurs sur les questions africaines):

    « Les Arabes ont razzié l’Afrique subsaharienne pendant treize siècles sans interruption. La plupart des millions d’hommes qu’ils ont déportés ont disparu du fait des traitements inhumains (…) La traite négrière a commencé lorsque l’émir et général arabe Abdallah Ben Saïd a imposé aux Soudanais un bakht (accord), conclu en 652, les obligeant à livrer annuellement des centaines d’esclaves. La majorité de ces hommes était prélevée sur les populations du Darfour. Et ce fut le point de départ d’une énorme ponction humaine qui devait s’arrêter officiellement au début du vingtième siècle »

    Yambo Ouologuem, musulman malien, lui, a déjà parler des Ben Saïd dans son Devoir de violence.

  • 13. K.A.  |  mai 13th, 2008 at 18:00

    Zik, oh la traite arabe a produit plus de dégâts que la traite trasantlantique… seulement voilà, les Arabes sont devenus aussi des vaincus, alors on s’est polarisé sur la traite des « vainqueurs ». je te jure, documente-toi!

  • 14. Zik  |  mai 13th, 2008 at 18:50

    J’avoue que je dois lire sur la traite Arabo Musulmane.

  • 15. Roger Sidokpohou  |  mai 14th, 2008 at 2:33

    Sami , KA , Zik , et je n´oublie surtout pas Paul Archer , dans sa brêve interpellation , quel plaisir de vous lire à l´autre bout du monde ! Un vrai plaisir , comme quand la parole se libère…enfin !
    Merci à Sami de ses éclairages historiques car l´Histoire a l ´habitude d´essuyer ses pieds sur le front de la mémoire collective .
    Et c´est , au fond , ce qu´il faut entendre de la réaction émotionnelle de l´ancien prof de KA , grand homme de lettres par ailleurs , si j´ai bien compris , pour qui , manifestement , la littérature maghrébine , eh bien ça passe pas !
    Ça s´appelle un noeud et tout noeud ne peut être dénoué que par la parole , la parole pour revisiter la mémoire collective et faire la paix avec…l´autre , si proche par l´inconscient spirituel , mais si loin , encore , par le refoulé et le ressentiment .

  • 16. Timba Bema  |  mai 14th, 2008 at 7:34

    Amis du « zero » et du « un » innombrable
    le nectarin effeuille sa spendeur monotone
    comme pollen au VENT de sels
    et vous voici au plus profond dans cet orient de douleurs
    ORIENT
    des tempêtes vertes et des chandelles sur nos fronts
    impavides et hilares à l’appel du MUEZZIN

    Ô vous, amis du « zéro » et du « un » innombrable
    voici venu à vous le vin antique de damascène
    cuilli à la force de l’envie dans les vignes désertées de Ninive
    où Adapa – que le malheur éternel soit sur lui
    nous fit entrer dans l’âge d’homme-à-remords
    par un miniscule trou de souris

    L’épopée d’Adapa

    L’homme qui a fait perdre à l’humanité la vie éternelle.
    Il s’agit d’un mythe babylonien datant du 14e siècle avant Jésus-Christ,

    Adapa, est un mortel d’ascendance divine, l’immortalité lui échappe de peu mais il reçoit une compensation – en l’occurrence, il devient le plus sage des hommes.
    Adapa est un prêtre d’Ea dans son temple, à Eridou. Chaque jour, Adapa accomplit les rites : il cuit le pain, dresse les tables d’offrandes, puis, étant le pêcheur du temple, part pêcher en barque.

    Un jour, sa routine consacrée est interrompue par le Vent du Sud qui a failli le faire couler, avec sa barque, jusqu’au fond de l’eau, là où se trouve la résidence des poissons. Adapa interroge le Vent du Sud et menace de lui briser l’aile ; mais, dès qu’il prononce sa mence, l’aile du Vente du Sud se brise.

    Ensuite, pendant sept jours, le Vent du Sud ne souffle pas vers la terre.
    Anou le remarque et en demande la raison à son vizir Ilabrat. Ce dernier lui répond qu’Adapa a brisé l’aile du Vent du Sud. Anou fait alors venir Adapa. Mais, avant qu’il ne se mette en route, (Ea) le conseille de s’habiller en habits de deuil, et l’avertit qu’en présence d’Anou, il ne faut pas qu’il mange du pain de mort, et il ne faut pas qu’il boit l’eau de mort qu’Anou va lui offrir.

    Adapa monte au ciel et arrive devant l’entrée de la résidence d’Anou, là où se trouvent les deux dieux gardiens, Tammuz et Gizzida. Les deux dieux, s’étonnent des vêtements de deuil qu’Adapa a mis sur lui, alors ils lui demandent pourquoi? il répond que c’est par tristesse suite à l’absence de deux dieux dans son pays ; les deux dieux, lui demande de citer les noms de ces dieux absents, Adapa, répond, qu’il s’agit de Tammuz et Gizzida. Avec cette réponse il a effectivement réussi à garntir leur soutien, et leur sympathie.

    Adpa arrive devant Anou et lui explique ce qui s’est passé :
    Mon seigneur, je pêchais du poisson au milieu de la mer pour la maison de mon seigneur (Ea). Mais il souleva la mer en une tempête, Puis le Vent du Sud souffla et me fit couler ! Je fus forcé de demeurer chez les poissons, Dans ma fureur, je maudis Vent du Sud.
    Tammuz et Gizzida, les deux gardiens du seuil des dieux, parlent à Anou en faveur d’Adapa. Apaisé par leurs paroles, Anou ordonne de servir à Adapa nourriture et boisson

    Ils lui apportent le pain de vie éternelle, mais il ne veut point manger ;
    Ils lui apportent l’eau de vie éternelle, mais il ne veut point boire.

    Anou fait comprendre à Adapa, qu’en se rappelant les instructions d’Ea de rejeter le pain et l’eau, il a perdu d’immortalité, et il a apporté à l’humanité toute entière les maladies ; alors il ne reste pour l’humanité que la déesse (Ninkrak) (la déesse de la guérison) pour soulager la douleur et lutter contre certaines de ces maladies.

    Références :

    Wadi’ Bashur « La Mythologie syrienne. Mythe d’Aram (en arabe) » ; 2e édition ; page 219-225.

    Et pour le plaisir de l’esprit, toujours enclin à l’IMAGE…
    Ô amis du « zero » et du « un » innombrable
    vos yeux d’amande et de noisette veront-ils
    dans cette calligraphie serpentine aux bras généreux
    l’incurvation d’un sabre et le tranchant d’un poignard?

    … الحكمة قد أعطاه
    ،فصار أمره كأمر إيا
    ، أتم له سِعةَ الفهم ليكشف نُظُم البلاد
    . لقد منحه الحكمة لكنه لم يمنحه الخلود
    في تلك الأيام، في تلك السنين
    خلقه إيا، حكيم اِريدو نموذجاً للبشر
    …أوامر الحكيم لا أحد يمكن أن يعيبها
    فهو المقتدر والأحكم بين الأنوناكي
    والكاهن الذي لا عيب فيه، صاحب اليدين النظيفتين
    الذي يمسح بالزيت ويحافظ على الطقوس
    ،مع الخبَّازين يخبز
    مع خبَّازي إريدو يُحَضِرُ الخبز
    .ويُمَونُ إريدو كل يومٍ بالخبز والماء
    .بيديه النظيفتين يُرَتِبُ مائدة القرابين
    .وبدونه لا تُحَضَرُ المائدة
    يطوف بمركبه ليصطاد حاجة إريدو

  • 17. Tidiane N'diaye  |  mai 14th, 2008 at 15:27

    Je ne suis pas surpris par la réaction de l’intervenant Zik. Hélas de nombreux intellectuels africains soutiennent une telle position. Voilà pourquoi ARTE dans une émission déjà enregistrée et à paraitre en juin, va confronter mes travaux – qui eux basés sur des faits établis -, avec ces rumeurs ou idées reçues quant à la traite arabo-musulmane. En fait je pense que la plupart de nos compatriotes ferment les yeux sans vraiment être naïfs. Certains d’entre eux ont souvent côtoyé les Arabes en Afrique ou ailleurs et savent le profond mépris que beaucoup d’entre eux manifestent envers les Noirs. Si ceux-là jouent la carte de la solidarité avec nous en Occident, c’est tout simplement parce qu’ils subissent un racisme encore plus dur que celui dont nous sommes souvent victimes. Mais dès qu’ils rentrent chez eux, ils sont nombreux à ne plus percevoir les Noirs que comme des « Abds » esclaves, êtres inférieurs etc… Cette vision durable dans leur inconscient collectif et qui explique qu’ils associent toujours Noir à servitude voire à un déni d’Islam, explique leur crime historique envers les Africains. Car même la conversion à l’Islam, n’a pas épargné nombre de peuples du continent noir. Et combien de jeunes femmes venues de Guinée ou de Sierra Léone sont mises encore en esclavage au Moyen Orient ou même dans les ambassades arabes d’Europe ? Mais nombreux sont les Africains surtout parmi les musulmans qui ignorent ou occultent en toute bonne conscience le crime des Arabes par peur qu’il ne soit tout simplement perçu comme un crime de l’Islam. ceux-là jouent le jeux au lieu d’œuvrer au réveil des consciences pour une marche plus lucide vers l’avant. Mais une approche distanciée et scientifique de l’histoire nous apprend que les faits sont têtus. Du fait de l’arrivée des Arabes, tout le Soudan depuis l’Océan jusqu’en Égypte englobant tous les plateaux de l’Afrique – du Nil jusqu’au Zambèze -, était livré aux chasses à l’homme et à la vente de captifs. Cet espace immense deux fois grand comme l’Europe, certains explorateurs évaluaient sa population au XIXème siècle, à environ cent millions d’âmes. Pour avoir une idée du mal, il faut savoir que ces mêmes observateurs, avaient constaté que pour chasser et enlever de force cinq cent mille individus, il fallait en faire périr près de deux millions d’autres (résistants ou fuyards.) Ainsi si les naissances avaient cessé à l’époque, en moins d’un demi-siècle, les régions de l’intérieur de l’Afrique ne seraient plus de nos jours, qu’une solitude désolée. Imaginez tout simplement que la traite arabo-musulmane aurait déporté environ 17 millions d’individus. Il est vrai que de nos jours dans la plupart des pays africains, la religion du Prophète Mohamed a fait d’énormes concessions aux traditions ancestrales, en s’intégrant harmonieusement aux cultures locales. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. En ces temps obscurs, où les Lumières ne baignaient pas encore suffisamment l’esprit des hommes, l’histoire de ces Arabes qui ravageaient le continent noir, n’était partout que celle du mal absolu. Cela aucune solidarité religieuse ne doit l’occulter car c’est tout simplement une réalité historique que les jeunes génération doivent savoir. Ceci permettrait sans doute aux chercheurs des pays concernés, de débattre enfin de ce douloureux chapitre de notre histoire commune pour mieux avancer ensemble.
    Cordialement

    Tidiane N’Diaye

  • 18. franck  |  mai 15th, 2008 at 15:00

    « L’esclavage en terre d’Islam : Un tabou bien gardé a été publié » en Septembre 2007 chez Fayard. Malek Chebel y démontre, entre autres, que les pratiques esclavagistes sont bien actuelles en terres musulmanes de l’Arabie Saoudite au Niger.
    Sur Amazon, le livre est ainsi présenté par l’éditeur « L’islam couvre-t-il les esclavagistes ? Les encourage-t-il ? Qui s’en soucie dès lors que le tabou occulte ces questions qui dérangent ? Pour décrypter les nouvelles formes que prend la servitude dans le monde arabo-musulman, l’auteur reconstitue avec minutie le développement d’une culture esclavagiste qui s’est greffée sur l’islam. »

  • 19. Zik  |  mai 16th, 2008 at 3:04

    Mr Tidiane N’diaye, merci des eclairages. Mon intention n’etait pas de disculper les Arabes, mais d’evaluer l’impact des esclavages Arabo-musulman et Europeens sur les negro-Africains. Le consensus semble etre ici que l’esclave Arabo-musulman a ete plus constant et durable. Je vais m’eduquer sur le sujet.

  • 20. Zik  |  mai 16th, 2008 at 3:06

    Il fallait lire « l’esclavage Arabo-musulman » dans l’avant derniere phrase.

  • 21. K.A.  |  mai 17th, 2008 at 8:25

    http://www.lematin.ma/Actualite/Express/Article.asp?id=91228

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