Lire est un plaisir 2 :Robert et les Catapila, par Venance Konan

mai 1st, 2006

konan_venance.jpgDans sa Côte-d’Ivoire natale, Venance Konan est un journaliste à la réputation établie. Venu tardivement à la littérature de fiction, il l’est l’auteur, en 2003, d’un premier roman, Les Prisonniers de la haine, une sorte d’enquête policière dans le Liberia de Samuel Doe et de Charles Taylor. Son recueil de nouvelles, Robert et les Catapila, confirme les talents de l’écrivain.

prisonnier_haine1.jpgLes Prisonniers de la haine, à sa sortie, fut un best-seller local, nonobstant ce qui pouvait sembler son défaut majeur : pas assez de distance dans la narration, le journaliste prenant trop le pas sur le romancier. Juste mon point de vue!
Avec ce recueil de six nouvelles, Robert et les Catapila, le plaisir du raconteur d’histoires prend le pas sur le souci du donneur de leçons. Et c’est un régal. Même le badinage ne fait pas de l’ombre à la gravité de l’allégorie, comme l’illustre la première nouvelle qui donne son titre au recueil.

Qui est étranger, qui ne l’est pas ? A qui appartient la terre, à celui qui la travaille ou à celui qui en récolte l’usufruit ? La famille Catapila, en débarquant dans le village de Robert ne se posait pas toutes ces questions. Pourtant, quand leur prospérité de solides cultivateurs finit par attiser convoitise et jalousie chez leurs hôtes, il a fallu se rendre à l’évidence qu’un étranger n’est acceptable chez les autres qu’à condition qu’il rase les murs. Il y a de l’astuce dans cette histoire à rebondissements, dont la fin surprend, agréablement, ridiculisant avec efficacité l’actualité d’un certain concept pseudo politique qui a fait fureur sous le règne d’un président éphémère de la Côte-d’Ivoire, tiens, un certain Robert Guéï !.

LA-CHATTE_1.jpgIl y a du rire partout aussi, quelque soit la nouvelle choisie. Dans La chatte de Maryse, une histoire d’amour interraciale qui tourne au vinaigre, l’ambiguïté de la définition du mot « chatte » est le prétexte à un brouillage de pistes savamment organisé par l’auteur : « Bon Dieu ! Qu’est-ce qui m’a donc pris de toucher à cette chatte ? Il y en avait pourtant partout dans la ville, de toutes les tailles, de tous les âges. Et il avait fallu que je touche à celle-là… » (P. 165) Le lecteur se surprend à tourner les pages pour découvrir la texture des poils de la bête… à quatre pattes, dans tous les cas ! La machine à remonter l’Histoire nous fait découvrir le dilemme d’un marxiste-léniniste dans la nouvelle Au nom du Parti : sur ordre du chef suprême, le camarade Faustin, marié, père de famille, doit éteindre de son appareil le feu qui brûle les entrailles de la camarade Léocadie, une célibataire sans grâce mais tellement dévouée aux structures que les organes du parti se devaient de s’occuper d’elle… quand même ! N’y voyez pas qu’une histoire de coucherie, il s’agit là d’une rigoureuse fable « érotico-dialectique sur les… dérives… des apparatchiks » (p. 11).

La chute, botte secrète du nouvelliste, Venance Konan en a l’art. La drôlerie de la troisième nouvelle, une histoire d’enterrement où, non seulement le mort refuse de se laisser ensevelir, mais emporte les vivants avec lui dans la tombe, ainsi que l’emboîtement des détails illustre sa maîtrise du suspense. Enfin les deux derniers récits forment une vision contrastée des ravages des sectes de toutes obédiences, et de la victoire de la volonté individuelle sur tout dogme religieux. Un iman qui tourne la rue de la fortune et danse frénétiquement le « Wawanco » devant les caméras de télévision, avouez que tout homme sensé aurait fait la même chose à sa place, pour un lot de deux millions CFA ! D’ailleurs, « le Prophète… ne parlait pas de ce jeu dans sa Sourate. » (P. 284).

Des rumeurs officielles font état de la reprise, chez Gallimard, du bijou de Venance Konan, voire d’une adaptation au cinéma, de quelle nouvelle, j’ignore pour l’instant.

Alors, même si je ne sais pas quand ce recueil reparaîtra chez Gallimard, je vous assure d’une chose, précipitez-vous dessus à sa sortie dans la collection Continents Noirs, satisfaction garantie. Et si jamais vous êtes déçu, eh bien, je m’excuserai publiquement.

Venance Konan, Robert et les Catapila. Nouvelles, Abidjan, NEI, 2005, 288 pages.

Titres des nouvelles : 1.Robert et les Catapila. 2. Au nom du parti. 3. L’enterrement de mon oncle. 4. La chatte de Maryse. 5. La guerre des religions. 6. Le Millionnaire.

P.S. Le Journal ivoirien Fraternité Matin, à propos de cette reprise du titre chez Gallimard : http://www.fratmat.net/content/detail.php?cid=gAWe2f7uvw3
© Kangni Alem


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14 Comments Add your own

  • 1. Luis  |  mai 2nd, 2006 at 9:45

    Comme quoi, les auteurs africains qui vivent en Europe pour la plupart ne sont que l’arbre qui cache la forêt ivoirienne, camerounaise ou autre. Bravo pour Venance, qui n’a pas eu besoin de piston, le talent finit par payer. Seulement, je ne comprends pas bien son enthousiasme dans l’interviex de Fraer,ité Matin, pourquoi veut-il publier toutes ses fictions chgez Gallimard? Compte-t-il définitivement rester à Continents Noirs?

  • 2. Mayombe82  |  mai 2nd, 2006 at 11:51

    Par je ne sais quelle méprise, j’avais confondu l’an dernier face à un jeune frère à qui je conseillais un livre, Venance KONAN, et l’auteur de l’amant sans maîtresse, K. N’GOVAN. Par contre, depuis un certain temps, je ne cesse d’entendre parler de Venance et de son talent. De toutes les nouvelle dont tu nous a brossées le tableau, celle qui m’attire le plus, Kangni, c’est Au nom du parti. Ta description est forte : elle donne en effet envie de se précipiter sur ce livre… rouge ! J’avais lu ailleurs en effet que le frère Venance apparaîtrait dans cette collection qui fait tant saliver. S’il pouvait répondre, question toute bête : comment ce livre s’est retrouvé entre les mains de Michel DEON ? En tout cas, l’interview qu’il a accordée à fratmat est très intéressante. Très riche d’enseignements. Pour le mois de juin, je m’arrangerai à trouver les prisonniers de la haine. Concernant Gallimard, ce serait en effet une bonne chose que cette maison fasse essaimer son œuvre à travers le monde. @+, M82

  • 3. Venance Konan  |  mai 15th, 2006 at 15:55

    Salut chers amis
    Merci pour l’intérêt que vous portez à ma modeste oeuvre. Pour ce qui est de mon arrivée chez gallimard, je dois dire que j’ai bénéficié du concours bénévole du hasard et de l’aide d’un ami que je ne connaissais pas encore. Il y a d’abord Alem,l’ami en question, qui, bien avant que je ne le connaisse, avait lu et apprécié mon livre et écrit le très beau texte que vous avez lu. il l’a ensuite envoyé à certains personnes, qui l’ont fait parvenir à Gallimard. Ensuite il y a eu Michel Déon. Et là, c’est vraiment le plus pur des hasards. Il s’est trouvé que M. Déon avait été invité sur un bateau de la marine française qui était en escale à Cotonou. Je crois que les militaires français construisaient une école au Bénin et il est allé voir ça. Mais en sortant du port, le bateau a eu une avarie et a dû réduire sa vitesse. ce qui n’arrangeait pas M. Déon qui avait des engagements à Paris. Aussi lorsque le bateau est arrivé au large de la Côte d’Ivoire, un hélicoptère de la force Licorne est allé le chercher pour venir prendre l’avion à Abidjan.(comme quoi la force Licorne n’est pas en CI pour rien) Et en attendant, l’ambassadeur de France qui l’avait reçu lui a donné mon livre à lire. Et il a demandé à me rencontrer. Un déjeûner a été organisé, avec Bernard Dadié, notre doyen en littérature, et, de retour à Paris, il a présneté le livre à Gallimard, où on avait dejà de bons préjugés sur le livre grâce au travail fait par Alem, et dont je n’étais pas encore au courant. Voilà. Quant à mon enthousiasme dans mon intreview, je ne sais pas si on peut parler d’enthousiasme. Euh…si quand même. Le problème est que quand nous publions ici en Afrique, nous ne sommes lus que dans nos pays. En ce moment mes livres ne sont visibles qu’en Côte d’Ivoire. on ne les trouve pas à Lomé, à Brazzaville, à Yaoundé à Ouagadougou. c’est vraiment malheureux. Or, on a tous envie d’être lu partout dans le monde, mais en particulier en Afrique. Et on a le sentiment, qu’en étant édité par une maison comme Gallimard, on a plus de chances d’être visibles à travers le monde. Avant il y avait les Nouvelles Editions Africaines. maintenant c’est NEI (Nouvelles éditions Ivoiriennes). Et chacun est replié sur son petit marché local. Ca me fait penser à Air Afrique qu’on a démantelé pour créer une multitude de micro compagnie. Je sais bien que très souvent la réalité de l’édition par les grandes maisons françaises est décevante, mais bon, laissez moi espérer et rêver un peu que je ferai mieux que les autres. Cela dit, je n’ai pas signé avec Gallimard pour toutes mes prochaines oeuvres de fiction. On verra d’abord ce que ça donnera avec le premier bouquin qu’ils éditeront. Bien à vous tous. Venance
    PS: Attention Mayombé, le livre à la couverture rouge est mon premier livre « les prisonniers de la haine ». ce n’est pas dedans que tu trouveras « Au nom du parti ». c’est dans « Robert et les Catapila » le second livre. Cela dit, ça me plairait bien que tu achètes les deux.

  • 4. Jean-Claude NABA  |  mai 24th, 2006 at 14:51

    Je n’ai pas encore lu le roman de Venance, mais si je ne m’en tiens qu’au plaisir que m’a procuré la lecture de Robert… (K.A. a raison: Lire est un plaisir, surtout avec des auteurs comme V.K.), je dirais: encore, encore, encore! Venance empoigne des fers incandescents, à pleines mains (religion, nationalisme…), mais ne s’y brûle pas un instant.
    Mes ambitions de présenter Robert et les Catapila au Burkina Faso valent toujours…
    Venance, pourrais-tu stp me faire parvenir tes coordonnées, ou alors prendre contact avec le Président de l’Association des écrivains ghanéens, atukwei.okai@gmail.com?

  • 5. K.A.  |  mai 24th, 2006 at 16:16

    Jean-Claude, j’ai transmis ton commentaire à venance.
    A suivre…
    Kangni Alem

  • 6. Venance Konan  |  mai 24th, 2006 at 18:41

    Hé, Jean Claude, depuis le temps que tu as le roman, tu n’as plus aucune excuse pour ne pas le lire. Mais compte tenu de ce que tu as dit sur Robert et les Catapila, je te pardonne. Tu sais combien je serais ravi de venir présenter Robert à Ouaga. Dis moi seulement quand tu organise çaet je cours venir te rejoindre. je prends tout de suis contact avec le président des écrivains ghanéens. veut-il traduire Robert en Ashanti ou une autre langue du Ghana? je dis tout de suite oui. Au revoir les amis.

  • 7. edwige h  |  mai 26th, 2006 at 21:48

    Tiens tiens! il y en a des choses qui s’écrivent sur le blog…Et voici l’ami Venance Konan qui devient un écrivain africain .
    Jean Claude petit bonjour de Edwige, à Dakar…Et puis Venance, je savais pas que tu avais une folle envie de présenter « Robert  » à Ouaga….
    bon, on se voit en debut de semaine à Dakar

  • 8. Viviane Yoboué  |  novembre 13th, 2006 at 17:25

    je tombe sur ce blog par hasard et je vois qu’on y parle de mon auteur préféré…la c’est sûr que je ne peux pas passer sans laisser une trace… J’ai acheté les prisonniers de la haine des sa parution, j’appreciais deja les articles et les reportages de mr venance konan publiés dans fratmat, alors… et j’avoue que je ne fus point décue.J’aime bien son ecriture simple et direct et je me suis attachée à chacun de ses personnages ( cassy, olga, joe chiwawa..) . j’ai lu cette oeuvre et je l’ai mise en parallèle avec la situation ivoirienne c’est vrai nous sommes tous prisonniers de cette haine qui nous empeche d’aller réellment les uns vers les autres, de nous pardonner avec sincerité..il faut que nous arrivions à

  • 9. Viviane Yoboué  |  novembre 13th, 2006 at 17:35

    Robert et les catapilas, je l’ai lu et apprecié chacune de ces nouvelles.Ma préférée?? « l’ enterrement de mon oncle », elle m’a fait rire jusk’au larmes. étant baoulé, j’ai retrouvé dans cette truculente nouvelle des personnages, des situations, des superstitions qui me sont très familères.. j’ai été conquise comme d’habitude… Comme je le dis souvent, vos oeuvres sont un plaisir à savourer, partager et à faire decouvrir.J’attends avec impatience votre prochain bijou et surtout l’occasion de vous rencontrer lors d’une dédicace ou d’un salon du livre à Abidjan.
    merci.

  • 10. coulibaly franck  |  juin 23rd, 2008 at 18:41

    slt a tous et a toutes moi c’est coulibaly franck et je suis en classe de 1ereD et j’ai besoin du resume de « les prisonniers de la haine » pour un concours ce samedi. Pourriez vous me l’envoyer a mon email avant le mercredi? Merci d’avance et surtout je compte sur vous a bientot.

  • 11. coulibaly franck  |  juin 23rd, 2008 at 18:43

    j’aimerai avoir le resume de cette oeuvre.

  • 12. coulibaly franck  |  juin 23rd, 2008 at 18:44

    j’aimerai avoir le resume de cette oeuvre

  • 13. YAO YDO  |  novembre 8th, 2009 at 10:41

    bonjour Venance

    C’est avec un interet et un plaisir renouvelé que je lis vos articles.
    je vous ai écouté sur une radio sénégalaise ce matin. Quelle pertinence!
    Je suis fonctionnaire de l’unesco au bureau régional de l’unesco à dakar; je suis un ami de lycée de votre petite soeur Rosine Nda dont j’ai perdu le contact depuis une dizaine.
    Je suis d’ailleurs passé vous rendre visite il y a qques années quand vous residiez à Williamsville.
    Je vous prie de lui donner mon email pour un contact svp (y.ydo@unesco.org)
    tel 00221 775294577
    bien à vous

  • 14. yao kouadio florent  |  mars 29th, 2010 at 23:33

    J’aime la lecture sur les ecrits de venance konan et de tirbuce koffi .Mais j’aimerai savoir votre secret je suis yao florent en 1ereA

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