L’Å“uvre poétique complète de Léopold Sedar Senghor
février 7th, 2008
J’ai le plaisir de vous annoncer la parution de l’ouvrage intitulé Léopold Sédar Senghor. Poésie complète. Edition critique publié sous la coordination de notre collègue Pierre Brunel de Paris 4 aux Editions du CNRS (Paris, 2007). Vous pouvez en consulter la fiche technique et le sommaire sur le site :Entry Filed under: BLABLABLOG

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1. Agbo | février 7th, 2008 at 10:10
Une Å“uvre complète et critique, quel bonheur, merci de signaler aussi, et je remarque que ce n’est pas cher du tout, vu le poids du volume.
Alem, ce serait bien également que chacun sur ce blog nous propose le poème de Senghor qu’il trouve le plus joli. moi, le mien, c’est Ndesse, je suis ému chaque fois que je le relis. Jugez-en vous même.
NDESSE
Mère, on m’écrit que tu blanchis comme la brousse à l’extrême hivernage Quand je devais être ta fête, la fête gymnique de tes moissons Ta saison belle avec sept fois neuf ans sans nuages et les greniers pleins à craquer de fin mil Ton champion Kor-Sanou ! Tel le palmier de Katamague Il domine tous ses rivaux de sa tête au mouvant panache d’argent Et les cheveux des femmes s’agitent sur leurs épaules, et les cÅ“urs des vierges dans le tumulte de leur poitrine.
Voici que je suis devant toi Mère, soldat aux manches nues Et je suis vêtu de mots étrangers , où tes yeux ne voient qu’un assemblage de bâtons et de haillons . Si je te pouvais parler Mère ! Mais tu n’entendrais q’un gazouillis précieux et tu n’entendrais pas Comme lorsque, bonnes femmes de sérères, vous déridiez le dieu aux troupeaux de nuages Pétaradant des coups de fusil par-dessus le cliquetis des mots paragnessés. Mère , parle-moi. Ma langue glisse sur nos mots sonores et durs. Tu les sais faire doux et moelleux comme à ton fils chéri autrefois. Ah! me pèse le fardeau pieux de mon mensonge Je me suis plus le fonctionnaire qui a autorité, le marabout aux disciples charmés. L’Europe m’a broyé comme le plat guerrier sous les pattes pachydermes des tanks Mon cÅ“ur est plus meurtri que mon corps jadis, au retour des lointaines escapades aux bords enchantés des Esprits.
Je devais être, Mère, le palmier florissant de ta vieillesse, je te voudrais rendre l’ivresse de tes jeunes années. Je ne suis plus que ton enfant endolori, et il se tourne et retourne sur ses flancs douloureux je ne suis plus qu’un enfant qui se souvient de ton sein maternel et qui pleure . Reçois-moi dans la nuit qu’éclaire l’assurance de ton regard Redis-moi les vieux contes des veillées noires, que je me perde par les routes sans mémoire. Mère, je suis un soldat humilié qu’on nourrit de gros mil.
Dis-moi donc l’orgueil de mes pères !
Leopold Sedar SENGHOR
Extrait de Poèmes
» Hosties Noires »
Éditions du Seuil
2. Mirabelle | février 7th, 2008 at 11:19
« L’Europe m’a broyé … »
Moi aussi, quand j’y vivais encore j’avais cette impression, en tout cas que c’est bien dit. Un poème de Senghor, moi je ne connais pas bien le poète. Femme nue, femme noire? Pas mal pour une femme.
3. Isaak Minami | février 7th, 2008 at 13:37
Perles blanches,
Lentes gouttelettes,
Gouttelettes de lait frais,
Clartés fugitives le long des fils télégraphiques,
Le long des longs jours monotones et gris !
Où vous en allez-vous ?
À quels paradis ? À quels paradis ?
Clartés premières de mon enfance
Jamais retrouvée…
4. Eloi | février 7th, 2008 at 15:12
Agbo, il est vrai que NDESSE (Tristesse ou Blues) fait partie des plus beaux poèmes de Senghor. Si j’ai bonne mémoire, il était le préféré de KA il y a une vingtaine d’années. Nostalgique, il me rappelle le poids de l’exil et la peine de mes parents aujourd’hui décédés.
Bémol: les yeux de ma mère ont vu autre chose « qu’un assemblage de bâtons et de haillons » à travers nos correspondances, car elle parlait assez bien le « paragnessé » (français) et a eu la chance de connaitre la « broyeuse » Europe. Les « gazouillis précieux » collaient à ma Grand-mère chérie dont la souffrance fut indescriptible . Mes langues Mina et Ewé colonisées par des conjonctions françaises n’étaient guère attentives au « téléphone de l’aorte » . L’absence d’un enfant reste toujours l’Absence, loin des « greniers pleins à craquer de fin mil ».
Malgré la touche spleen Ndessé, qui donne raison à Alfred de Musset lorsqu’il dit « Les plus désespérés sont les chants les plus beaux… », je préfère « LE KAYA-MAGAN » qui me plonge plus dans l’Afrique de mes pères.
ETHIOPIQUES, dites-vous ?
Eloi.
5. Paul Archer | février 7th, 2008 at 16:49
Les explications d’Eloi sont la preuve qu’il connaît Senghor. Je cherche dan ma mémoire, je me souviens de fragments de poèmes, il y en a un qui parle de la mort du fils du poète, je n’ai plus le titre en tête. Quelqu’un peut-il me le dire?
6. Eloi | février 8th, 2008 at 1:39
Cher Paul, je crois qu’il s’agit de « ELEGIE POUR PHILIPPE-MAGUILEN SENHOR » son fils conçu avec Colette la Normande, et mort suite à un accident de voiture à Dakar dans les années 1980. Il sortait d’un casino et a heurté un poteau en béton armé. La douleur du poète fut grande.
Extrait:
« Et j’ai dit « non » !au médecin : « Mon fils n’est pas mort, ce n’est pas possible ».
Pardonne-moi, Seigneur, et balaie mon blasphème, mais ce n’est pas possible.
Non ! non ! ceux qui sont mignotés des dieux ne meurent pas si jeunes.
Tu n’es pas, non ! un dieu jaloux, comme Baal qui se nourrit d’éphèbes.
De notre automne déclinant il était le printemps ; son sourire était de l’aurore
Ses yeux profonds, un ciel cristallin et frangé d’humour.
Il était vie et raison de vivre de sa mère, lampe veillant dans la nuit et la vie.
Brutalement, tu nous l’as arraché, tel un trésor le voleur du plus grand chemin
Qui nous a dit ; « La route est fatiguée, le marigot est fatigué, le ciel est fatigué ».
Nous avions tout donné à ce pays, à ce continent nôtre.
Les jours et les nuits et les veilles, la fatigue la peine et le combat parmi les nations assemblées. »
7. Kodjo | février 12th, 2008 at 15:05
« Où es-tu donc, yeux de mes yeux, ma blonde, ma Normande, ma
conquérante ? Chez ta mère à la douceur vermeille ? – j’ai prisé
votre charme ô femme ! sur le versant de l’âge – Chez ta mère Ã
la vigne vierge, avec le rouge-gorge domestique, les merles et
mésanges dans les framboises ? Ou chez la mère de ta mère au
chef de neige sous les Ancêtres poudrés de lys Pour retourner au
Royaume d’Enfance ? Te voilà perdue à me retrouver au
labyrinthe des pervenches, sur la montagne merveilleuse des
primevères. Ne prête pas l’oreille aux lycaons ! Ils hurlent sous la
lune, férocement forçant les daims du rêve. Mais chante sur mon
absence tes yeux de brise alizés, et que l’Absente soit présence. »
Élégies majeures, « Élégie des Alizés »
8. Mayombe82 | février 19th, 2008 at 14:34
La photo en page d’accueil du blog m’a donné l’impression au départ que c’était de ghandi qu’il s’agissait…
Je suis en général imperméable (si je puis dire), à la poésie. J’ai acheté le recuil des poèmes d’Alphone Massamba-Débat, 2ème président du Congo, recueil présenté par sa fille Lyne, épouse Ngouonimba, car j’en avais besoin pour un travail de « recherches » sur ce grand homme. Peut-être un jour me laisserai-je tenter par ce recuil du président-poète… @+, M82
PS: Ignak, tu respires mieux après la CAN? (Lol!)
9. Um Nyobé | août 22nd, 2008 at 15:06
Quant on parle de Senghor j’ai vraiment du mal… Peut-on séparer Senghor l’écrivain de Senghor le politique? Un reportage de P. Pomarède est en ce sens, en ligne sur France Culture dans la rubrique: « indépendances ». Je le conseille vivement.
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