Lire est un plaisir 4: Sami Tchak et ses masques
juin 1st, 2006
1. TCHAK ET SES LECTURES
Rien que pour Hermina, son précédent roman, l’écrivain Sami Tchak avait convoqué au service de ses « humeurs » et de ses préoccupations esthétiques des auteurs aussi dissemblables que Sade, Albert Londres, Camara Laye, etc[1].
Il récidive dans La fête des masques, avec cette fois-ci un petit coin de voile levé sur les objectifs réels de sa pratique intertextuelle. Il me semble intéressant de s’arrêter un peu plus sur cet aspect de l’œuvre de l’auteur, car là pourrait se trouver les explications aux questions que j’ai entendues poser parfois autour de moi à propos des « tendances » (mot très connoté) de Sami Tchak à travailler la question sexuelle.
La tentation étant toujours très forte chez le lecteur d’établir des parallèles entre l’auteur et son œuvre, je suis certain qu’on a déjà posé plusieurs fois la question à Tchak de savoir quoi de sa vie sexuelle réelle ou fantasmatique nourrit le miel de son écriture. Sinon, comment lire cette réponse à une question de Boniface Mongo-Mboussa : « Je ne pouvais pas parler de l’homosexualité du dedans comme l’ont fait James Baldwin ou Jean Genet par exemple. Chez moi, il s’agit d’un regard artistique extérieur sur un phénomène, non le témoignage d’un vécu »[2]. Il aurait pu en profiter pour se dédouaner aussi de ne pas être responsable des confusions entretenues dans la tête de ses lecteurs sur la terrible scène de nécrophilie décrite dans la fête des masques, mais bon, je le soupçonne également de prendre un malin plaisir à semer les fausses pistes ! La sexualité dans son oeuvre se présente donc d’abord sous forme littéraire, même si le réel des pratiques marginales documente le récit. Et il ne viendrait à l’idée de personne de nier aux auteurs cités leur talent et autorité, néanmoins combiende fois je n’ai entendu les gens dire leur agacement face à la manière d’aborder le même sujet par Sami Tchak, à croire qu’il y a un noeud dans la thématique sexuelle qui touche à l’intimité du lecteur qui ne voudrait en aucun cas penser son « animalité » possible. L’élargissement par Freud de la notion de sexualité hors de la stricte sphère génitale permet de mieux en cerner les significations multiples. L’acte sado-masochiste, par exemple, fait avec le consentement de « l’objet » sexuel, révèle davantage d’ambivalence. Ainsi, lorsque tel personnage féminin dans La Fête des masques, se laisse humilier, battre et violenter par ses amants de partouze, on imagine derrière la violence des situations, la nature complexe du personnage, condensé de non-dits et de frustrations régulières. Ce qui conforte la remarque de Freud, à savoir que « l’opposition […] sadisme-masochisme ne peut être expliquée par le seul élément d’agression ». Les deux, le sadique comme le masochiste lancent des appels de détresse de bêtes en souffrance, à travers la violence de l’un et la soumission de l’autre. Pour terminer avec ce roman, l’histoire même que l’auteur raconte est agaçante. En effet, pourquoi lorsque Carlos tue Alberta, ne s’enfuit-il pas comme on s’y attendrait? Et pourquoi, au lieu de venger sa mère, le fils de la défunte se laisse-t-il aller à demander qu’on lui infligeât le même sort? Et si l’assassin, réel comme potentiel, n’était que le miroir de sa possible victime? Un jeu de masques à la Oscar Wilde, qui agaçe, je le répète, mais n’en stimule pas moins la réflexion.
Je ne vais pas faire semblant de parler d’un écrivain que je ne connais que par son œuvre. J’ai plaisir à discuter souvent avec Tchak, et l’une de mes préoccupations, il le sait, a toujours été de comprendre pourquoi le politique était toujours en retrait dans ses romans, à l’exception de La Fête des masques. Deux raisons au moins justifient le questionnement : la conscience politique aiguë de l’auteur au regard de nos discussions privées, et cette absence presque totale dans ses romans du moindre écho aux soubressauts socio-politiques du pays qui l’a vu naître. Jusqu’à ce que je tombe sur le portrait d’un officier lettré dans La fête des masques, un officier amateur de littérature qui m’a rappelé, envrai, un de mes anciesn profs à la fac au Togo, colonel dans l’armée, docteur es-lettres et grand amoureux de l’oeuvre d’Albert Camus. Pure coincidence, dit l’écrivain, qui ne connaissait pas du tout ce modèle. Il faut lire ce portrait pour comprendre que les « travers » du politique en lui-même n’aurait de sens si l’on n’allait gratter la croûte humaine sous les apparences. En cela, Sami Tchak n’est pas héritier de Sony Labou Tansi, comme je l’ai entendu souvent dire. Leur lecture du politique diffère, en ce sens que chez l’un (SLT) l’univers politique explique l’homme, alors que c’est parfaitement l’inverse chez le romancier togolais. En tout cas, lisez vous-même ce roman et on en reparle. Petite confidence entre amis, l’auteur annonce un « retour thématique » vers son pays natal d’ici quatre ou cinq ans, cela promet!
2. HERMINA : PHILOSPHIE DANS LE FOUTOIR
De La Havane à Paris, Heberto Prada, auteur plus qu’en herbe, tétanisé par ses lectures, tente d’écrire un étrange roman qu’il voudrait à la fin intituler Hermina. Du nom de cette jeune fille qu’il croit née de la Muse qui, un soir, lui a fait découvrir le sens de la littérature : « essayer de donner un sens, un sens moins fragile que les vies » (p. 13). Drôle de personnage, Heberto Prada, qui vit tout entier confiné dans ses fantasmes (coucher avec Hermina et, accessoirement, sa mère), et se refuse à passer à l’acte, justement pour garder pur son rêve, ne pas « réduire Hermina à des images peut-être vulgaires » (p. 69). Normal donc qu’il tue de sa plume l’objet du désir, pour en conserver la quintessence. Ce troisième roman de l’écrivain togolais dépayse et nous transporte en territoire sadique et sadien pour une leçon de vie que je qualifierais volontiers de philosophie dans le foutoir. Viol, inceste, sodomie, sado-masochisme…, tout y passe, laissant le lecteur pantois ou émoustillé, c’est selon.
La méthode de Tchak est exactement celle de Sade : piéger le lecteur dans sa jouissance de l’horreur, sans renoncer à la subversion des discours communs par les armes du langage. Convaincre par la raison, prouver par l’érection ! On peut se laisser prendre au piège, comme dans cette scène d’anthologie sur les « zoos humains » (p. 172-202), belle métaphore sur la masturbation (sexuelle et intellectuelle) au cours de laquelle Heberto Prada, emporté par sa propre diarrhée verbale, convoque un auditoire invisible composé uniquement de femmes, Hermina, bien sûr, Mira (qui se pelote en l’écoutant jacter), une prostituée noire, etc. Enjeu : les séduire par une mise en scène d’arguments et de contre-arguments pas toujours valides, mais… Seul compterait le langage, et le désir de s’imposer comme maître de la parole. D’où découlent, dans ce roman-fleuve, d’autres thèmes comme la vacuité de l’exil, la nostalgie du pays perdu ou volontairement renié, la traque des mensonges de l’existence.
À cette déclinaison sur le mensonge, justement, Sami Tchak nous avait déjà habitués depuis Place des fêtes. Il récidive par un déstabilisant portrait des P.B., les Précaires Branchés, personnages ayant érigé le paraître en règle de vie, au mépris de tout principe de réalité, et dans lesquels n’importe quel lecteur peut se reconnaître (s’il a le courage de le faire) ou reconnaître un ami, un voisin. Comme dans la jouissance d’une scène perverse, le lecteur est cueilli à l’estomac par tant de franchise, et c’est cela qui fait de Sami Tchak un auteur politiquement pas correct dans le paysage littéraire africain !
On ne peut résumer Hermina, tout au plus se laissera-t-on emporter sur ce radeau de mots et d’idées qui dérangent le confort du lecteur, tellement l’écrivain se met lui-même en danger. En effet, n’est-il pas un peu Samuel, ce double à rebours de Heberto Prada, sociologue perdu à La Havane dans les jupons d’une certaine Irma, qui ne sait plus ce qu’il recherche, enquêter sur la prostitution à Cuba, ou débrouiller ses propres angoisses existentielles ? Et aussi, dans une certaine mesure, Heberto Prada lui-même, l’apprenti écrivain paralysé par son idolâtrie de la « grande littérature », et par cette idée proprement castratrice que tout a déjà été écrit et qu’on ne peut plus rien inventer en littérature ? CQFD !
Roman des fantasmes et des mensonges humains, Hermina, roman des échecs mal assumés mais avoués sans limites, réflexion désespérée sur le sens de la vie et de la création littéraire.
Hermina, Paris, Gallimard, Continents Noirs, 350 p. 19,50 €
3. PLACE DES FÊTES : LE ROMAN POLEMIQUE
Plus de dix ans après un premier roman qui est passé inaperçu (Femme infidèle, NEA, 1988), l’écrivain togolais Sami Tchak renoue avec la fiction, ses affres et ses délices. Cette fois-ci, difficile de ne pas remarquer le nouveau produit qui semble «configuré », aucune honte à le dire, pour provoquer à la réception assentiment ou rejet. Comment peut-il en être autrement, avec le sexe comme obsession centrale, levier de la narration ? Tout commence, en effet, par la prise de parole d’un narrateur au nom de famille improbable comme une généalogie de honte. Un adolescent noir issu de l’immigration, à la personnalité marquée par deux goûts opposés, celui des livres et celui de l’inceste : « un obsédé sexuel et textuel intraitable » (p. 162), ainsi qu’il se définit lui-même avec une fierté à peine dissimulée. Par conséquent, son monologue extérieur évoluera complaisamment dans les registres de l’allusion littéraire (pas toujours réussie, tellement sa propre boulimie semble boulet à la maîtrise du jeu), du clin d’oeil à l’actualité contemporaine, ainsi que dans le pornographique échevelé. Ce qui déclenche sa logorrhée, toute d’humeurs, d’odeurs et de bruits ? Moins le père en lui-même que ses travers d’immigré au double discours hypocrite, qui joue à paraître autre chose que ce qu’il n’est en réalité, un paumé, un raté mijotant dans « l’huile chaude des frustrations» (p. 15) et porté, dans sa nostalgie, à mythifier systématiquement ses origines auxquelles il s’accroche désespérément dans sa descente aux enfers. Père Protée donc, aux déclinaisons multiples : intellectuel immigré, écrivain pute ou travesti moral aux diplômes ordinaires, sans-papiers qui se la joue victime des lois, oubliant son illégalité consommée, l’anti-raciste aux bons sentiments qui ne souffre pas la contradiction, etc. Le père, sous toutes ces formes, agace le narrateur, qui n’a de cesse de le malmener. Quelques moments de pure vérité, comme lorsqu’ il analyse l’échec du paternel à travers l’incommunication qui détruit le couple parental. La douleur de l’exil, génératrice d’amertume, renforce les solitudes : « En face de soi la même personne agaçante qui hurle sans raison, s’énerve pour rien, trace les limites de son terrain comme (…) un oiseau blessé qui construit une haie de fientes pour se protéger des serpents. ». Corollaire : « Installation de la misère sexuelle. Vie sexuelle appauvrie. » (p. 52). Alors, tout le monde baise tout le monde. À partir du moment où les cadres de gestion de la sexualité de l’immigré ont sauté dans sa nouvelle patrie, ses pulsions et fantasmes prennent des chemins buissonniers. Le narrateur se fait une jubilation d’expérimenter la pédérastie avec son ami le Malien, de violer la cousine de ce dernier, de baiser ses soeurs qui deviendront putes en Hollande, de « fourrer » et maquer sa propre cousine et sa nièce, tandis que maman collectionne les mâles dans le dos du père impuissant (au propre et au figuré) à travers Paris et sa banlieue, renouant du coup avec son passé marginal de prostituée le long des routes de la vie, là-bas dans son Afrique natale. L’omniprésence du sexe fait du roman un « carnaval de la baise », un lieu clos où les idées essentielles sont noyées dans la tristesse de la chair. Comme, au passage, les subtiles mises au point – au nom de « la parité clitoris-prépuce» – sur l’excision qui ne « tue pas forcément l’orgasme ni la rage aux fesses » ou le bref et iconoclaste éloge de l’infidélité (p. 72) qui dessinerait en f filigrane comme un nouveau concept, celui de « poly-fidélité », mode de survie du couple moderne confronté à l’usure du temps, de l’espace, des sentiments et des corps. Entre argot, obscénité, nihilisme assumé, cynisme, retournement des clichés (pas trop clair !), Place des Fêtes annonce le décrochage violent et définitif de la nouvelle génération des Noirs issus de l’immigration des valeurs patriarcales. A qui la faute ?
Place des fêtes, Gallimard, Continents noirs, 2001, 300 pages.19.06 €
Pour terminer, je recommande ce lien vers un article publié dans la revue ETHIOPIQUES par l’universitaire togolais Vincent Simedoh, une lecture éclairante du roman Hermina:
http://www.refer.sn/ethiopiques/article.php3?id_article=1032
[1] La liste complète des œuvres utilisées prouve non seulement l’éclectisme mais aussi la boulimie : Albert Londres, Restif de la Bretonne, Sade, Hemingway, V.S. Naipaul, Louis Calaferte, Griffin, Ramon Gomez de la Serna, Alejo Carpentier, José Lezama Lima, Renaldo Arenas, Khalil Gibran, Curzio Malaparte, Albert Cohen, Camara Laye, Yukio Mishima, Sacher-Masoch, Witold Gombrowitcz, Tolstoï, André Brink, Kateb Yacine, Bartolome de Las Casa, Cheikh Hamidou Kane, Albert Memmi, Moses Isegawa… Seule l’architecture de Hermina donne un sens nouveau à ces emprunts qui semblent répondre, apparemment, à la logique du fouillis !
[2] « Nous sommes orphelins de nations », entretien de Boniface Mongo-Mboussa avec Sami Tchak, sur http://www.africultures.com
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42 Comments Add your own
1. Le paradis des chiots | juin 1st, 2006 at 23:57
Sami Tchak
Le paradis des chiots
Nous sommes repartis à pied à El Paraíso, notre paradis à nous, pas beau la nuit, mais c’était notre paradis à nous, et alors qu’on tentait de se frayer un passage dans le noir, marchant parfois dans la fange (…), il nous a vus, lui, je veux dire Riki, ma bête noire, et il a dit, Juanito, qu’est-ce que tu fais avec la fifille à Linda, la mauviette, hein ? (…)Vlan, il l’a reçue la gifle de Juanito, vlan, la deuxième, J’aime pas qu’on cause comme ça à mon ami Ernesto, j’aime pas, baisse-toi pour saisir sa jambe gauche et lui demander pardon, vite ou je te tue tout de suite !
Dans un bidonville d’Amérique latine nommé El Paraíso, une bande d’enfants combat avec âpreté pour survivre ; il y a Ernesto qui vit épisodiquement avec sa mère Linda et qui, à 14 ans, se prostitue déjà pour une poignée de dollars ; il y a Laura la maigrichonne qui couche avec lui et avec Riki, son pire ennemi ; et puis il y a Juanito, le caïd de la bande qui les terrorise. Livrés à eux-mêmes, ils vivent comme des chiens, avec la candeur des enfants…
Le paradis des chiots peint un monde d’une extrême violence où les rapports de domination et d’humiliation sont omniprésents, ainsi que la sexualité dans toute sa crudité. Avec une grande virtuosité, Sami Tchak a construit un roman polyphonique servi par une langue ample et charnelle.
Né en 1960 au Togo, Sami Tchak vit et travaille à Paris.
2. Richard | juin 2nd, 2006 at 0:57
Que dire après la lecture de ce passionnant sujet sur Sami Tchak? que je sais ce qui me reste à faire: chercher les autres romans de Sami que je n’ai pas lus et les dévorer. De l’écrivain, je ne connaissais que les entrevues accordées à Paula Jacques. Et c’est là le problème. A force d’avoir entendu des extraits de ses romans dans cette émission radiophonique, j’avais la fausse impression de connaître ses oeuvres. Jusqu’au jour où j’eus entre les mains la Fête des masques (je n’ose pas dire comment, mais je promets d’acheter les prochains!). Je me suis régalé.
Il y a, en effet, quelque chose de l’ordre de l’agacement à suivre l’intrigue se dérouler, entre l’envie de botter le derrière de Carlos pour lui faire prendre conscience qu’il pouvait s’en échapper, que ce morveux d’Antonio qui disait « Monsieur, je dois vous tuer » pour honorer un engagement pris envers la mère, n’avait pas la force de le contraindre à accepter le sort horrible qu’il lui réservait. J’étais agacé par ce qui semblait être du fatalisme, j’oscillais entre l’envie de voir Carlos échapper à la mort – après tout, on pouvait comprendre la méprise des sentiments qui l’avait conduit à commettre l’irréparable – et l’envie de le voir aller au bout de sa promesse au petit Antonio, que dis-je, la certitude qu’il devait mourir, cet Antonious qui aurait peut-être aimé être autre chose que ce qu’il représentait aux yeux des autres.
J’arrête là, pour ne pas être trop long. J’ai tellement aimé ce roman que je pourrais remplir ce forum à moi tout seul. Je laisse à ceux qui ne l’ont pas encore lu le plaisir de le découvrir. Quant à moi, il me faut chercher une librairie.
3. Sandrine | juin 2nd, 2006 at 7:10
« à croire qu’il y a un noeud dans la thématique sexuelle qui touche à l’intimité du lecteur qui ne voudrait en aucun cas penser son “animalité” possible. »
mais bien sur que nous sommes faits de tas de noeuds
Le nombre de fois que j’ai vu des hommes (Africains, franco-français, on s’en fout, c’est universel ) prendre des airs outragés et de vierge effarouchée dès qu’on aborde le sujet de l’homosexualité au nom de la religion par exemple. Pour moi ce rejet est suspect, Dieu sait quels secrets d’alcove cela cache. De toute façon les jugements et les rejets, que je suis la première à ressentir, je ne vois pas pourquoi je ne serai pas humaine, ne parlent que de soi, en vérité.
Pourquoi un homme recherche-t-il les hommes, pour des raisons de jouissance sans prise de tête tout simplement, mais aussi pour mille autres raisons : la quête de l’énergie masculine, par exemple, celle du père …Le corps à corps peut aussi apporter des tas de choses réparatrices par rapport à l’image de soi (ou dévastatrice, c’est selon, on n’est pas forcément d’accord pour se réparer)
il n’y a pas que son « animalité » que l’on ne veut pas penser, il y aussi la quête de l’âme, la quête du coeur, ça je ne pense pas que ce cher Sigmund l’ait envisagé, chaque chose en son temps.
Il y a énormément de tabous autour du sexe comme il y en a énormément autour du coeur et de l’âme. Il n’y a rien de plus subversif que de s’écouter dans toutes ses dimensions, des fois qu’on prendrait des libertés par rapport à toutes les emprises de la société.
En fin de compte il y a une grande immaturité et une grande méconnaissance dans tout cela. Nous sommes des tout petis.
Par exemple, ceux qui ressortent à tire larigot lle « kama sutra », que savent-ils des énergies à l’oeuvre dans l’acte sexuel ?
Je n’ai pas lu les romans de Sami, mais j’ai lu son essai sur la sexualité des femmes en Afrique et j’ai trouvé ses conclusions très pertinentes. Elles rejoignent ce que je ressens quand je regarde les choses avec mon coeur.
4. Sandrine | juin 2nd, 2006 at 7:35
Evidemment aussi que la misère fait des ravages, pardon d’avoir occulté cet aspect des choses, j’avoue ne jamais avoir été attirée par le sordide.
Misère économique, misère affective, misère sexuelle, …
Je pense encore à ce « connard » de touriste français qui se vantait de s’être fait la fille et la mère. Avec ses dollards, tout le monde l’aura compris.
Ce que j’envie chez Sami Tchak, c’est la liberté qu’il a (ou qu’il prend ?) d’aller dans tous les milieux qu’il décrit et de nous le restituer par l’écriture. Merci pour cela Monsieur Tchak.
5. capucino | juin 2nd, 2006 at 10:15
serait-il possible d’avoir une photo moins floue de Sami Tchak c’est pour en faire un poster à accrocher au dessus de mon bar
6. irène | juin 2nd, 2006 at 10:28
Il y a un lien avec des photos libres de droits sur Tchak:
http://www.cca.ukzn.ac.za/images/tow/TOW2005/authors/New%20Folder/tchak.htm
7. capucino | juin 2nd, 2006 at 12:32
félicitations pour la sortie chez Mercure, je lirai çà tranquilou en sirotant sous le poster merci Irène
bon pour être juste, je me suis bien tapé les côtelettes en lisant coca cola jazz, est-ce que quelqu’un a pensé à offrir à Kagni une immense baudruche pour faire des dégats similaires dans son salon:), vive la littérature qui en fait est un principe très éconnomique, tout dans la tête, dégats innaparents
8. Minga | juin 2nd, 2006 at 14:42
Bonjour,
Je ne « connais » pas très bien Sami…
J’aimerais pouvoir le lire. J’ai d’ailleurs du retard à rattraper en matière de « jeunes » auteurs africains.
De ce côté, je suis assez « feignasse », préférant souvent (re)lire les Anciens…
9. vincent | juin 2nd, 2006 at 19:55
Ce qui est passionnant dans les œuvres de Sami, c’est la force de dire vrai, de montrer, de démonter. Le ton est libre, le discours est fascinant et ne comporte pas de chemin détourné malgré le sarcasme. Par ici c’est la déconstruction des sujets qui sont ailleurs tabous, par là, c’est la mise en œuvre d’une vision de la société qui démonte les relations, conduit aux troubles jusqu’à ce que l’être n’arrive plus à se situer et déterminer les rapports qui existent entre lui et les autres ou entre lui et les choses. C’est toute la question de l’être à soi. Mise en scène de personnages perfides, cupides, voyeurs qui sont à la fois eux-mêmes mais en même temps ouverts en quête de devenir mais devenir qui ou quoi? Ils étaient là, ils y sont, et la question de ce qu’ils seront, reste toujours en suspens. Le devenir jamais tracé à l’avance même s’il y en a qui font des choix. Plus encore, c’est l’écriture en action au point où on se demande si Sami n’est pas obnubilé voire obsédé par la question. Une écriture de devenir du désir où personnages sont des pantins assumant leur libido au vu et au su de tout le monde et sans artifice. Les mensonges sont mis à nu, les masques tombent, la fête peut commencer. L’être revient à la case de départ: la nudité dans tous les sens du terme se dévoile, transformant le lecteur en voyeur de gré ou de force et le conduisant au tribunal des questions existentielles avec humour
10. TILL AMBA | juin 3rd, 2006 at 16:33
Je viens d’aller à la librairie l’Harmattan, car la Fnac ne vend pas ce que je suis venue chercher. J’ai donc mon panier plein de livres et je vais y passer au moins le week-end:
Kossi Effoui, Yo et Volatiles
Boubacar Boris Diop, Le cavalier et son ombre
Sami Tchak, Place des fêtes.
La plupart de ces lectures, je les ai choisies après mon arrivée sur le blog de Kangni. Une envie rageuse de me noyer dans la complexité d’une réflexion solitaire, qui me rendra solidaire de ce qui paraît incurable.
Qui a dit « La création devient désormais le compte-rendu de l’agonie de l’artiste »…
11. TILL AMBA | juin 4th, 2006 at 6:06
On est dimanche matin. J’ai déjà entamé « Place des Fêtes », de Sami Tchak, 70 pages dévorées hier. J’aurais bien voulu ouvrir les 4 livres en même temps, mais il me fallait faire un choix. J’ai donc choisi Sami, c’est une découverte au travers des discussions de ce blog, j’ai voulu me faire une opinion.
Lire est un beau voyage qui nous emmène loin, parfois hors
de nos perceptions.
Je prends toujours le temps de lire, de m’imprégner d’autres auteurs, surtout lorsque j’écris, comme c le cas en ce moment.
Je suis parvenue à la page 150 de mon nouveau roman « Lonely ». J’ai choisi un sujet d’actualité, un sujet difficile à aborder, je rentre très loin dans l’émotionnel. L’écriture
est un monde à part, un nuage dans lequel je me réfugie
et qui me protège presque de moi-même et des autres. Une bulle, en quelque sorte.
12. irène | juin 4th, 2006 at 20:06
Till Amba, tous les livres que vous avez achetés se trouvent dans les FNAC. Volatiles de Kossi Efoui est en pile debout rayon littérature africaine à la FNAC des Halles. Les plus anciens de ces titres se trouvent classés par ordre alphabétique des auteurs. Pas seulement à la FNAC, mais dans beaucoup de librairies. Je les ai toujours trouvés surtout à la FNAC et ils y étaient aujourd’hui encore. Simple précision pour ceux qui vous auraient prise au mot pour croire que « la FNAC ne vend pas ce que je suis venue chercher », la FNAC qui vend aussi les romans et les essais publiés par l’Harmattan.
13. TILL AMBA | juin 5th, 2006 at 7:03
Je suis allée à la Fnac Italie, je n’y ai rien trouvé. C pour cette raison que je suis allée chez l’Harmattan, ils ont une grande variété de romans et d’essais et c un endroit sympa, on y est très bien accueillis dès l’entrèe. Je n’ai aucun parti-pris, je vais là où je trouve plus facilement ce dont j’ai besoin et où l’on me documente. Je dois dire que tout celà dépend des magasins et de leur situation. Je suis référencée chez les deux, je n’ai donc pas de favoritisme. J’avais pris soin de téléphoner à l’Harmattan, avant d’y aller. Et je suis bien contente de ne pas avoir cherché plus loin, un samedi à Paris!
14. Irène | juin 5th, 2006 at 8:25
Till Amba, je ne t’accusais pas de favarotisme. Bon, ce n’était qu’un détail. Je vais moi-même découvrir ce que tu as écrit.
15. TILL AMBA | juin 5th, 2006 at 8:51
C très gentil à toi, Irène. Tu trouves mes romans sur le site
http://www.atlantica.fr/
aunom de l’auteur amba Till et tu peux les commander directement.
« La maison nuage » est en référencement et devrait être en librairie sous peu. Encore un peu de patience, le livre vient d’être édité début mai.J’ai fait une première scéance de signatures sur la côte basque. Comme c un roman qui se situe dans la région du Nord, je prévois une tournée de signatures sur tte la côte d’Opale. J’attends confirmation de la part des libraires.
16. Irène | juin 5th, 2006 at 8:55
Merci pour le site, Till Amba, je vais passer ma commande pour un nouveau voyage au coeur des mots.
17. Sénamin | juin 7th, 2006 at 18:20
NOS ÉCRIVAINS ACTUELS SONT DES DÉCADENTS
Répondant à l’invitation de Sami, j’aimerais ajouter mon grain de sel aux discussions relatives à Kossi Efoui et Sami Tchak.
Je voudrais suggérer que les écrivains de troisième génération, dont Kossi, Sami, Kangni et Edem, sont des écrivains décadents. Il ne s’agit pas d’une insulte. S’il est dans les habitudes humaines de réfléchir sur le sort de l’humanité, force est de constater qu’à chaque fin de siècle, les inquiétudes s’exacerbent. Plusieurs éléments avérés ou supposés contribuent à rendre les fins de siècle angoissantes : disparition des vieilles coutumes dans le milieu urbain ; effacement des distinctions sociales, décomposition des valeurs traditionnelles ; recrudescence de la corruption qui ronge la société ; accélération de la vie et des flux migratoires, progrès techniques, sociaux ; impression qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil et que tout a été déjà dit, etc. Bref, les gens ne savent plus (ou pensent ne plus savoir) déchiffrer la faune humaine et professent dès lors un scepticisme qui les pousse à déclarer la vie moderne invivable. Écrivains, journalistes, publicistes, historiens, sociologues et médecins ne se lassent pas de parler de dégénérescence, d’invasion de Barbares, de défaillance de l’humanité, de déclin physiologique des peuples modernes. Et les philosophes de dénoncer le culte de l’immédiateté, pendant que les religieux dogmatiques distribuent des blâmes et promettent la fin du monde. Un hasard du calendrier a d’ailleurs voulu que la date d’hier (06/06/06) soit précisément celle de la « venue du diable » dont le chiffre selon l’Apocalypse est le 666. Qu’on pense aussi à toutes les prévisions catastrophistes de la veille de l’an 2000…
La décadence est le mouvement qui correspond à cette « confusion fin de siècle » (c’est l’expression consacrée). Alors qu’elle croit innover, chaque génération fin de siècle s’inscrit dans une longue tradition des pessimistes. Les écrivains desdites époques sont eux aussi pessimistes quant à l’avenir et exaspérés par la bêtise contemporaine, mais ils convertissent leur scepticisme en œuvre d’art. De ce point de vue, la troisième génération de nos écrivains est décadente, du triple point de vue de la chronologie, des thèmes et du positionnement dans l’espace littéraire :
1. les écrivains émergent autour des années 1990 ;
2. on trouve sous leur plume tous les thèmes d’autres corpus décadentistes : l’exotisme (ex. La Polka ; l’Amérique latine ou l’Acadie pour des Togolais), les masques, les statues, les rêves, les fantômes, l’histoire revisitée, les doubles, l’androgynie, l’homosexualité, l’adolescence ; autant de motifs qui brouillent les pistes, effacent les barrières : celles entre le moi et l’autre, l’homme et la femme, l’enfant et l’adulte, la nature et la culture, le sacré et le profane, la vie et la mort, l’animé et l’inanimé, le naturel et l’artificiel ;
3. on observe également chez ces écrivains, un dédain pour l’uniformité (qui s’accorde bien avec le chaos communément ressenti vers le tournant de siècle) ; un refus de l’« engagement » au profit de la démarche individuelle. Ils partagent en effet cette volonté d’être des individus qui écrivent – Sami explique très bien cet aspect – mais en dialogue avec des écrivains de tous horizons, avec la littérature elle-même ; ce qui explique que leurs œuvres soient fortement intertextuelles (cf. l’article de Vincent Simedoh sur Hermina de Sami Tchak). Ce faisant, ils intègrent (ironiquement) ce grand groupe, sans frontières géographiques et temporelles, des objecteurs de conscience (l’autre qualificatif des écrivains).
Même la fracassante déclaration de Kossi (qui a fait couler beaucoup d’encre dans un post précédent) peut être mis au crédit de cette interprétation, car les décadents aiment à contredire l’establishment universitaire, en plus d’aimer transformer leur propre vie en œuvre d’art (mais sur ce dernier point, je m’abstiendrai de toute conjecture).
J’ai déjà été trop long. Je continue d’explorer cette piste et invite les blogueurs que la décadence intéresse à consulter l’essai de Julia Przybos, « Zoom sur les décadents », Paris, José Corti, 2002, 297 pages. C’est fou les parallèles qu’on peut y trouver entre la fin de siècle que nous venons de vivre, et celle qui a précédé.
Merci, Sami, de ton invitation.
Sénamin.
18. Sandrine | juin 7th, 2006 at 19:08
Des raisons d’espérer dans un monde de barbarie
Entretien avec Jean-Claude Guillebaud
Comment en êtes-vous arrivé à prendre pour sujet constant de vos livres, le monde dans lequel nous vivons ?
Ma vie professionnelle a commencé au Biafra en 1968. Et durant plus de dix ans, j’ai été confronté quasi quotidiennement à l’empire du mal. Comme journaliste, j’ai vu de braves pères de famille devenir du jour au lendemain des assassins, voire des tortionnaires. J’ai des souvenirs du Liban que je ne peux même pas raconter aujourd’hui encore. Face à cette énigme du mal, soit on s’y fait et on devient cynique, soit on cherche à comprendre. Et puis j’ai acquis rapidement une conviction qui est devenue aujourd’hui un lieu commun mais qui ne l’était pas il y a vingt ans : la planète vit des mutations qui entraînent une rupture bien plus radicale qu’on ne l’imagine. Aujourd’hui, les concepts qui définissent l’identité humaine sont remis en question. La perception du temps et de l’espace est modifiée par la révolution informatique, les systèmes de parenté érodés par la révolution génétique, la démocratie ébranlée par la mondialisation de l’économie. Le monde vit un immense basculement et, face à cela, la pensée est impuissante. J’ai eu envie de me mettre au travail et de penser, avec d’autres, ce monde nouveau.
Vos essais appellent souvent à une relecture de la tradition judéo-chrétienne. Qu’y trouvez-vous de si utile pour penser la modernité ?
Quand on veut nous faire croire que « nous n’avons pas le choix », par exemple, que tout est déterminé par les grandes lois de l’économie ou de la nature, l’idée que nous ne sommes pas esclaves du destin, mais bien coresponsables de notre histoire est stimulante. Dans la tradition juive et chrétienne, l’être humain est le sujet de son histoire, il n’en est pas l’objet. Une autre idée vient trancher utilement avec le catéchisme économique contemporain : la vérité n’est jamais figée. Elle est au contraire toujours négociable, toujours questionnable, la vérité est « devant ». Enfin, la manière dont les Juifs et, dans une moindre mesure, les protestants ont su porter leur tradition dans un contexte de minorité et d’oppression, a quelque chose à nous apprendre, si l’on veut résister à l’esprit du temps. J’ajouterai encore l’idée de la loi. Dans la tradition juive et chrétienne, devenir un homme, c’est désobéir à l’animal. Autrement dit, intégrer l’idée de la limite : nous ne sommes pas tout puissants. Nous ne perdrions rien à méditer ces vieilles intuitions…
On reproche pourtant beaucoup aux religions de se refermer sur elles-mêmes, de céder aux fondamentalismes, d’alimenter les haines recuites.
C’est une fausse querelle. Je vous ferais observer que ce sont les totalitarismes laïques profondément anti-religieux qui ont ensanglanté le XXe siècle. Mais le problème n’est pas là. Face aux barbaries qui s’annoncent, nous sommes dans le même camp. Il n’y a pas de tâches plus urgentes que de s’unir.
Dans ce combat contre la barbarie, quelles sont les lignes de front ?
C’est la grande question. Aujourd’hui, il me semble qu’on perd beaucoup de temps à mener de faux combats. Quand on lutte par exemple contre le « retour de l’ordre moral », il me semble que ce n’est pas là ce qui nous menace le plus aujourd’hui. Le vrai danger est plutôt dans le retour de l’ordre pénal qui révèle une dangereuse absence de normes régulatrices. Il faudrait se battre contre l’idée folle qui consiste à édicter des lois pour pallier le déficit de représentations collectives. Il est faux d’augmenter l’arsenal répressif pour lutter contre l’absence de repères. Autre exemple, on se bat aujourd’hui contre l’inégalité identitaire, pour la reconnaissance des droits des minorités. Parfait, mais on laisse tomber la question de l’inégalité économique, autrement plus cruciale. Les combats du moment, pour généreux qu’ils soient, font l’impasse sur la pauvreté, l’injustice, l’accroissement sans précédent des inégalités économiques. Le champ social est déserté, alors même qu’il devrait requérir toutes nos énergies. Seuls les réseaux associatifs, où les chrétiens sont d’ailleurs présents en force, sont présents sur ce terrain-là.
Si les réseaux associatifs fonctionnent encore, l’Eglise d’Europe traverse une crise grave. Comment l’analysez-vous ?
L’Église paie aujourd’hui la facture d’une très ancienne compromission avec le pouvoir temporel et l’ordre social établi. Elle paie son ralliement au XIXe siècle à un moralisme bourgeois qui n’était pas chrétien. Son refus crispé de la modernité n’a fait qu’augmenter son discrédit. J’ajoute un point important : l’étrange échec de sa catéchèse. L’enseignement religieux a produit à tour de bras des gens qui sont devenus farouchement anti-chrétiens. À force de transformer l’Évangile en injonctions dogmatiques, elle a nui au message qu’elle était chargée de transmettre. En même temps, il faut relativiser cette crise si on la replace sur l’échelle du temps. Enfin, il ne faut pas oublier le paradoxe suivant : dans l’histoire du christianisme, le message évangélique dans sa réinterprétation permanente, a toujours été transmis par des dissidents, des gens aux marges de l’Église. Or, les dissidents aujourd’hui ne manquent pas et leur parole est forte.
Que dire aujourd’hui devant les crispations identitaires, les peurs qui gagnent nos sociétés ?
La peur est logique, normale. Le vieux monde s’est écroulé, tout est allé très vite, on vit dans l’impensé et rien n’est plus favorable à la peur. La question est donc la suivante : comment contenir cette peur sans pour autant bercer les gens de fausses promesses. Dans cette perspective, nous n’avons pas de tâches plus urgentes, après avoir désigné les périls, que de désigner l’espérance. L’espérance a beau être une disposition subjective, un pari pascalien, il n’en demeure pas moins qu’elle n’est pas une sottise incongrue. Si on regarde un instant notre histoire, on prend très vite conscience que ce n’est pas la première fois dans l’histoire que le vieux monde s’effondre. Songez à la Renaissance ou à la chute de l’Empire romain, par exemple. On constate très vite que chaque génération a eu peur. J’avais vingt ans en 1954, on vivait dans une situation apocalyptique que l’on résumait par un slogan : l’équilibre de la terreur. Avoir vingt ans en 1942, c’était bien pire encore. Il y a pour chaque génération humaine toujours plus de raisons de désespérer que d’espérer, mais l’histoire nous apprend que ce sont toujours ceux qui espèrent qui finissent par gagner.
Quelles sont donc aujourd’hui les raisons d’espérer ?
L’espérance, j’insiste, est toujours déraisonnable. C’est un acte volontaire qui renvoie chacun à soi-même. Ce qui est certain, c’est qu’on ne peut pas arrêter la marche du monde et qu’il ne sert donc à rien de se lamenter sur ce qui n’est plus. Le défi, c’est de vivre dans ce monde sans adhésion idiote au changement, et sans crispation nostalgique dans le conservatisme.
Et les raisons de désespérer ?
Celles-ci ne manquent malheureusement pas. Mesurer le moral d’un peuple à son aptitude à la consommation, penser que les problèmes du bonheur et de l’espérance se résoudront dans la croissance économique, croire que les OGM sont la réponse au problème de la faim dans le monde… la liste des superstitions contemporaines est longue. Mais demain, n’en doutez pas, nos petits enfants mettront bas nos idoles, comme nous avons rejeté les égarements nazis ou marxistes-léninistes de la génération qui nous a précédés. Ils se demanderont avec incrédulité comment nous avons pu croire à de telles âneries. Mais le phénomène de l’aveuglement mimétique n’est pas nouveau. À cet égard, on peut méditer cette ultime parole du Christ en croix : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ».
Propos recueillis par Emmanuel Rolland
Source : ProtestInfo, 11 novembre 2004
URL: http://www.fondationdiagonale.org/article.php3?id_article=11
19. Sandrine | juin 7th, 2006 at 19:15
Bon je sais c’est long
Et puis je ne suis pas protestante
Mais je n’ai rien lu d’aussi pertinent depuis longtemps
Et ce texte a fait en moi « bingo ! «
20. Timba Bema | juin 7th, 2006 at 20:56
Vive la décadence annoncée
O anges de Lucifer
21. Sami | juin 7th, 2006 at 21:22
Sénamin, merci d’avoir donné ici un aperçu de ton analyse. Comme je t’avais dit, c’était la première fois que j’entendais ce propos, et j’étais d’autant plus déboussolé que le hasard avait voulu que nous soyons à la même place. Ignorant que j’allais être le « décandent » du compatriote assis juste à côté de moi, crois-moi que l’effet était réussi. Hélas, Kossi n’est pas très internet et encore moins blog. J’aurais voulu lire son mot sur ton analyse. Hors blog, il serait intéressant que tu inities ce débat avec notre chef de file, le plus décadent, Kangni.
22. Sandrine | juin 8th, 2006 at 6:23
Lucifer, le porteur de lumière
23. TILL AMBA | juin 8th, 2006 at 6:29
Hier soir, à la télé, l’horreur, qu’on nous montre
mais dont on évite de parler. Estce cela aussi la décadence?
Un homme, face à la caméra, originaire d’Ouganda:
Le visage mutilé à coups de machette, plus d’oreilles,
plus de nez, plus de lèvres,
et les doigts des deux mains sectionnés.
Je suis malade de l’écrire avec des mots,
malade de l’avoir visionné.
Comment peut-il vivre et quels sont les auteurs de cette
barbarie sans nom et sans fin, dont on évite de parler
à voix nue.
24. Timba Bema | juin 8th, 2006 at 16:34
Pourquoi Jesus a refusé la proposition de Lucifer de régner avec lui sur la terre?
25. Sandrine | juin 8th, 2006 at 17:56
Parce que chacun de nous a le choix à tout moment de savoir avec qui il pactise !!!
Y compris le porteur de lumière.
Car nous sommes à la fois animal ,
et créateur au même titre que Jésus
qui a d’ailleurs dit selon les textes
ce que j’ai fait, vous le ferez et même davantage
(je cite de mémoire)
Admettre cela c’est avoir une « sacrée » responsabilité
C’est tellement plus facile de s’en remettre à des autorités extérieures (Dieu, religions),
Ce qui n’empêche qu’il y a des gens merveilleux dans TOUTES les religions, des gens de coeur, d’amour, d’esprit.
Après ça je te pose une colle :
2 pièces avec un mur mitoyen
l’une totalement obscure,
l’autre pleine de lumière.
D’après toi que ce passe-t-il?
Bon je vais aller me boire une bonne bière
Ras le bol de prêcher (dans le désert?)
26. Sandrine | juin 8th, 2006 at 17:59
Pour la colle j’ai oublié un détail crucial
On fait un trou dans le mur mitoyen
D’après toi que ce passe-t-il?
PS : Une 16 ça sera pas mal
27. Sandrine | juin 8th, 2006 at 18:02
Quelqu’un a dit que sur ce Blog qu’ »Hitler » est un humain.
Et oui !
Malkowitch a dit qu’il pouvait jouer Hitler car il sait que chacun de nous a Hitler en soi, et oui !
N’IMPORTE QUI D’ENTRE NOUS PEUT BASCULER
N’IMPORTE QUI !!!
Il faut arrêter de se raconter des histoires
28. Abdon | juin 8th, 2006 at 18:14
Mais non, Sandrine, tu ne prêches pas dans un désert ici, les gens t’écoutent et se nourrissent sans ragir mais… Quant à moi, à bientôt pour un débat autour de la décadence, sujet théologique s’il en est, ça va me rappeler mes chères études chez les prêtres. HITLER et JESUS, j’en connais qui ont glosé abondamment sur la capacité de l’un et l’autre à côtoyer le mal, mais j’arrête, je risque de faire se retourner dans sa tombe mon directeur de conscience, le RP DRAVIE!
29. Timba Bema | juin 8th, 2006 at 18:17
Sandrine
Il ne se passera rien. Tu veux que je te donnes la preuve?
30. Timba Bema | juin 8th, 2006 at 18:25
K.A
Des nazis n’ont-ils pas fuit l’Allemagne en 1944 dissimulés dans des soutanes de prêtres catholiques? HITLER fut l’un des rares chef d’état à avoir conçu le pouvoir comme une réligion; le Reich de 2000 ans ça ne vous rappele pas les Evangiles?
A mon avis, ces deux gars doivent trinquer une bonne 16/64 en enfer.
31. Koffi Abdon | juin 8th, 2006 at 18:28
2 pièces avec un mur mitoyen
l’une totalement obscure,
l’autre pleine de lumière.
que ce passe-t-il?
Je ne comprends rien depuis mon bled.. je vais faire passer la colle aux collègues de bureau, ça va les occuper. La nuit descend sur Kinshasa, et si j’éteignais dans mon bureua pour voir? Moi y en a comprend à rien! je donne ma langue à Sandrine!
32. Sandrine | juin 8th, 2006 at 19:17
Wouahh les mecs !!!
j’ai réussi à vous faire réagir
c’est pas trop tôt !!!
33. Sandrine | juin 9th, 2006 at 6:57
Perso j’ai jamais fréquenté les prêtres, encore moins fait d’études théologiques. Par contre j’ai été rabbin dans d’autres espaces temps.
34. Abdon | juin 9th, 2006 at 7:44
Comment ça, rabbine, dans une vie antérieure? Dis donc, la réponse à ta devinette de trucs qu’on fait sous le mur du voisin, est-ce liée au mur des lamentations?
35. Sandrine | juin 9th, 2006 at 17:00
J’ai pas dit rabbine
j’ai pas dit rabbin
et dis-moi les prêtres que tu as connus,
ils étaient aussi en boubou ?
36. Sandrine | juin 9th, 2006 at 17:00
J’ai pas dit rabbine
j’ai dit rabbin
et dis-moi les prêtres que tu as connus,
ils étaient aussi en boubou ?
37. Sandrine | juin 10th, 2006 at 7:35
« Dans cette guerre qui cachait son nom, comme dans toute guerre, ne devient-on pas tour à tour victime puis bourreaux. Quelle ineptie que de vouloir imposer par la force ce que la culture et l’éducation peuvent faire dans la paix. Il faut seulement un peu plus de temps, de volonté, et l’amitié, élément indispensable à tout progrès, en sort vainqueur. A vingt ans on arrache un pavé pour faire une barricade, on prend une arme pour arrêter un ennemi désigné par la vindicte, sans se douter que cet ennemi est peut-être son voisin.»
« Je sais aussi, combien il est difficile d’être juste, et que la grandeur d’âme consiste à accepter l’injustice pour éviter soi-même d’être injuste ».
Louis Keller
38. Sandrine | juin 10th, 2006 at 8:42
Excellences, Messieurs les membres et responsables d’Europe,
Nous avons l’honorable plaisir et la grande confiance de vous écrire cette lettre pour vous parler de l’objectif de notre voyage et de la souffrance de nous, les enfants et jeunes d’Afrique.
Mais tout d’abord, nous vous présentons les salutations les plus délicieuses, adorables et respectées dans la vie. A cet effet, soyez notre appui et notre aide. Vous êtes pour nous, en Afrique, ceux à qui il faut demander au secours. Nous vous en supplions, pour l’amour de votre continent, pour le sentiment que vous avez envers votre peuple et surtout pour l’affinité et l’amour que vous avez pour vos enfants que vous aimez pour la vie. En plus, pour l’amour et la timidité de notre créateur Dieu le tout-puissant qui vous a donné toutes les bonnes expériences, richesses et pouvoirs de bien construire et bien organiser votre continent à devenir le plus beau et admirable parmi les autres.
Messieurs les membres et responsables d’Europe, c’est de votre solidarité et votre gentillesse que nous vous crions au secours en Afrique. Aidez-nous, nous souffrons énormément en Afrique, nous avons des problèmes et quelques manques au niveau des droits de l’enfant.
Au niveau des problèmes, nous avons la guerre, la maladie, le manque de nourriture, etc. Quant aux droits de l’enfant, c’est en Afrique, et surtout en Guinée nous avons trop d’écoles mais un grand manque d’éducation et d’enseignement. Sauf dans les écoles privées où l’on peut avoir une bonne éducation et un bon enseignement, mais il faut une forte somme d’argent. Or, nos parents sont pauvres et il leur faut nous nourrir. Ensuite, nous n’avons pas non plus d’écoles sportives où nous pourrions pratiquer le football, le basket ou le tennis.
C’est pourquoi, nous, les enfants et jeunes Africains, vous demandons de faire une grande organisation efficace pour l’Afrique pour nous permettre de progresser.
Donc, si vous voyez que nous nous sacrifions et exposons notre vie, c’est parce qu’on souffre trop en Afrique et qu’on a besoin de vous pour lutter contre la pauvreté et pour mettre fin à la guerre en Afrique. Néanmoins, nous voulons étudier, et nous vous demandons de nous aider à étudier pour être comme vous en Afrique.
Enfin, nous vous supplions de nous excuser très très fort d’oser vous écrire cette lettre en tant que Vous, les grands personnages à qui nous devons beaucoup de respect. Et n’oubliez pas que c’est à vous que nous devons nous plaindre de la faiblesse de notre force en Afrique.
(Signature) Ecrit par deux enfants guinéens Yaguine Koita et Fodé Tounkara.
39. K.A. | juin 13th, 2006 at 11:03
Si je puis me permettre, Sandrine, j’ai intégré la lettre des ados à ma pièce ATTERRISSAGE qui est à l’affiche depuis un an sur les scènes de Belgique, dans la mise en scène de Denis Mpunga du Théâtre Musical Possible. J’arrête l’autopromotion… un ami m’a dit dimanche dernier que le blog est un lieu de voyeurs, j’ai pris note de sa remarque!
40. Priere | juillet 30th, 2006 at 9:22
En parlant de mur des lamentations, on peut envoyer une prière au Kotel par Internet ici : http://www.tzetel.com
41. Sesso | octobre 24th, 2006 at 22:37
[URL]http://www.sesso.sollazzo.org[/URL]
42. NDOMBI Ornella Pacelly | mars 15th, 2008 at 19:05
bonjour,je suis Pacelly et je suis étudiante en Littératures Africaines. j’ai pour projet de Licence: la lecture du corps et la quête de l’identité dans La fête des masques de Sami Tchak. Alors qu’en pensez-vous?
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