Voici le pays dont nous avons hérité…

septembre 19th, 2007

Alem_campagne.jpgLe 29 septembre, la campagne politique s’ouvrira au Togo. En simple militant, j’ai commencé mon travail au sein de la CDPA. Premier exercice, la levée des fonds. Mes carnets de souscription à la main, je démarche amis et connaissances. Les premières réactions sont plutôt négatives : « Alem, on en a marre des partis, c’est eux le problème du Togo, on ne leur donnera rien ! Et puis, pourquoi toi-même tu n’es plus candidat aux législatives ? »

Comme s’il eût suffi que je fusse candidat, pour que mes tickets de 1000F, 5000F et 10.000 F partent comme de petits pains, faisant tomber dans l’escarcelle de la Convention Démocratique des Peuples Africains, le parti dirigé par le Professeur Gnininvi, l’actuel ministre des Mines et de l’Énergie dans le Gouvernement d’Union Nationale, quelques maigres sous qui ne suffiront même pas à couvrir les dépenses d’une campagne qui s’annonce onéreuse. Il se murmure que certains dirigeants de parti écument les palais présidentiels d’Abidjan, de Libreville et du Nigeria pour recueillir des fonds. À la CDPA, on essaye de faire confiance à la générosité du citoyen lambda, lequel exprime de plus en plus ouvertement ses griefs contre les partis politiques.

À leurs yeux, tous les partis politiques, opposition comme majorité présidentielle, seraient coupables de mensonge et d’hypocrisie. Ils auraient fait perdre des vies et du temps aux Togolais, alors qu’ils auraient pu faire depuis longtemps ce qu’ils font maintenant, à savoir s’entendre pour gouverner ensemble ! Les plus virulents parlent de « partage du gâteau », façon peu diplomatique de dire qu’au fond, la conquête du pouvoir est le seul impératif qui gouverne tous les partis, la conquête du pouvoir et sa conservation. Timidement, je tente d’argumenter. Oui, la conquête du pouvoir est le but premier d’un parti politique, mais pas la conservation du pouvoir. Puisque justement, si les choses étaient normales, seul le peuple a la souveraineté de faire conserver ou non le pouvoir à un parti. Le RPT de feu le Général Eyadema n’est pas le bon exemple qui prouve que les politiciens respectent la voix du peuple, raison pour laquelle il faut donner une leçon à ce parti et lui réapprendre le respect de la démocratie. Un parti qui a passé son temps à s’appuyer sur l’armée pour tuer et intimider mérite-t-il qu’on le mette sur le même plan que ceux qui l’ont combattu ? Mais vous aussi vous nous avez tué, s’insurge mon interlocuteur ! Vous nous avez fait croire que vous aviez des armes pour combattre la dictature, alors que vous n’aviez rien ! Le mensonge aussi est un crime, oui ou non ?

Je reste un instant sonné par la répartie. Voici donc le pays tel qu’il est devenu. Plus personne ne croit plus à rien. Dans ces conditions, je comprends que beaucoup de mes interlocuteurs désabusés me disent ne pas avoir de cartes d’électeurs. Ils ne voteront pas. À quoi servent des élections dans un pays où un seul parti, appuyé par des milices et des militaires aux ordres volent les urnes sous les yeux des caméras des télévisions du monde entier ? Triste pays, entité aux rues sales et défoncées, avec des chefs sans ambition remarquable autre que celui de régner dans la paix des cimetières. Mais c’est le pays, on n’en a pas un autre. Ne peut-on pas, ne doit-on pas une énième fois, tenter de lui donner un autre cours, en allant cette fois-ci voter avec la volonté ferme de donner une leçon aux criminels qui l’ont rendu ainsi ? Mais oui, Monsieur, vous aussi faites partie des criminels ! Moi ? Oui, vous !

Cette fois-ci je suis vraiment sonné. Je remballe mes tickets et salue mon interlocuteur. « Mon frère, dans ce cas, on va faire comment ? » Il ne m’écoute plus. Je vais aller tenter ma chance auprès des revendeuses du marché de Bè. Qui sait, peut-être seront-elles plus réceptives à mes demandes de militant quémandeur de subsides !

Au fait, je réponds à la question : pourquoi ne suis-je plus candidat aux législatives ? Je sais que les rumeurs les plus folles ont couru un peu partout sur cette histoire qui n’a pas d’importance à mes yeux. Sincèrement, comme dirait l’autre, « y’a pas de problème », même pas de lézard, encore moins de gecko ! Non, vraiment, c’est l’homme qui a peur, sinon y’a rien ! Je reste militant de base, et cadre du parti. Il y aura d’autres rendez-vous.

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10 Comments Add your own

  • 1. Partisan  |  septembre 19th, 2007 at 19:26

    Ami, je te trouve bien courageux, approcher ainsi ce monde avec calme. Disons que si rien ne se passe, il y aura au moins de quoiécrire un livre sur le monde politique. Tiens-nousau courantde la campagne. Tu sais qui t’écrit.

  • 2. saint clair  |  septembre 19th, 2007 at 19:51

    Le tam-tam africain n’avait donc pas tort! Félicitations et courage pour cet acte. Ah, si leTogo pouvait bouger.

  • 3. franck  |  septembre 20th, 2007 at 17:11

    Alem, un peu par provocation et aussi pour plaisanter j’avais eu envie de te demander si tu croyais vraiment que tu pouvais être élu si t’avais été candidat? Je voulais te le demander de vives voix le mois dernier mais t’étais pas au pays. Puis je me suis rendu compte que le scrutin allait être à la proportionnelle. Du coup j’ai eu le sifflet coupé.

  • 4. th. a.  |  septembre 20th, 2007 at 21:54

    Je lis et relis ton texte. Tu sais pourquoi ? Pour les phrases et la vivacité des échanges que tu rapportes si bien. C’est ce qui va rester de tous ces efforts auxquels tu te livres dans la chaleur de Lomé. Tu as compris ? Une chronique, Kangni ; une chronique de tout cela (pas sur le blog forcément ; non, au jour le jour, un livre, un récit, quoi !)

  • 5. PETITE MOMIE  |  septembre 22nd, 2007 at 12:18

    « Ã€ leurs yeux, tous les partis politiques, opposition comme majorité présidentielle, seraient coupables de mensonge et d’hypocrisie »

    Je ne sais rien de la situation politique togolaise.

    Je sais toutefois qu’en matière de politique, il n y a pas de schémas figés, ni de structures pré-établis dans le genre « les méchants sont d’un côté et les bons de l’autre »

    Rien n’est tout noir ou tout blanc.

    Majorité comme opposition, les ripoux, les véreux, les probes, les bons et les mal intentionnés sont partout.

  • 6. K.A.  |  septembre 22nd, 2007 at 17:12

    1. Franck, je te jure, moi-même je me suis souvent posé la question, avec mon ami Hilaire Logo Dossouvi, nous avons quand même quitté ce pays à un moment donné, donc nous sommes des gens virtuellement connus… puis, puis, oui cette idée que de la proportionnelle donne des ailes à tout le monde, dans le cas du Togo, après ce qu’on a traversé, c’était une solution d’apaisement, même si les surprises aussi sont au bout, la faiblesse ou la force supposées de chaque parti pouvant se révéler brutalement au grand jour… alors, tu vois, si tu m’avais posé la question, je t’aurais donné des réponses de politicie, j’apprends vite, tu sais! Heu… au fait, je suis un candidat galant, j’ai laissé ma place à une femme, il y en a si peu dans les listes des partis en lice, à part au RPT qui a quand même une tradition de « harem », je rigole, bien sûr!

    2. Théo, promis, je le ferai ce livre sur la campagne des législatives 2007 au Togo, surtout que je pense déjà faire un tour dans le Kpendjal et l’Oti la semaine prochaine… être sur le terrain à un moment si capital, tu penses bien que je ne vais pas simplement regarder, surtout que je suis libre maintenant d’observer.

  • 7. Gaëtan  |  septembre 22nd, 2007 at 18:16

    Ouais libre d’observer!!!! Tu sais Kangni, tu te rappelles la blague de Léo à propos des hommes politiques qui ont été victimes d’un accident de circulation et le pauvre paysan. Il les a tous enterrés. Y-at-il des survivants? Le paysan répond: « Oui certains criaient, je suis vivant » Et comme les politiques sont tous des menteurs, le paysan les a tous mis dans le même sac, les vivants comme les morts…Dans la fosse commune avant l’arrivée du secours! je n’ai pas le temps de bien raconter cette histoire mais vous êtes tous…des menteurs eh ouiiiiiiiiiiii. La conception manichéenne de la société togolaise est en bonne voie puisque personne n’a su donner de l’espoir à ce peuple depuis les années 90 .
    Franck, tu voudrais bien m’envoyer ton mail…urgent!

  • 8. Nomade  |  septembre 23rd, 2007 at 7:40

    Hej Kangni me voilà de retour de Bordeaux j’aime vraiment cette ville pour son côté espacé et aéré. Je suis allée faire un tour du côté des Aubiers …on m’a parlé de Lormont une importante communauté turque à ce qui paraît …prends soin de toi

  • 9. franck  |  septembre 24th, 2007 at 3:35

    Gaëtan,

    Mon email? Eric et/ou Alem te le donneront. C’est plus simple.

  • 10. Stéphane Bolle  |  novembre 1st, 2007 at 9:47

    LA CONSTITUTION EN AFRIQUE est un espace d’expression, de réflexion et d’échanges dédié au(x) droit(s) constitutionnel(s) en mutation dans cette partie du monde.
    Ce blog propose un regard différent sur l’actualité constitutionnelle foisonnante des pays africains. Il ne s’agit pas de singer les gazettes ou les libelles, de s’abîmer dans une lecture partisane des constitutions, des révisions, des pratiques et des jurisprudences. Sans angélisme ni scepticisme, il urge d’analyser, en constitutionnaliste, une actualité constitutionnelle largement méconnue et passablement déformée.
    LA CONSTITUTION EN AFRIQUE se conçoit comme l’un des vecteurs du renouvellement doctrinal qu’imposent les changements à l’œuvre depuis la décennie 1990. La chose constitutionnelle a acquis dans la région une importance inédite. Il faut changer de paradigme pour la rendre intelligible ! C’est d’abord au constitutionnaliste de jauger le constitutionnalisme africain contemporain, ses échecs – toujours attestés -, ses succès – trop souvent négligés. Sans verser ni dans la science politique, ni dans un positivisme aveugle, le constitutionnaliste peut et doit décrypter la vie constitutionnelle, en faisant le meilleur usage des outils de la science actuelle du droit.
    LA CONSTITUTION EN AFRIQUE est enfin un forum, un lieu ouvert à la participation des chercheurs débutants ou confirmés qui souhaitent confronter leurs points de vue. N’hésitez pas à enrichir ce blog de commentaires, de réactions aux notes d’actualité ou de lecture, de billets ou de documents. Vos contributions sont attendues.

    J’ai le plaisir de vous annoncer la parution sur ce blog d’un article consacré aux dernières législatives: http://la-constitution-en-afrique.over-blog.com/article-13478828.html

    Au plaisir d’échanger avec vous… sur http://la-constitution-en-afrique.over-blog.com/

    Stéphane BOLLE
    Maître de conférences HDR en droit public

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