Beaucoup aimé cette chronique de Huenumadji Afan!

juin 11th, 2007

afan_image.jpgLE NON-CONFORMISME : UNE CHRONIQUE DE HUENUMADJI AFAN

« Ils vous excluront des synagogues ; et même l’heure vient où quiconque vous fera mourir croira rendre un culte à Dieu.» Evangile selon saint Jean, XVI, 2.

Qu’est-ce que le non-conformisme ? Cette question revient souvent dans le courrier que des lecteurs daignent m’envoyer depuis la publication de mon ouvrage L’évangile Chaka (Editions L’Harmattan, Paris, janvier 2006).

Je voudrais répondre à cette question :

1. Le non-conformisme n’est pas le refus d’avoir une référence : le non-conformiste au contraire affirme de qui il se réclame, de quel maître il est le disciple afin d’indiquer de quelle obédience il n’est pas, de quel côté il n’est pas, dans quel sac l’on ne doit pas le mettre.

Le non-conformisme n’est pas le refus de se conformer ; c’est la capacité de l’individu non-conformiste, c’est la possibilité qu’il se donne de ne pas se conformer à une option contraire à ses convictions profondes. Adepte de la tolérance, le non-conformiste n’est jamais partisan de la mauvaise foi.

Le non-conformiste est un individu libre : il ne s’exprime et ne se comporte que par rapport à lui-même. Il n’accepte ni de se laisser enfermer dans une quelconque catégorie d’identification, ni de porter comme un tatouage indélébile une étiquette autre que celle du non-conformisme.

Le non-conformiste est un résistant. Il s’érige imperturbablement contre toute pression de groupe, particulièrement contre toute forme de solidarité obscurantiste.

2. La société des hommes est organisée sur un mode d’embrigadement permanent. Tout au long de sa vie, l’individu est confronté à la problématique du groupe : il est en toute circonstance fiché dans un groupe, dont il est interpellé à porter, de gré ou de force, la marque ; dont il devient l’otage ; qui en fait au besoin son instrument ; qui peut en son nom –prétendument pour lui mais davantage contre lui- exécuter des programmes auxquels il est souvent totalement étranger. Sommé d’avoir mauvaise conscience de soi s’il déroge aux injonctions, l’individu ne peut accéder à la lumière s’il ne se donne pour mission de s’affranchir de toute pesanteur ; s’il n’entre en résistance…

3. S’il est admissible, pour convenance sociale, que l’étiquetage puisse sembler commode ou rassurant, le fait pour des individus de s’identifier, à tort ou à raison, comme membres d’une cellule –quelle qu’elle soit- ne constitue pas en soi une fatalité qui leur impose de s’agréger indéfiniment les uns aux autres sans discernement. Les événements qui surviennent, ainsi que les discours qui les enveloppent, doivent, à chaque fois, s’évaluer à l’aune d’une conscience résolument lucide, par-delà tout respect humain et toute peur d’une quelconque inquisition. Immatriculé au troupeau, l’individu humain ne doit jamais se réduire en élément de troupe. L’individu humain doit comprendre qu’il ne doit son salut qu’à un prix : oser prendre « la décision fondamentale de ne plus penser au quotidien, à sa carrière et au succès comme étant le but ultime de l’existence », oser choisir le parti de refuser de se faire aveugle par solidarité avec les aveugles.

4. Oui, être dans le monde sans être du monde ! Nul lien ne doit demeurer, qui va à l’encontre des liens de liberté et de clairvoyance. En tout état de cause, l’individu humain doit rester en permanence à l’écoute de son propre charisme…

Huenumadji AFAN

A suivre !…

Source : http://www.oduland.com/

Entry Filed under: BLOG-TROTTER

15 Comments Add your own

  • 1. ABDON  |  juin 11th, 2007 at 20:00

    lumineux

  • 2. Prosper  |  juin 12th, 2007 at 10:42

    « l’individu humain doit rester en permanence à l’écoute de son propre charisme… »
    je reconnais là le Afan Huenumadji que j’ai tjrs aimé… l’intellectuel sûr de lui, de ses forces comme de ses limites… merci à Alem pour ce texte. Afan se fait rare, même à lomé on ne sait où il crèche, et j’ignorais jusqu’à ce matin qu’il écrivait encore… apparemment uniquement sur le site de son ami Camille Amouro. cet homme est une perle pour le Togo, mais dans ce pays seuls les pourceaux sont promus au satut de modèles. Gâchis, vous avez dit gâchis, parlez-moi d’un gâchis.

  • 3. Prosper  |  juin 12th, 2007 at 10:44

    seuls les pourceaux sont promus au STATUT de modèles…

  • 4. Mayombe82  |  juin 12th, 2007 at 13:17

    Brillant, tout simplement. @+, M82

  • 5. th. a.  |  juin 12th, 2007 at 15:09

    Afan, le propos est intelligent, tout simplement. Les amis de ce blog te le disent. Clair, précis, net. Je sais désormais ton portrait. A vrai dire, je m’en doutais un peu.
    Mais j’aimerais te demander (à propos de charisme, justement) : ces qualités n’obligent-elles pas ? Je pense aux futures élections législatives. Je t’imagine à la tribune de cette assemblée, raisonnant avec clarté, obligeant les alimentaires (ils y seront nombreux, on entendra même leur rumination et leur digestion) à lever un tout petit peu les yeux vers l’horizon des principes. Ne pas y aller, n’est-ce pas s’arrêter au milieu du gué ? Non ? Hors du troupeau, en franc-tireur, comme tu veux, mais s’il te plaît, il faut y aller. Je viendrai t’écouter. Parce que, vois-tu, bien que restant « fidèle » à Sylvanus Olympio, j’ai été bien convaincu par tes propos à son sujet l’autre soir chez toi, sous les arbres. (C’est aussi valable pour Togoata ; mais S. Olympio incarne pour moi l’idée de la qualité individuelle. Passons.) Donc, Afan, à l’assemblée nationale ? Ou alors ( et ce serait la seule excuse valable), c’est que tu écris toute la chronique détaillée de l’avènement lent, pénible et douloureux de la politique au Togo, fin du XXè siècle, début du XXIè.

  • 6. nathalie  |  juin 12th, 2007 at 22:28

    D’acord avec toi, Théo. Non seulement Afan, mais c’est toute la société civile togolaise qui doit se présenter aux élections prochaines pour changer un peu le visage de l’assemblée de ce pays… y en a marre des zigotos illettrés du RPT; mais sincèrement, question au Professeur Afan, si Alem peut la relayer : pourquoi a-t-il quitté le CAR, le parti qu’il a contribué à créer? Et pourquoine crée-t-il pas son propre parti? Non, des gens de cette force ne doivent pas nous abandonner au milieu du chemin. Togolais viens, pâtissons la cité!

  • 7. Mayombe82  |  juin 13th, 2007 at 8:20

    Nathalie,

    Je ne suis pas expert en politique togolaise (d’ailleurs, je suis expert de rien du tout), mais l’expérience a montré que des hommes et des femmes de la trempe d’Afan ne peuvent fédérer du monde derrière eux, en Afrique. Et quand ça marche, l’accès au pouvoir est soit impossible, soit très éphémère. Les exemples sont légion. Un homme comme lui est à mon humble avis beaucoup plus efficace en penseur libre, en enseignant, plutôt qu’en chef de parti où il a toutes les chances de faire des meetings dans une cabine téléphonique. @+, M82

  • 8. camille  |  juin 13th, 2007 at 11:05

    Afan, chef de parti, vous n’y songez pas, l’idée le ferait rire. je voulais vous apporter une info sur les mésaventures d’Afan quand il était encore membre du CAR, le parti de l’actuel PM Agboyibo… aux élections de 1994, il s’était présenté à la députation dans son fief d’Atakpamé, où il avait toutes les chances de le rempirter. Au dernier moment, un candidat surprise vint lui barrrer la route, son propre frère, acheté par le RPT du Général Eyadma… notre Afan comprit le piège, et préféra retirer sa candidature que de créer la division au sein de sa propre famille. Non conformiste, certes, mais humain et intègre surtout.

  • 9. Moa  |  juin 13th, 2007 at 12:27

    That’s most nourishing food for the soul! K.A. you did well in spreading this essay. Thank you!

  • 10. ablavi  |  juin 13th, 2007 at 16:16

    « …notre Afan comprit le piège, et préféra retirer sa candidature que de créer la division au sein de sa propre famille. Non conformiste, certes, mais humain et intègre surtout. »

    Si ce n’est pas du conformisme, ça y ressemble. N’est-on pas « embrigadé » à préserver les intér

  • 11. ablavi  |  juin 13th, 2007 at 16:24

    …à préserver certains intér

  • 12. bernard  |  juin 14th, 2007 at 15:23

    Je suis complètement sur la même ligne qu’Afan. Mais il y a deux termes qui ne sont pas prononcés dans son texte et qu’il me paraît important de sortir de l’ombre. Allez, je me lance, au risque de faire peur, les deux termes sont : « anarchisme » et « obscurantisme ». Je m’explique. Le non-conformisme que défend Afan me paraît être un anarchisme qui se dresse contre l’obscurantisme; dont les diverses formes du pouvoir – et aussi le pouvoir issu des urnes dans une démocratie libérale – constituent certainement la forme d’aliénation la plus troublante, et la plus perverse. Perverse, car – pour ce qui est de la démocratie libérale très à la mode en ce débuit de 21èmle siècle – c’est au nom de la liberté qu’elle détruit la liberté. Alors, histoire de mettre les pieds dans le plat, et puisqu’il était question de politique togolaise dans certains commentaires, je me demande si le drame de la modernité ne découle pas de l’idée qu’il soit nécessaire de passer par la case Nation dans le grand jeu de l’oie du progrès. cette case est à mon avis piègée, on croit qu’elle fait avancer, mais en réalité elle fait reculer. Ou peut-être : elle en fait avancer certains, mais elle fait reculer tous les autres. Alors, quoi, pourquoi ne pas abandonner vigoureusement tout idée de Nation, dont les Etats aux étranges frontières tirées par des colons vaseux ? Ne revient-il pas encore au non-conformiste d’inventer une nouvelle condition post-nationale?

  • 13. serge  |  juin 14th, 2007 at 18:18

    Les anar contre les obscurs, qui aura le dessus? je n’ai pas bien compris le propos de bernard, mais je savoure l’idée que la nation est dépasée, et qu’il nous faut autre chose. Quoi exactement? je suis dans le noir.

  • 14. Kapinono  |  juin 14th, 2007 at 20:05

    Cette chronique réveille des souvenirs du père Afan que je tiens à saluer ici, et égayera la journée d’un Melone qui se cherche sous d’autres cieux…

    Pour commenter, j’ai compris le contraire de ce que Bernard a entendu. Comment s’en étonner d’ailleurs, pour un texte si dense et si profond! ll me semble que le non-conformiste cherche constamment à se comporter en « majeur », à réfléchir par lui-même, mais il/elle a une ligne directrice qui est Son « but ultime de l’existence ». Ainsi, il/elle ne rejette pas la société et ses règles comme le ferait l’anarchiste, mais cherche toujours à s’affranchir des déterminismes sociaux et veille à ce que cette société ne devienne pas pour lui/elle l’enfer. Le non-conformisme n’exclue pas non plus toute participation au pouvoir politique, si le « but ultime de l’existence » du non conformisme s’y inscrit. Bref, le non-conformisme n’épouse aucun isme.

  • 15. Bernard  |  juin 18th, 2007 at 10:01

    en réponse au mail de Kapinono: je ne crois pas que l’anarchisme (qu’il faudrait en effet plutôt appeler philosophie libertaire, car en effet il n’épouse aucun -isme, à la manière du non-conformisme) rejette la « société et ses règles ». Bien au contraire. Il ne faut pas confondre « société » et « formes d’autorité arbitraires » qui elles sont bien évidemment à rejeter. Je propose par exemple de considèrer avec scepticisme toute forme d’autorité reposant sur le principe de nation. La nation n’est en rien nécessaire au développement des sociétés!!!

Quitter le commentaire

Obligatoire

Obligatoire, hidden

HTML autorisé:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Subscribe to the comments via RSS Feed


Une sélection de la
blogosphére

Articles Récents