La chronique de Roger Gbegnonvi: Rosine Soglo vs Faure Gnassingbe

août 20th, 2006

gbegnonv_0.jpgOr donc Rosine a très bien agi
(Par Roger Gbégnonvi)

Après une pause passablement longue probablement due aux éreintements de l’élection présidentielle, notre Rosine nationale a repris du service. Ce fut d’abord sur le dossier de la révision de la constitution, dossier dans lequel on la vit prendre une position que d’aucuns jugèrent regrettable, s’agissant d’elle, maman respectée et estimée. Et c’est à présent sur le faux dossier du protocole d’Etat, protocole que d’aucuns lui reprochent d’avoir malmené le 1er août dernier en ne se levant pas pour saluer un des chefs d’Etat en visite chez nous. Et chroniqueurs, éditorialistes et grogneurs de lui tomber dessus à bras raccourcis. La pauvre ! Crucifiée par notre ignorance. Dans cette affaire en effet, les contempteurs de Rosine ont parfaitement tort, et c’est Rosine qui a parfaitement raison, trois fois raison.
Rosine a raison parce qu’elle a agi conformément aux canons occidentaux de l’étiquette et de la bonne éducation, canons européens et nord-américains qui constituent l’essentiel de notre Protocole d’Etat. Selon ces canons, une femme ne se lève pas pour saluer un homme, fût-il chef d’Etat. C’est à l’homme qu’il revient, en toutes circonstances officielles et publiques, d’aller vers la dame, de s’incliner devant elle, de prendre sa main, si elle daigne la lui offrir, pour lui faire respectueusement un baise-main. C’est ainsi, et notre ignorance n’y changera rien. On regrettera d’ailleurs que notre Protocole d’Etat n’ait pas cru devoir, par un simple communiqué, remettre à l’heure les pendules de tous les instituteurs improvisés en mal de leçon de politesse à l’adresse de l’ex-première dame. Pour le reste, les proches de sa famille savent les raisons légitimes pour lesquelles Rosine préfère saluer désormais à l’indienne ou à la rasta sans être ni indienne ni membre de la secte de Bob Marley.

Rosine a raison parce qu’elle est capable de rouerie et que nul prêtre ne devrait lui donner le bon Dieu sans lui avoir imposé une confession longue et circonstanciée. Mais où se trouve la malice lorsqu’à l’approche de l’enfant, Rosine s’est volontairement évanouie dans son fauteuil, en voyant foncer sur elle un héritier lourdement promis au TPI parce que densément coupable de l’errance africaine dont un aspect particulièrement détestable se vérifie sur le territoire national qui n’en avait pas besoin ? Qui reprochera à la septuagénaire, dont l’époux est togolais de mère et de cœur, qui lui reprochera d’avoir ressenti une immense douleur à la vue de celui qui a provoqué la fuite de nombreuses familles togolaises aujourd’hui encore à la traîne à Comé et ailleurs au Bénin, à l’abandon sous des tentes de misère, sous le soleil, dans la poussière et dans la boue ? Rosine dans le rôle de parent fouettard pour redresser les bretelles à un jeune homme inconscient de son péché originel ? Si oui, Rosine fut parfaite dans ses habits de maman et de grand-maman.
Rosine a raison parce qu’elle n’aime pas – mais alors pas du tout ! – les hommes qui se baladent sans femme et qui, à l’analyse, se révèlent hommes à femmes. Rosine n’aime pas ‘‘ça’’. Et, de ce point de vue, le hors-venu qui fonça sur elle le 1er août 2006 n’avait rien pour lui convenir parce que depuis qu’il a violemment reçu en héritage la magistrature suprême dans son pays, personne n’a vu derrière lui, lors de ses déplacements officiels, l’ombre d’une femme. Rosine n’aime pas ‘‘ça’’. Elle a instauré au Bénin l’ère charmante et jolie des First Ladies. Qui lui reprochera de regretter amèrement que le pays de sa belle-mère n’ait pas aussi, en bonne, belle et due forme, sa First Lady ?
Si les deux dernières raisons, d’ordre parfaitement subjectif, peuvent néanmoins être invoquées pour tordre le cou aux contempteurs de Rosine, la première raison est d’ordre parfaitement objectif et suffit à elle seule à justifier Rosine. En se levant pour saluer un chef d’Etat, Rosine, en tant que femme, lui fait beaucoup d’honneur. En restant noblement dans son fauteuil pour le saluer, Rosine est dans son rôle de femme et ne déshonore pas le chef d’Etat qui, dans son rôle d’homme, doit s’incliner et rendre hommage à Rosine assise. C’est ainsi. Et, le 1er août 2006, Rosine a très bien agi.

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73 Comments Add your own

  • 1. Franck  |  août 20th, 2006 at 21:33

    Alem,
    Nul autre que Rosine sait pourquoi. Que dire de plus ou de moins?

  • 2. K.A.  |  août 21st, 2006 at 15:10

    Effectivement, je n’ai pas su que penser réellement de cette histoire, surtout que les raisons subjectives de Roger ne me satisfont pas… enfin, je reste toujours perplexe!

  • 3. Bouraima  |  août 21st, 2006 at 23:26

    La vie Togolaise reste Togolais le benin reste pour les beninois.
    Pas de mots,rien ne peut deranger ( Faure Eyadema) car les défaux de son père n’est pas celle de son fils.Si la dame(Rosine) elle et son marie soglo ne savaient de quoi le peuple beninois voullaient de leur pays donc leur départ etaient signer par les citoyens du benin.Rien de condamner le Fils Eyadema…Histoire n’explique pas que du mal,cet homme á été tres grand Lui Eyadema,le malheur de notre peuple vient de notre Opposition radigale qui croient avoir connaitre l’europe que tous le peuple..Avec 60% d’éducation que les togolais vivent avec ,leur savoir- y-mêttre la paix dans leur maison et de leurs sang froids de connaitre faire une distance entre lui et moi….L’exemple que de voir comment l’ivoirien avaint mal-placer son temps….Vive le Togo et Force pour les jeunes Togolaise et Togolais…Merci Que l’espoir continus chaque jour…..Bebou…

  • 4. Pierre Canet  |  août 22nd, 2006 at 1:57

    Explication de texte. J’ai un peu de mal à suivre….

  • 5. J  |  août 22nd, 2006 at 12:32

    Je crois que la personne passe par un trducteur automatique sur le net

  • 6. Lo  |  août 22nd, 2006 at 13:37

    Non, je ne pense pas qu’il passe par un traducteur automatique, car les orthographes “mêttre”, “radigale” ou encore “avaint” n’existe pas dans les dicos de langue française, fussent-ils numériques… La plume est humaine et malheureusement, on a du mal à comprendre le message de cette personne qui apparemment n’apprécie pas trop que l’on débatte des défauts de F. Gnassingbé…
    Bref, Alem, merci pour cet article, certaines phrases m’ont beaucoup fait sourire !! ;-) Apparemment, si cet article est là, c’est qu’il y a eu grand débat dans la presse de l’attitude de Rosine Soglo lors de la rencontre, non? Enfin… coutumes occidentales ou ouest-africaines, il faut choisir…. Mais, quand on porte toujours costumes trois pièces, n’a-t-on pas déjà choisi ?

  • 7. Abdon  |  août 23rd, 2006 at 21:16

    Bouraima, c’est vrai on ne comprend rien… Ah la Rosine, elle aurait dû se lever, je crois qu’elle a eu tort!

  • 8. Pierre Canet  |  août 24th, 2006 at 15:23

    Elle n’a pas forcément tort. Ce n’est pas aux dames de se lever devant les hommes, fussent-ils chefs d’Etat. Et dans le cas de celui qui a subi les humeurs de la Rosine, c’est carrément une usurpation de titre sur fond d’assassinat à grande échelle. Les hommes d’Etat ne sont ni au-dessus des lois, ni exemptés des bonnes manières. Les hommes d’Etat sont élus - heureusement qu’il y a encore des coins d’Afrique ou ce mot a un sens - pour servir leurs concitoyens. Ils doivent faire la génuflexion chaque fois qu’ils rencontrent un de leurs électeurs. Bravo Rosine pour cette lecon de civisme.

  • 9. Blaise KIBONZI  |  août 24th, 2006 at 17:15

    “Ce que je sais, c’est que je ne sais rien”, aurait dit Socrate.

    Si ce qui est dit dans cet article est fondé comme semble le confirmer Pierre Canet alors, ce cher Monsieur Roger Gbégnonvi a bien fait de publier cet article et surtout en y mettant autant de pédagogie.

    Blaise

  • 10. MOITIE CEREBRALE  |  août 24th, 2006 at 17:24

    Ce que je sais , c’est que je ne sais rien . Merci pour les vacances dans le Var sans moi. Merci beaucoup .

  • 11. bout-de-papier.eu  |  août 24th, 2006 at 17:45

    Je viens de laisser un commentaire sur l’article précédent, je vois que l’on m’a écoutée ;) ! Merci donc pour cette mise en forme si agréable et milles excuses pour qui verrai mon dernier message et se sentirait concerné. Quant à l’article, si nous réglions tous nos différents à la façon distinguée et sensible des femmes, il y aurait moins de souffrance sur terre!
    Parfois la partie féminine de l’équipe de bout-de-papier s’épanche en un élan féministe… et ben les gars, je ne vous dit que ça : ça fait du bien! :)

  • 12. Bouraima  |  août 24th, 2006 at 20:34

    Domaine du savoir ,je vis en allemagne ,et ces fautes francaise ne me derange pas ,Rosine peut aimer Faure,mais elle ne reconnait pas l’enfant d’eyadèma car lui etait pas dans les affaires d’aider soglo pour continuer le travail du peuple beninois.
    Raison pour les quelles rosine etait pas pour les salue de faure..

  • 13. Dites-moi, à quoi çà sert un écrivain en Afrique?  |  août 24th, 2006 at 22:03

    Emmanuel Dongala

    …dans ce continent meurtri et despéré nous avons le devoir de faire rêver les Yagine et Fodé, de faire en sorte que la jeunesse trahie par la politique, ne perde pas espoir et qu’elle sache que la vie n’est pas seulement la faim, la maladie, la pauvreté, la guerre et les hommes politiques qui se conduisent en chefs de milices.

    Nous avons le devoir de leur faire savoir que la vie peut se vivre autrement, qu’elle peut être meilleure; que les fleurs existent et qu’il y a des étoiles dans le ciel; que le vin de palme n’est pas seulement à boire pour les veillées mortuaires mais aussi pour des mariages et des naissances.

    Et quand ces jeunes auront quelque chose à dire ou à demander, ils ne s’adresseront plus aux” exellences messieurs les responsables d’Europe”, mais s’adresseront à nous, leurs aînés, leurs parents, leurs camarades.

    Qui peut mieux faire ce travail que nous, écrivains?

    Sophie& Amadou

    Voir blog assouline et mabanckou

  • 14. Blaise KIBONZI  |  août 25th, 2006 at 5:29

    D’accord avec cette définition donnée par Emmanuel DONGALA sur le rôle de l’écrivain en Afrique.

    Je suis tout à fait d’accord qu’un écrivain doit faire rêver, mais à trop faire rêver un peuple meurtri il en devient presque complice de ceux qui meurtissent ce peuple.

    Surtout quand on connait les rapports que certains de ces écrivains africains entretiennent avec les dictatures africaines. D’autres sont carrément Ministres dans ces gouvernements coupables de génocide du peuple tout en continuant à abbreuver ce même peuple de prose.

    Je ne citerai pas des noms. Il n’ya que dans la tête d’un africain que cela ne présente aucune incompatibilité. Ils vous diront “qu’il faut séparer l’écrivain de l’homme politique”. Mais bien sûr qu’on peut aussi être chirugien le jour (et sauver des vies) puis serial killer la nuit (les ôter). On ne retriendra que les oeuvres du grand chirugien. C’est comme me disait une fervente catholique congolaise, “Blaise chez un homme il ne faut prendre que ce qu’il y a de bien. Ne pas regarder ce qu’il y a de mal. Car chez tout homme il y a le mal et le bien. C’est Dieu qui nous a fait comme ça”.

    C’est vrai qu’à raisonner comme ça, on dépenserai le dernier centime qui vous rste à acheter des romans écrit par des écrivains Ministres d’un gouvernement qui affame le peuple. Le Ministre est dans son rôle d’écrivain. “Il fait rêver le peuple”. Pendant que son dictateur de Président l’enfonce davantage dans la misère. Qui pour dénoncer la misère ? Plus personne.

    Non ! un écrivain ne doit pas s’arrêter à faire rêver. Il doit aussi dénoncer ! Peindre la triste réalité de la terre et ne pas seulement décrire la beauté des étoiles. Faire du peuple des grands enfants qui “viendront s’adresser à nous”. Un peu prétenieux sur ce point là le père DONGALA. Il ne nous avait pas habitué à ça. Ben dis donc, pour qui ils se prennent ces écrivains ?

    A propos, j’en vois des africains qui se soulèvent contre un célèbre écrivain Allemand qui aurait avoué dans son livre autobigraphique son passé au sein des jeunesses hitlérienne. J’en vois même des africains qui demandent le boycott des oeuvres de cet écrivain. Et pourtant ces mêmes africains font dans le même temps les éloges des oeuvres des écrivains africains complice des dictatures africaines coupables de millions de mort en Afrique. Personne, aucun écrivain pour dénoncer ce comportement schyzophrène de leur compère. C’est vrai, chez les écrivains africains on est une grande famille.

    Moitié Cérébrale. Tu m’as beaucoup manqué.

    C’est beau le VAR. Où irons nous ces prochaine vacances ? Aimes-tu la plage ?

    Blaise

  • 15. théo  |  août 25th, 2006 at 11:09

    Cher Blaise, c’est un sujet complexe que celui du rôle de l’écrivain, en Afrique ou ailleurs ; et tu fais bien de te lever tôt pour l’aborder. Mais je voudrais commencer par suggérer qu’un extrait aussi court (message 13) ne permet sans doute pas d’exposer les nuances de la pensée de quelqu’un comme E. Dongala. Cela dit, je partage en gros le sentiment général qu’expriment tes propos. J’en aime bien l’affliction. Il est vrai qu’il se produit actuellement une sorte d’écrivains africains disons apolitiques, affranchis de certaines préoccupations, et qui aiment distinguer l’écrivain de, etc. En fait, toi-même, tu situes la question sur le terrain où ils la posent, celui de la morale (sous forme d’engagement politique). C’est, je crois, une erreur. Il ne s’agit pas de morale, mais de l’orgueil de l’écrivain et du souci qu’il a de sa propre oeuvre (pour ainsi dire de l’écrin qu’il lui faut, à cette oeuvre). Ecrire, il me semble, c’est écrire des phrases et postuler une société organisée, un Etat, un collectif cohérent, sensé, efficace. Laissons de côté la question des phrases. Rien n’est aussi dépendant d’une chaîne de compétences humaines dans le temps et dans l’espace, rien n’exige autant une économie viable, rien n’est aussi pleinement “étatique” que la production d’oeuvres littéraires. Donc, avant même l’argument de l’apitoiement sur la misère des hommes dans un endroit donné, une société comme il faut est de l’intérêt aigu de l’écrivain.
    L’écrivain africain de langue francaise à l’heure actuelle n’a pas droit à l’orgueil (je ne dis pas vanité, fierté ou arrogance mais orgueil tel que l’a décrit, détaillé, sculpté Chateaubriand dans “Mémoires d’Outre-Tombe”) parce qu’il lui manque cruellement ce dans quoi vit, travaille et aura sa postérité un Günter Grass, c’est-à-dire un Etat. A vingt ans ou plus, il doit prendre le chemin de l’exil physique et ou moral pour aller quémander les conditions d’une réalisation de son talent. Naipaul a décrit longuement cela ; et la colère contre l’humiliation que lui causent ainsi ses… origines. L’Etat est une jouissance ; jouissance qui est refusée à des millions de gens sensés, très capables, très intelligents à notre époque. Les écrivains auxquels tu penses, Blaise, font partie du lot. Ce qui les “euphorise” tant est un succédané. Comme ils n’ont jamais connu autre chose, ils s’en réjouissent. Disons-le comme cela. (Nous sommes bien loin du sujet posé par le texte de M. Gbegnonvi ; excusons-nous auprès de lui et de Kangni.)

  • 16. bout-de-papier.eu  |  août 25th, 2006 at 13:02

    Bien malheureusement, je suis d’accord avec Théo. L’air de Césaire où l’écrivain était aussi un politicien (ce n’est pas le plus louable mais permet une certaine légitimité), où l’auteur représentait le peuple et ses maux est bien loin… Cependant, un Kourouma ne s’est pas contenté d’aligner des phrases. D’ailleurs son but était de les destructurer. La réalité qu’il dépeint dans ses oeuvres est loin d’être complaisante vis à vis de l’occident et il me semble (à moins que je ne sois trop naïve), que son but premier était d’écrire l’injustice, de bousculer les codes et non de gagner de l’argent ou du pouvoir. De plus, l’oralité utilisée dans les Caraïbes n’est pas compréhensible par la majorité des occidentaux. Le tableau que tu brosses de l’écrivain reste un peu sombre à mon goût. N’oublions pas Fest’Africa qui voulait avant tout faire parler du génocide Tutsi avant de se faire de l’argent (puisqu’ils n’ont pas besoin de ça pour faire des ventes).

    Trop difficile de faire des généralités sur L’écrivain. En Afrique, son statut est délicat car du fait même de ses origines, les lecteurs ont des attentes : son folklore, la littérature orale ou la dénonciation des misères de son pays. Un écrivain africain semble ne pas avoir le droit de raconter ses petits problèmes personnels ou d’autre chose, on le lui reprochera.

    Ainsi l’image qu’on leur colle à la peau est beaucoup plus difficile à assumer que celle des auteurs français qui eux n’en n’ont pas d’aussi déterminées.

    (Cependant, pour ma part, j’aime les oeuvres engagées, quelqu’un a-t-il lu Survivantes d’Esther Mujawayo et de Souad Belhaddad ? Je ne pense pas que ce qu’elles fassent soit mu par un désir pécunier, mais il est vrai, elles ne se considèrent pas comme écrivaines.)

    Ainsi, le rôle de l’écrivain reste à définir : faire rêver et en oublier les tueries de son pays ? S’attacher à les dénoncer et tomber dans le journalisme ? Apitoyer, donner du courage ? …

    Et bien que vive la diversité et que l’on arrête avec “L’écrivain” et plus encore, africain. A chaqun son rôle, il y en aura pour tous les goûts et tant pis pour la question d’argent!

  • 17. K.A.  |  août 25th, 2006 at 19:37

    Pa s la peine de s’excuser, Théo, d’autant plus que je connais bien ce texte de Dongala, que l’intéresé m’a avait autorisé à utiliser comme postface à ma pièce de théâtre ATTERRISSAGE (éd. Ndzé). Maintenant je me dis que ce qu’il me reste, une fois que je serai rentré la semaine prochaine, c’est de publier l’intégralité du texte pour qu’on puisse en discuter. Ah Ouaga, c’est presqe fini, encore 4 jours, d’ici là, dites à Rosine Soglo qu’elle n’est pas si sainte que son geste voudrait le faire croire. Où se trouve la vertu en politique, je dis bien en politique?

  • 18. canailles et charlatans  |  août 26th, 2006 at 12:57

    Longue vie au Vol de l’Albatros !

  • 19. Mayombe82  |  août 27th, 2006 at 11:06

    De retour après un petit repos, cher Kangni, je retrouve encore avec joie ton espace où l’on s’instruit en s’amusant et vice-versa. Rosine? Même si j’en veux à cette dame d’être l’une des causes du retour du Caméléon en 1996, j’adore son anticonformisme: ELLE A EU RAISON DE NE PAS SE LEVER POUR SALUER FAURE_CE! Sans même m’apesantir sur les raisons évoquées par Roger Gbegnonvi, je lui demanderai de recommencer devant n’importe quel homme, fut-il chef de cabinet ou de village. Pourquoi devrait-on se lever devant un chef d’Etat? Une autre anecdote qui va dans le sens de Gbegnonvi. Il m’a été rapporté par un frère il y a un peu plus d’un mois que le Pr Théophile Obenga (70 ans depuis février) qui devait aller rendre visite au Pr Abel Goumba (80 ans en septembre prochain) avec des jeunes avait estimé que cela n’aurait pas été sérieux de se pointer chez un si grand homme, qui a marqué l’histoire de l’Afrique centrale (ancien collaborateur de Boganda entre autres), et que lui-même admire énormément, sans son épouse. Et c’est ainsi que Mme Obenga accompagna son mari pour faire plus sérieux: “Il risque de me prendre pour un voyou” avait dit Obenga “si je me présente à lui sans ma femme”. Il y a des choses qu’on a en effet du mal à comprendre. @+, M82

  • 20. Vigi  |  août 27th, 2006 at 16:08

    Mayombe82, pour faire plus “serieux”, il aurait du prendre en plus ses freres et soeurs a defaut de ses parents.

  • 21. Sami  |  août 27th, 2006 at 21:14

    Poser en ces termes le rôle de l’écivain, comme le fait Dongala, c’est peut-être se faire une douce illusion sur le statut de l’écrivain et surtout des écrivains africains. Sassine l’avait dit avec courage: l’écrivain africain est un écrit-vain. Théo pose les questions qui s’imposent. Et les gosses qui sont morts avec leur lettre aux grands du monde cherchaient la vie pas les mots des écrivains qu’ils ne lisent pas. La littérature peut-elle faire rêver? Il n’y a peut-être que des écrivains pour le croire ou rêver à cela afin de se donner un sens. Devant ce débat, je sens toujours un malaise: j’ai l’impression qu’on évite ainsi de se poser les véritables questions sur nos littératures, ce qu’elles valent globalement par rapport à ce qui se fait dans le monde, dans tous les espaces du monde. Engagé ou pas, un écrivain doit être jugé comme écrivain. Dénoncer, comme dit Blaise, pourquoi pas? A condition que ce soit de la littérature et si c’est de la vraie et grande littérature c’est strictement sur le plan litéraire que cela sera jugé. Le Maître et Marguerite dénonce, mais ce rôle est tellement secondaire devant la densité de l’univers créé. C’est cela l’écrivain avant tout. Et puis, dénoncer depuis les terres d’exil où on n’existe pas en se faisant l’illusion de parler au pays où on n’existe pas plus que ça. Et parfois oublier que sur le plan littéraire on est peut-être un poussin qui n’aura jamais de plume, faute de travail ou de talent. Moi je reviens toujours à cette idée que c’est parfois plus simple pour nous de nous considérer comme chargés de mission pour éviter de nous juger en tant qu’écrivains par rapport à nos propres lectures. Sinon, Blaise parle des ministres écrivains. Mais je le répète toujours: que faisons-nous de tous les grands écrivains latinoaméricains prix Nobel pour la plupart, hommes et femmes politiques, mais connus dans le monde par leurs seules oeuvres que personne n’ose regarder de haut parce qu’elles se sont placées au sommet, elles ont rejoint des sommets? Ils sont tous originaires de pays connaissant des inégalités et des violences ayant atteint des sommets que nous ne connaîtrons peut-être jamais. Eh ben, c’est leur aura en tant qu’écrivain, grâce à la puissance de leurs oeuvres, qu’une autre image de leur pays s’est imposée. Mais ces gens-là ont des pays, malgré tous les problèmes, ils ont de vrais pays. Il suffit, quand on est en Colombie, de voir les éditions locales des oeuvres de Marquez, puisqu’elles ont d’abord été publiées là-bas, même Cent ans de solitude, de voir quel rapport fétichiste les gens ont avec ses oeuvres et son nom, pour comprendre l’idée d’avoir un pays. Quand on vient d’un pays où à l’issue des guerres ce sont les jeunes qui vont aller ramasser tous les livres d’un écrivain pour les vendre dans la rue, ce serait drôle de penser que l’écrivain peut faire rêver. Je crois que Naipaul est un exemple pour nous, par ce qu’il a réussi à écrire, mais aussi par l’exemplarité de ce qu’il s’est imposé comme sacrifice dans le seul but de devenir un vrai écrivain.

  • 22. Blaise KIBONZI  |  août 27th, 2006 at 21:14

    Cher Théo, voici une phrase d’Emmanuel DONGALA qui m’avait beaucoup touché alors qu’il venait de remporter un prix avec son roman Johnny Chien Méchant : “Mon premier choix fut d’être un scientifique, mais je suis devenu écrivain afin d’exprimer la tristesse, la colère et la honte de voir que tant de richesses et d’opportunités ont été gaspillées en afrique”.

    Cette phrase contre-balance heureusement ce qu’il a dit dans l’autre.

    KA , oui ça serait bien d’en publier l’intégralité.

    Jeune étudiant à Brazzaville, je croisais Emmanuel DONGALA dans les allées de la Faculté des sciences à Brazzaville. Il était prof de chimie et moi étudiant en géologie. Il était déjà l’auteur du fameux “Un fusil dans la main, un poème dans la poche”.

    J’ai beaucoup de respect et d’estime pour ce grand Monsieur derrière qui j’ai couru lors du dernier salon du livre à Paris pour lui serrer la main. J’ai eu un double sentiment. J’ai ressenti une grande fierté devant la dignité de cet homme modeste mais aussi beaucoup de tristesse en imaginant les conditions dans lesquels ce Monsieur a dû quitter son pays pour lequel il s’est souvent dévoué avec sa plume d’une part et les éprouvettes de l’autre.

    J’ai failli fondre en larmes lorsque le félicitant pour son roman “Jonnhy chien méchant” , il m’ a dit “merci de m’avoir lu”.

    Je répète, “faire rêver oui”, mais décrire aussi la réalité comme l’a si merveilleusement fait DONGALA dans “Jonnhy Chien méchant”. Car seuls les gens qui maîtrisent la plume peuvent décrire une telle horreur et nous mener dans la lecture jusque bout et nous laisser face à notre propre conscience d’homme.

    Bravo DONGALA.

    Blaise

  • 23. Sami  |  août 27th, 2006 at 21:24

    Ah, Blaise, on a posté en même temps. Après t’avoir lu j’ajouterai simplement que pour les écrivains, le danger serait de prendre des postures qui devancent l’oeuvre. Si les deux vont de paire, comme c’est le cas de Soyinka ou André Brink pour ne citer que ceux-là, oui. Mais un engagement qui ne repose que sur un édifice fragile est un divertissement de solitaire. Cela n’a aucun impact nulle part. On engage en réalité un nom, une voix. Il faut les avoir et cela ne se décrète pas. Ce que je crains en fait, c’est que nous ne soyons que des engagés des foires, dans un cirque aux règles pré-établies dont nous sommes des intermittents, des acteurs interchangeables.

  • 24. Blaise KIBONZI  |  août 28th, 2006 at 9:49

    Merci Sami, pour ce n-ième éclairage. Je suis d’accord avec toi.

    Blaise

  • 25. Léonce  |  août 29th, 2006 at 9:20

    “Ignorantus, ignorantum, ignoranta.” Nous eûmes tous tord à mèdire d’elle.
    Merci, Roger, d’éclairer la cité.

    NB Quand en 1981 au CCF, je lisais l’Africain du groenland de Kpomassi, j’ignorai que, 25 ans après, cela me conduirait à combler une fois encore mon ignorance.
    Merci au collège ST-JOE de lomé

  • 26. K.A.  |  août 29th, 2006 at 13:58

    Oui les amis, tout le monde n’est pas Soyinka, Brink ou Saro-Wiwa, l’engagement dans nos contréers suppose des moyens que nous ne nous donnons pas toujours, après on se noie en voulant jouer à Jesus. Comme ce pasteur dont l’histoire est rapportée par un journal gabonais:
    Un pasteur se noie en voulant imiter Jésus

    mardi 29.08.2006, 12:42
    Un jeune pasteur d’une Eglise pentecôtiste s’est noyé hier sur une plage de Libreville en voulant marcher sur l’eau, à l’instar de Jésus-Christ dans la Bible, rapporte le quotidien gouvernemental L’Union. Selon le journal, le pasteur d’origine camerounaise aurait eu une révélation lui permettant de rallier la Pointe Denis, séparée de Libreville par l’Estuaire du Komo, une traversée d’une vingtaine de minutes en bateau. En fait de dominer une mer généralement impitoyable avec ceux qui la défient, le serviteur de Dieu a tout simplement sombré en présence du photographe qu’il avait pris comme témoin du miracle et de quelques fidèles auxquels il avait promis la guérison.

  • 27. K.A.  |  août 29th, 2006 at 14:19

    Par contre, Sami, su la question que nous serions intercheangeables dans nos engagements, j’ai des doutes, même si parfois nous prenons plus des postures en étént inefficaces, pour les raisons que j’évoquais plus haut, il n’est pas sûr que nous ayons tous la même conscience ou vision de l’engagement. J’en suis persuadé, sous la dictature d’Eyadema au Togo, certains auteurs n’étaient point interchangeables avec d’autres, même si au total nopus snous sommes tous retrouvés au point zéro de l’action puérile, ce qui a pu donner raison aux poltrons et autres indifférents. Le débat est immense, dès mon retour demain, je poste le texte de Dogala et on le reprend.
    Amitiés à tous et toutes, même à MOITIE CEREBRALE!

  • 28. K.A.  |  août 29th, 2006 at 14:20

    Ah les coquilles!

  • 29. Blaise KIBONZI  |  août 29th, 2006 at 14:39

    “Coquillons”, “coquillez” !

    Toujours à propos de DONGALA. Un ami m’avait fait parvenir une autre réflexion de lui dans un texte intitulé : “Dégager l’ horizon : la science, les sciences humaines et l’Afrique”.

    J’avoue que j’ai rien compris de ce texte. Normal me direz-vous si la moitié cérébrale est de l’autre coté.

    Mes condoléances les plus attristrées à la famille du pasteur du haut Ogoué. En voilà encore un qui a payé pour nos pêchés.

    Blaise

  • 30. sandrine  |  août 29th, 2006 at 15:41

    Ben quoi, Alem, mécréant ! t’as jamais marché sur l’eau ? gelée

  • 31. Sami  |  août 29th, 2006 at 17:08

    Ah, Kangni, peut-être qu’il faudrait faire la part des choses entre l’engagement d’un citoyen, dont beaucoup de Togolais ont fait preuve. Parmi eux, des citoyens engagés qui sont aussi écrivains, mais dont le poids de l’engagement n’a rien à voir avec leur oeuvre, puisqu’ils n’en ont point. Je pense clairement que l’erreur viendrait de l’idée qu’écrivain signifie conscience plus élevés. Au Togo, des hommes et des femmes engagés, il y en a, certains l’ont payé de leur vie. Et des écrivains, inconnus, donc ne pouvant se reposer sur leur statut pour s’engager, font partie des engagés. Il arrive même que parfois les malheurs d’un citoyen décidé à aller au bout de sa conscience le révèle par la suite comme écrivain. Mais quand je disais interchangeables, tu le comprends très bien. Lors des débats littéraires, quand quelqu’un s’excite sur la situation de son pays, loin, loin de ce pays, s’adressant à un public qui n’en a strictement rien à foutre, crois-moi, il fait son cinéma et les gens doivent le percevoir juste comme cela ou l’avaler comme discours habituels, au point que lors d’un débat à Paris, une Française me demande en aparté s’il arrive que des écrivains africains parlent de littérature. Nous en avions pourtant parlé, mais elle n’avait retenu que ce qui semblait l’agacer depuis un moment: quel que soit le sujet, tout ramène aux histoires politiques de vos pays. Et poussant la mauvaise foi jusqu’au bout, elle prétendit qu’en nous lisant (les écrivains africains), elle a toujours l’impression que ce n’est pas de la littérature mais un discours social, même pas de la littérature engagée, dit-elle, de la qualité de L’opéra de quat’sous. Qui a-t-elle lu? Je ne le sais… Donc quand on dit écrivain/engagement, je demande, moi, toujours: Où est l’écrivain. Citoyen/engagé: tout le monde peut l’être à sa manière, sans posture, selon une conviction que le meilleur est possible. Mais c’est une belle histoire, celle que tu rapportes, un homme qui va au bout de sa foi jusqu’à la noyade: ça, c’est un engagement au nom de Dieu, il ne jouait pas, il était tout entier, corps et âme, au service d’une IDÉE: DIEU PEUT TOUT, A CONDITION D’Y CROIRE.

  • 32. sandrine  |  août 29th, 2006 at 18:56

    Permets moi de rectifier, Sami !
    L’HOMME PEUT TOUT, A CONDITION D’Y CROIRE
    mais comme dirait Latifa, ma prof marocaine d’arts martiaux
    “le sage ce n’est pas celui qui a réglé tous ses problèmes, c’est celui qui sait où il en est !!! ” de là à se prendre pour Jésus !

  • 33. Sami  |  août 29th, 2006 at 20:07

    Merci, Sandrine. Oui, L’Homme peut tout, à condition de croire que Dieu le lui permettra. Et traverser l’océan à la marche est possible. La preuve: les baleines, animaux les plus lourds du monde le font (le poids maximal de la baleine est de 150 tonnes, celui de l’éléphant de 5 tonnes, certains baleinaux naissent avec 5 tonnes). Un homme, c’est léger! Bon, l’homme de Dieu dont il est question ici a peut-être raté une marche! Il ne faudrait pas que cela empêche d’autres de réitérer l’expérience!

  • 34. sandrine  |  août 29th, 2006 at 20:15

    Chiche, t’es cap ? Pour moi, merci bien, je ne suis pas candidate au suicide et j’ai “charge de famille” , je vais d’abord m’entraîner en pensée, c’est une bonne manière de commencer, demande aux sportifs !

  • 35. Sami  |  août 29th, 2006 at 21:27

    Non, moi j’ai peur de l’océan, je ne saurai hélas surmonter ma peur.

  • 36. théo  |  août 29th, 2006 at 22:44

    Encore une fois, je pense que cette question du “rôle” (mot inadéquat, à coup sûr) de l’écrivain africain gagnerait à être posée un peu autrement. Pourquoi ne pas se dire qu’il s’agit de clarifier à soi-même sa position par rapport à la réalité ? La réalité socio-historique dans laquelle se trouve un écrivain africain lui permet-elle d’être un auteur comme on peut l’être en Suède, au Japon ou en Finlande ? Oui ou non ? S’il ne se sent nullement comme quelqu’un qui est en permanence assis dans le salon du voisin ; tant mieux. Sinon, il convient d’admettre qu’il manifeste son malaise, d’une manière raffinée ou pas, c’est selon son talent. Thomas Mann, son frère Heinrich (écrivain de qualité aussi) ainsi que son propre fils (lui aussi écrivain) ont pris le chemin de l’exil à l’arrivée d’Hitler au pouvoir ; tous les trois n’ont pas fait preuve des mêmes “qualités” par rapport à cette épreuve.
    On feint de croire que les gens pensent qu’il s’agit d’écrire pour influencer, influer sur le réel - d’où l’idée d’”écrit-vain”. Le groupe d’écrivains conviés au festival Etonnants voyageurs de février 2005 arrivent à l’aéroport de Bamako au Mali. Nous entrons dans le bus. Quelqu’un allume une petite radio, et RFI nous apprend que le “président” du Togo est mort. On se tourne vers moi ; peu après quelqu’un me demande (en substance) : ” Comment allez-vous faire ? Sur quel sujet allez-vous pouvoir écrire maintenant ?” Mon Dieu ! C’est comme ca que c’est compris ? A ce point-là ? On écrivait donc pour tuer le type ? Pour le torturer ? Nous concevrions donc nos écrits comme ces fameux clous de vengeance ou de haine fichés dans une sculpture ? Nous sommes frustes à ce point-là ? Il est tout à fait au-dessus de nos moyens de considérer que l’Afrique contemporaine défie l’esprit et qu’il est possible de vouloir répondre à cela tout en restant esthète ou artiste ? De méditer à travers une fiction littéraire la problématique hobbésienne de ce qu’est un crime quand la “société” est “gouvernée” par un tueur en série (parce que, n’est-ce pas ? Bokassa, Idi Amin, Hisseine Habré ou Sékou Touré ont été des tueurs en série, et qu’il faudra bien penser cela !) ?
    Est-on politiquement engagé en faisant cela ?

  • 37. Sami  |  août 30th, 2006 at 8:57

    Théo, c’est là le problème, qu’on te pose la question: qu’allez-vous faire? Tu cites Mann qui quitte l’Allemagne à cause d’Hitler. Mais Solijenitsyne a quitté l’URSS aussi, tout en étant un homme très ancré dans l’idée de slavitude, un pur et dur de droite je dirais. celui qui, revenu de son exil, s’étonne qu’on s’acharne à vouloir maintenir les Tchétchènes dans la Russie alors qu’ils ne sont pas des slaves (ce qui avait indigné les gens comme s’ils ignoraient que le Prix Nobel était un homme de pure droite, ce qu’avaient d’ailleurs dénoncé certains intellectuels de gauche en France quand on médiatisait son exil). Tu peux aussi penser à des écrivains comme Vargas Llosa, de droite pure, issu de la bourgeoisie, construisant une oeuvre où on a peine à croire qu’il vient du Perou où la violence a, par moment, atteint des sommets inimaginables. Tu prends un autre géant: Octavio Paz, si pro étasunien que certains mexicains en étaient venus à lui en vouloir. Tu prends les énormes romans de Fuentes… Tu prends Marquez… Des auteurs dont les pays connaissent des situations d’injustice et de violence inouïes, mais dont les oeuvres se sont situées au-dessus de l’engagement, sans doute parce que ce sont des écrivains bourgeois par leur naissance ou devenus bourgeois par leur notoriété et succès. Thierno Monenembo, forcé à l’exil par Sékou Touré, a-t-il une oeuvre qu’on dirait franchement engagée? Parler des tueurs en série, est-ce faire un travail d’engagement ou s’inspirer des sujets les plus plausibles? La question à mon avis ne se situerait pas forcément à ce niveau. Mann a quitté l’Allemagne. Mais qu’est-ce qui fait que ne deviendra pas Mann qui veut?Parce que Mann c’est d’abord le très très grand écrivain qui peut à partir de n’importe quel sujet créer un monument indémodable de moins de cent pages ou de plus de sept cents pages: Je pense à Mort à Venise et à La Montagne magique. Si écrire, c’est aspirer à de tels sommets, la question ce serait/ comment y parvenir? Et il est clair que certains thèmes sont plus accessibles que d’autres à telles catégories d’écrivains qu’à telles autres. Il y a des thèmes qui exigent par exemple beaucoup de raffinement intellectuel, comme le thème principal et son traitement de Mort à Venise. Pour écrire ça, il faut autre chose que des constats. Rushdie est de l’Inde, mais son oeuvre? Pourtant en termes d’inégalités criardes, de msières révoltantes, l’Inde atteint des sommets. Ce que je veux dire c’est qu’aucune conscience ne masquera les limites d’une oeuvre ou d’une littérature. Et que parfois, on devrait plus s’interroger sur ces limites-là puisque cela saute aux yeux quand a l’honnêteté de comparer avec ce qui se fait de grand par d’autres issus d’autres espaces géographiques. Une oeuvre engagée a d’autant plus de chance d’agir qu’elle constitue dans son domaine un sommet. Quand elle n’est qu’un texte parmi des milliers juste bons ou moyens, elle n’a déjà aucune chance d’exister, encore moins d’agir. L’engagement passerait donc, à mon avis, d’abord par l’exigence, l’ambition au niveau de la création elle-même. Le message d’un Césaire est d’autant plus fort et durable qu’il a été porté par une oeuvre décomplexée, qui force le respect. L’urgence est contraire à la prétention de construction d’une oeuvre, il me semble. Et aujourd’hui, d’un Sony, il reste, pas l’engagement, mais la puissance d’une oeuvre originale. De Kossi, demain, on retiendra une oeuvre complexe dont on cherche à déchiffrer les énigmes. Elle vient d’une douleur, mais cette douleur a servi de matériau pour un univers singulier, bien à son auteur, qui déroute, interroge, rebute. Que l’homme Kossi s’exprime avec sa conscience politique comme on l’a souvent entendu est une autre chose, mais l’écrivain n’est jamais tombé dans les travers de l’immédiateté du discours. L’écrivain, lui, a ouvert de telles perspectives que tous les jeunes écrivains togolais ou aspirants togolais font ou veulent faire comme Kossi Efoui. L’action de son oeuvre est très en profondeur.

  • 38. Timba Bema  |  août 30th, 2006 at 8:58

    Théo, sami et les autres; je pense qu’il y a deux façons simples de sortir de cette impasse qui semble se dessiner à grands traits: La première consiste à méditer la question: Qu’est-ce que j’ai à dire que les autres écrivains n’aient pas encore dit? La seconde consiste à se demander: Quelles sont les relations entre son histoire individuelle et l’histoire collective?

    Ces deux questions à mon avis tablent sur l’originalité du regard, de la démarche, qui précède le contexte ou matériau de l’écriture. La question de l’engagement ou pas dans ce sens ne relève que du contexte, elle est donc secondaire pour celui qui veut prétendre écrire.

  • 39. Sami  |  août 30th, 2006 at 9:25

    A mille pour cent d’accord avec toi, Timba!

  • 40. Timba Bema  |  août 30th, 2006 at 9:39

    Sandrine tu écris: L’HOMME PEUT TOUT, A CONDITION D’Y CROIRE. Je pense que tu n’as pas encore pris(ou alors tu te refuses à prendre) la mesure de la chute du mur de Berlin. L’Homme est mort en 1989 (deux siècles exactement après la révolution française) en redevenant Animal. Vive l’ANIMAL!

  • 41. sandrine  |  août 30th, 2006 at 10:29

    Salut Guy, euh pardon Timba, tu vas bien ?

  • 42. Timba Bema  |  août 30th, 2006 at 10:37

    Comme un ange déchu. Et ces vacances alors, le Bonheur?

  • 43. sandrine  |  août 30th, 2006 at 10:58

    Le bonheur ? bonheur de l’océan oui. Le bonheur ? autant que peut l’être un deuil, riche en tout cas car très éclairant, j’ai bouclé une boucle ! J’ai failli me faire bouffer par un ours, figure-toi ! L’histoire ne dit pas s’il est déchu ou pas.

  • 44. Timba Bema  |  août 30th, 2006 at 11:18

    Je te donne le titre: L’histoire d’un bonheur attendu. A toi de faire le reste bien sûr.

  • 45. Blaise KIBONZI  |  août 30th, 2006 at 11:21

    Ha bon, donc c’est toi Sandrine ? On parle bien de Paluma, l’Ours des pyrénnées ?

    On plaidera la “légitime défense”.

    Blaise

  • 46. théo  |  août 30th, 2006 at 11:27

    Une fois de plus, exemple est donné que des gens divergent alors qu’ils ne parlent pas tout à fait de la même chose. Je pense que ce dont je parle, moi, est ce que formule Timba Bema quand il évoque les relations entre l’histoire personnelle de l’écrivain et l’histoire collective. Je parle de l’individu écrivain dans l’histoire où il est plongé. Celle-ci humilie-t-elle l’homme d’esprit qu’il est ou pas ? Le terrorise-t-elle, oui ou non ? Le milieu et l’époque insultent-ils ses efforts et son talent, oui ou non ? C’est une question qui ne se situe pas après avoir écrit 50 volumes. Il me semble qu’on peut se la poser dès le départ, tout au moins dans certains endroits particuliers du monde. C’est même au début qu’on y est le plus sensible. C’est le cas de Soljenitsyne dès son texte bref “Une journée d’Ivan D.” (en 1962, je crois). A ce moment-là, on aurait pu opposer à Soljenitsyne ce que tu es en train de soutenir, Sami. Rien ne garantissait rien, même si ce texte indiquait déjà un écrivain capable - il aurait pu s’écrouler moralement (de beaux talents gâchés par une absence de personnalité ou de caractère, on en voit jusque dans l’univers du sport), être étranglé par le système, etc. Ceci d’ailleurs m’amène à contredire ta vision un peu… comment dire ? un peu comme qui dirait magique (ce n’est pas du tout pensé méchamment) de la grande oeuvre, du grand écrivain, etc. La politique, locale ou internationale, peut “utiliser”, fabriquer l’influence d’une oeuvre ou d’un écrivain (sans que cela veuille dire automatiquement que cet écrivain est sans talent). De même, cette propagande politique peut étouffer la voix d’un écrivain, l’écho de son oeuvre. Indubitablement, Soljenitsyne a bénéficié de la guerre froide, du “propagandisme” anti-communiste américain, des textes de lui ont été imprimés en russe hors des frontières soviétiques, etc. Passons.
    Tu cites (souvent d’ailleurs) des noms sud-américains qui, vais-je te scandaliser ? ne m’impressionnent pas du tout. Je n’ai jamais aimé lire Garcia Marquez ou Vargas Llosa. Mon prof à l’université ne jurait presque que par eux. Sabato, etc. Je n’ai jamais accroché (à part Borges) et pourtant je comprends qu’on puisse les aimer. Tout est possible. Comme je comprends qu’on trouve Gide pompeux ou Naipaul atrabilaire ou désagréable. Je te dis tout cela pour te prier de cesser de présenter des appréciations subjectives (honorables sans aucun doute mais tout à fait subjectives) comme des faits admis par tous. Vargas Llosa ne peut avoir d’écho qu’auprès de ceux qui apprécient ses écrits et prêtent attention à ce qu’il dit dans la presse. Je ne pense pas être le seul à être imperméable à lui et à ceux que j’ai évoqués. Donc, Sami, les sommets (et l’ombre de ceux-ci), c’est souvent selon chacun. Au reste, je m’étonne un peu (encore une fois, mon humeur est tout à fait amicale ; je m’éloignerai si cela devait dégénérer en polémique), donc je m’étonne que tu répètes souvent qu’il faut de l’ambition, du travail, du niveau de la création, etc. Outre que ce sont-là des évidences présentes dans l’esprit de chacun, je ne vois pas trop l’intérêt qu’il y a à juger, à donner des points bons ou mauvais. Crois-moi, le bon état d’esprit, c’est d’admettre que tout le monde a droit à la vie. Sauf si on a peur. Dans ce cas, c’est vrai, on n’y peut rien.

  • 47. sandrine  |  août 30th, 2006 at 11:47

    Bonheur attendu ou entendu ?

  • 48. sandrine  |  août 30th, 2006 at 12:01

    Bon, puisque c’est à moi de faire le reste, merci pour ta magnanimité, Timba, ça dépend des heures de la journée et de la nuit, bien sur.

  • 49. Timba Bema  |  août 30th, 2006 at 12:02

    Théo, c’est une bonne chose que tu ai trouvé, apparemment, les relations entre ton histoire individuelle et l’histoire collective. Et maintenant, as-tu aussi trouvé ce que seul toi peux dire ou écrire? Si tel est le cas, je t’en félicite et j’entrevois le sens de ta démarche.

    Les deux questions que je proposais avaient pour seul but d’essayer de fixer ce qui est important pour celui qui veut prétendre écrire. Le reste, à savoir l’engagement ou pas d’une écriture n’étant que la conséquence de ce questionnement.

    Je pense que tu crois à la toute puissance de la politique sur les moeurs. Ne vivont nous pas à une époque où tout semble démontrer le contraire?

    Soljénitsyne a bénéficié de la guerre froide, certes, mais combien d’autres écrivains russes qui dénoncaient également le Stalinisme sont oubliés aujourd’hui? Il faut égalemment dire que la gauche européenne ne portait pas Soljénitsyne en estime

  • 50. WS  |  août 30th, 2006 at 12:36

    sroui sroui sroui,

    Rosine n’aime surtout pas les hommes qui se promainent sans femme. Mais que veut Rosine? Faure n’a pas qu’une seule First Lady. Peut etre apres cet accord global intertogolais il nous presentera la vrai first lady du Togo. Warten wir mal …

  • 51. Sami  |  août 30th, 2006 at 13:11

    Quand, Théo, parmi les latinos, tu excepteq Borges, tu prends aussi l’exemple de l’écrivain bourgeois par excellence qui a préféré construire sa fiction de façon assez spirituelle comme s’il n’était pas dans cette Argentine d’une des plus sanglantes dictatures du monde. La subjectivité du jugement en tout art est une chose admise, évidente, mais il y a un minimum d’objectivité pour comparer des créations. Une journée d’Ivan Denissovitch ne reste pas à cause de “l’engagement de l’auteur”, mais de la qualité littérature qui l’a soutenu. Il y a de grands textes engagés qui aujourd’hui font rire parce que cruellement datés. Quand on lit La mère de Gorki, que c’est triste de constater qu’en moins d’un siècle l’histoire l’a dévidé de tout son romantisme sur le communisme! Je ne crois pas qu’un sommet en littérature signifie forcément l’unanimité. Thomas Mann et Gide ont des irréductibles pourfendeurs. Mais cela appartient aussi au destin des grandes oeuvres. Je ne pense pas que le plus important soit qu’une oeuvre impressionne ou pas, mais qu’on soit au moins en mesure de comprendre pourquoi elle n’est pas banale, qu’on l’aime ou pas. Les sommets, Théo, c’est rarement selon chacun, à leur ombre les pourfendeurs ne sont qu’une exception. Quand Nabokov déniait à Dostoïevski du style et refuse même de le mettre dans une anthologie de littérature russe, il était conscient de se la jouer, autrement il aurait été ridicule, car s’il est grand, lui, il ne peut ignorer qu’il doit beaucoup à ces grands-là qui l’ont précédé dans son pays surtout. La guerre froide n’as pas fait de grands écrivains, nous en aurions eu des milliers, mais elle a créé les conditions de la réception mondiale rapide de l’oeuvre d’un des plus méritants de cette période. Je crois plutôt que les contextes politiques qui favorisent l’éclat d’un créateur finissent par laisser l’oeuvre à l’épreuve du temps. Ta question accompagnant le texte court de Soljenitsyne ne me paraît pas appropriée, elle laisse croire que je conteste jusqu’au droit d’ancrer son écriture dans le contexte social, politique, etc., de sa société. Si c’est ce que tu as compris, alors je me suis mal exprimé. Pour moi, là n’est pas le problème, mais ce qui fait que plusieurs écrivains se servant des mêmes contextes ne se valent pas se situe ailleurs, puisque, après tout, ils s’emparent de n’importe quel thème pour faire de la littérature, et seront évalués selon certains critères propres à ce domaine. Je suis sûr que tu as déjà eu, quand tu retournes au pays, à recevoir des manuscrits que des gens te remettent pour appréciation. Souvent, tu es obligé de dire que tu es navré. Et ce n’est pas la bonne foi qui fait défaut, c’est même très ancré, peut-être trop pour que cela soit toujours de la lttérature. Donc, la question que chacun se pose dès le début, je pense, c’est comment parvenir à être moins banal, à faire de la littérature. Et quand on la reformule dans les termes de Timba, ce qu’on pourrait dire que les autres n’aient pas encore dit, il y a même risque de raccrocher sa plume. Peut-être comment dire ce qui a forcément été déjà dit, mais avec ma sensibilité à moi? peut-être que cela est encore possible? Je ne peux l’affirmer. Je ne pense pas que nous soutenions des idées fondamentalement opposées, il me semble plutôt que c’est l’interprétation qui en diffère. Et peut-être le souci non avoué: qu’il soit possible dans n’importe quel contexte d’avoir Borges, c’est-à-dire quelqu’un qui est en train de spéculer au moment où on tue. Et c’est lui qui a eu le bonheur de te séduire parmi le bataillon d’auteurs latinos considérés comme des sommets, à juste titre selon moi pour beaucoup d’entre eux. On peut rêver qu’il y ait possibilité qu’à la question Qu’allez-vous faire? qui t’est posée à la mort d’un président ayant dirigé son pays pendant trente-huit ans sans le faire avancer dans aucun domaine, sinon créer les conditions de sa régression à grande vitesse, on peut rêver qu’à cette question, un écrivain réponde: créer une fiction qui mette en dialogue mes deux auteurs préférés, déjà morts et européens de surcroît. Je suis sûr que cette réponse aurait choqué la personne. Elle n’aurait peut-être pas compris aussi que dans un contexte où les libertés ont été incinérées, c’est aussi faire renâitre la sienne de ses cendres que de traiter de ce thème-là plutôt que celui ou ceux qu’on considère comme allant de soi parce que l’auteur vient d’un pays dont le président vient de mourir. En tant qu’humain, on ne peut être indifférent à son monde, mais en aspirant écrivain, on revendique sa liberté et tente dans sa solitude de trouver une voix/voie. Et cela nous est commun au-delà des mots qui, eux, peuvent être mal choisis donc mal compris.

  • 52. Sami  |  août 30th, 2006 at 13:22

    Ah bon? Il y a eu un accord global intertogolais, WS?

  • 53. Sami  |  août 30th, 2006 at 13:33

    Voici un lien, peut-être cela intéressera-t-il certains, pour lire un long entretien de Borges publié dans Lire en 1980. Le vieil aveugle y livre entre autres paroles sa vision de la littérature:
    http://www.lire.fr/entretien.asp/idC=50247/idR=201/idG=

  • 54. sandrine  |  août 30th, 2006 at 14:16

    Timba, je n’ai pas répondu à ton post 40, parce que je n’y comprends rien. Laisse tomber, c’est beaucoup trop prise de tête pour moi ! Il y a des choses qui sont du domaine du “sentir” ou de la “vision” ou de l’ “expérience”, pas du “réfléchir” ni de la démonstration. Le principal c’est que chacun puisse s’exprimer comme il est. Très bonne journée à toi.

  • 55. théo  |  août 30th, 2006 at 14:32

    C’est toujours étonnant, la déperdition qu’il y a entre la bouche de celui qui parle et les oreilles celui qui écoute, et (j’insiste)vice versa. Cher Timba Bema, je ne crois ni à “la toute puissance de la politique sur les moeurs”, ni ne défends l’engagement politique ou je ne sais quoi. Je vais te dire ; (d’avance, pardon pour la prétention des expressions. Je fais vite.) je pense qu’écrire c’est manifester la présence de son esprit au monde. J’aime l’image de Gide voyageant au Congo (en fait en Oubangui-Chari) et au Tchad parce qu’il n’y est pas militant, mais esprit j’allais dire pur méditant Racine ou Goethe tout en regardant attentivement les êtres et les choses. Une oeuvre littéraire est une oeuvre de l’esprit ; c’est l’esprit vivant. (Et crois-moi, on ne naît pas tel quel ; ce n’est pas du tout cuit à la naissance !) Et cet esprit vivant peut se retrouver à certaines époques, dans certains lieux confronté à la force physique, à l’alimentaire qui veut l’intimider, le voiler, l’éteindre, l’empêcher d’être, etc. Que faire ? Et c’est ici que nous arrivons à… notre point de départ. Personne (en tout cas pas moi !) ne demande à personne de faire de la politique, de dénoncer ou je ne sais quoi. A Lyon, en juillet, au cours d’une discussion publique sur le sujet éternel de l’engagement de l’écrivain, quelqu’un (un Africain) a servi cette exigence pour l’écrivain africain d’être… engagé. Boniface Mongo-Mboussa, Fatou Diome ou Eugène Ebodé peuvent en témoigner s’ils n’ont pas d’autres préoccupations que de se souvenir de mes médiocres propos ; j’ai pour ma part rejeté poliment cette exigence telle qu’elle a été formulée, j’ai dit qu’il convenait de demander à un écrivain de faire un bon travail de l’esprit, que ceci contenait tout le reste (encore plus si c’était fait dans sa langue), j’ai cité l’ouvrage de l’écrivain russe Anton Tchekhov “L’Île de Sakhaline”. Tchekhov n’y est pas militant ; c’est un homme d’esprit qui fait un très long voyage (deux mois et demi - en 1890) dans des conditions épouvantables “rien que” pour y observer des êtres (des anciens bagnards, mais pas seulement, des prostituées, des enfants nés là…) réduits à un état proche de celui des animaux. Ce n’est pas de l’engagement ; c’est encore une fois (pardon de me répéter) l’esprit vivant présent au monde. Thomas Mann est né dans une famille riche du nord de l’Allemagne (1875) ; à vingt ans ou à peu près, il hérite de sa part de la fortune familiale. Il veut être artiste, voyage en Italie, s’installe à Münich, proclame son rejet des “soucis du monde”. Dans “Tonio Kröger”, vous n’avez que ca ou presque. Mais lorsque, autour des années 30, la misère et le désordre sont tels en Allemagne que Hitler menace, qu’il faut presque un kilo de billets de banque pour acheter quelques oeufs (et oui, comme dans le Zaire de Mobutu, en Allemagne aussi, il fut un temps où le billet de banque n’était qu’un rectangle de papier sans grande valeur), donc dans une telle situation, cet homme qui était déjà Prix nobel se sent humilié, s’apercoit que cette réalité-là insulte et ridiculise son art, son esprit. La suite est dans ses nombreux essais (essais d’écrivain !) trouvables partout en poche.
    Comment le dire pour être clair ? Chacun fait ce qu’il veut avec ce qu’il a. Nul ne peut venir dire : c’est une posture, ou ceci ou cela. Souvent, je ne sais pourquoi, on se dépêche de prendre pour de la “posture politique” ce qui “n’est que” le refus de l’esprit d’être avili par son époque. Nous sommes les résultats d’une chaîne immémoriale de refus.
    Timba Bema, t’ai-je répondu un peu ?

  • 56. sandrine  |  août 30th, 2006 at 14:33

    Sami (post 33 et 35), merci de m’avoir comprise 5/5. La baleine est un symbole divin (Jonas), l’éléphant aussi, c’est pourquoi dans ton village on voit le miracle même dans la merde de l’éléphant. La peur, oui la peur, c’est elle qui nous empêche d’avancer !

  • 57. Sami  |  août 30th, 2006 at 14:47

    Théo, je comprends parfaitement ton raisonnement. C’est même à la suite de ton premier post que j’ai réagi en disant que les questions que tu poses s’imposent au sujet d’avoir un pays (je te paraphrase). Ce qui tu redis dans ton dernier post, c’est aussi ce que je tente de soutenir. Là, rien à redire. Pas de déperdition entre oreilles et bouche. Je n’ai pas cité pour rien la liberté de faire une fiction qui mette en dialogue deux grands écrivains européens! Ce que tu dis de Mann, oui, exactement ce qui s’était passé avec Hugo par exemple. Saro-Wiwa. Même le vieux Kourouma au soir de sa vie a dû prendre position et se déclarer exilé avant de mourir. Le grand rire du colosse s’est arrêté devant la connerie, pas seulement parce que lui-même était considéré comme un étranger mais parce que son pays a pris une pente dangereuse. Si je t’avais mal compris, alors mes excuses.

  • 58. théo  |  août 30th, 2006 at 15:33

    Mais non, Sami, mais non (on risque de nous prendre pour des faux-culs ou des catcheurs - je n’ai jamais compris si ce sport était du sérieux ou pas), s’excuser ? Pourquoi ? Comme toujours, la “vérité” est toujours éparpillée comme des grains dans les différents propos échangés. Tiens, Kourouma, oui, c’est vrai, je n’y avais pas pensé.
    De toutes les facons, j’ai toujours pensé que quelqu’un qui aime et comprend V. S. Naipaul est un homme sensé (rires).

  • 59. Sami  |  août 30th, 2006 at 15:45

    Tiens! Nous avons ça en commun: nous demander si les coups sont feints ou réels. Pourtant, je regarde plusieurs matchs de catch et je me sens toujours bête! Mais, là, au moins autour de la même impression produite par Naipaul, nous ne jouons pas!!! Mais, bon, un sujet est venu se greffer sur un autre. Et cela n’a pas été inutile. Sauf que nous avons pollué la maison de K.A. On pourra faire le ménage nous-mêmes pour lui éviter d’engager des frais alors qu’il a dû dépenser jusqu’au dernier centime au Faso!!!

  • 60. Sami  |  août 30th, 2006 at 15:52

    Ah, Sandrine, tu n’as pas oublié la merde de l’éléphant?!!!

  • 61. Richard  |  août 30th, 2006 at 16:04

    Sami, Théo, pas la peine de faire le ménage. C’est une pollution de qualité qui a tenu le lecteur que je suis (paresse, paresse de rentrer dans le débat) en haleine. D’autres aussi ont du apprécier, comme moi, la grande qualité de vos échanges.

  • 62. Blaise KIBONZI  |  août 30th, 2006 at 16:25

    Théo, Sami, Timba on vous lit et on prend un réel plaisir. Même si parfois je me sens un peu laché comme un cycliste non dopé dans la montée de l’Alpes d’Huez. J’avance à mon rythme, je vous rejoindrai tout à l’heure dans la descente une fois que j’aurais tout lu de cette montagne d’arguments.

    Blaise

  • 63. Richard  |  août 30th, 2006 at 16:50

    Merci Blaise de recadrer les choses. Ils sont trois, en effet, à nous avoir offert ce beau débat. J’avais omis de citer l’éternel Timba.

  • 64. sandrine  |  août 30th, 2006 at 18:34

    Je ne risquais pas Sami d’oublier la merde de l’éléphant, c’est tellement juste, ça me rappelle un très beau texte de Martin Buber, malheureusement je n’arrive plus à mettre la main dessus (sur le texte), et je n’ai pas la mémoire de Blaise.

  • 65. Zik  |  août 30th, 2006 at 18:52

    Peut être que l’engagement dont il est question ici devrait être défini autrement. Quand on demande de l’engagement aux ecrivains Africains, on leur demande simplement d’être des portes étandard d’un renouveau, d’oeuvrer pour la promotion de sociétés plus justes, plus performantes qui prennent leur place dans le concert des sociétés respectées de ce monde (ce que l’Afrique ne réussi pas encore). On demande à l’écrivain de changer son regard, de se remettre en question, de nous remettre en question. Par engagement, on entend quelqu’un sans cesse sur la brèche, brèche de son propre savoir jamais définitivement constitué. Quelqu’un qui entreprend de nous faire penser autre chose que ce qu’on pensait avant. Quelqu’un qui nous fait secouer les habitudes, les manières de faire et de penser. Nous savons beaucoup d’écrivains épris de liberté, soucieux d’éthique et d’esthétique, qui ne cessent de se cravacher dur, par souci constant de la vérité. On leur demande tout simplement de guider les masses volontaires (leurs lecteurs) vers la réflexion critique et l’implication dans les problèmes de la Cité. Trop d’écrivains sont passifs au moment même où l’Afrique a besoins de ses ressortissants les plus talentueux. Le combat pour la justice sociale, contre les oppressions nationales, meritent toute notre attention. Dire qu’un ecrivains n’est pas obligé d’être engagé dans le contexte Africain est un peu fuir ses responsabilités.

  • 66. Sami  |  août 30th, 2006 at 20:16

    Zik, c’est un vaste débat. Peut-être qu’on devrait aussi préciser que obliger les autres à nuancer l’injonction d’engagement faite aux écrivains africains ne signifie pas le refus d’être de et dans la société. A ma connaissance (mais je ne connais pas toutes les littératures africaines), je m’en tiens à mon humble connaissance, il n’y a pas, ou pas tant que ça, d’écrivains africains qui consacreraient un roman aux yeux d’un chat, à la couleur de leur fenêtre, au poisson rouge, ni même à une pure spéculation intellectuelle comme les beaux textes strictement spirituels de Borges que Théo a évoqué le premier. Se reconnaissant enagé ou pas, il me semble, je peux me tromper, que pour le moment l’essentiel des écrits africains s’ancrent d’une manière ou d’une autre dans les problèmes sociaux, politiques, culturels, écomoniques de leurs sociétés, du monde. Je ne dis pas que cela est l’idéal, ce n’est qu’un constat. Peut-être que ces écrits n’ont pas tellement d’impacts, là aussi je le mets au conditionnel, peut-être qu’ils n’ont pas forcément un grand impact parce qu’ils n’ont pas une base suffisante de réception. C’est peut-être aussi pour cette raison que personnellement je ramène, en sachant que c’est réducteur, l’engagement à l’action mobilisatrice qu’un écrivain mène au risque de sa vie à partir de sa notoriété. Saro-Wiwa, Soyinka, Gordimer, Breyten Breyten Bach, le très frais regretté Naguib Mahfouz poignardé en 1994 par un islamiste, mort aujourd’hui même, Mongo Béti du Main basse sur le Cameroun, André Brink et bien d’autres que j’oublie ou que je m’abstiens de citer pour ne pas être trop long. En revanche, quelqu’un comme le très grand Chinua Achebe, par ailleurs auteur de ce roman sarcastique Le démagogue, n’a pas été, je me trompe peut-être, aussi engagé par une action parallèle à la manière de Soyinka ou de Saro-Wiwa. Le fait que les textes n’aient pas suffisamment de base de réception pour qu’ils jouent, quand ils en ont la nature, leur rôle corrosif pour les archaïsmes de tous les pouvoirs, rend nécessaire l’engagement réel par le militantisme, l’action, donc le doublement des textes par la mobilisation de leur auteur dans une démarche de contestation, de lutte. Et ça, non seulement tout le monde ne voudrait pas le faire, mais tout le monde ne pourrait le faire efficacement, je veux dire en tant qu’écivain, puisqu’il reste la possibilité d’intégrer, en tant que citoyen, des groupes constitués en lutte contre ce qui est considéré comme l’ordre à abattre. Et puis, et là je n’ai pas de doute, les écrivains ne sont pas forcément les gens les plus talentueux de leur société d’origine et aujourd’hui pas forcément les seuls, ni même les meilleurs, porte-paroles. Il me semble que, heureusement, les possibilités d’avoir une voix et une voix plus porteuse dans l’immédiat se sont multipliées. Un sportif, un chanteur et bien d’autres catégories de personnes à voix existent qui peuvent être écoutés dans l’immédiat. En dehors de l’engagement physique, si les écrits d’un auteur devraient avoir une petite chance de changer une vision du monde, de pousser aux remises en questions, cela, je crois, demanderait beaucoup plus de temps. De nos jours cela est encore plus compliqué. Mais il fut des époques où cela était même dans l’ordre des choses. Le Rousseau traité par Voltaire de Jean-Jacques Fesse, Jean-Jacques l’énergumène, le Rousseau condamné, même après sa mort, au feu par l’église (bon, il est panthéon), ce Rousseau-là est devenu le guide des révolutionnaires français, le pauvre n’était plus là pour vivre cette gloire, il est mort dans sa pauvreté. Les époques ont changé, dans certaines sociétés, l’écrivain en tant qu’objecteur de consciences est presque déjà mort. D’où d’ailleurs une littérature très détachée des brûlures du monde, une littérature du “Je”, pas avec l’amplitude que lui avaient donnée des gens comme Proust ou Henry Miller, mais dans sa nouvelle dimension où le “je” signifie aussi Moi et mon labyrinthe de vie. Dans certaines sociétés, l’écrivain n’a même pas démissionné, il est démissionné, d’autres voix immédiates ont pris sa place et souvent elles s’assoient sur l’argent, la notoriété. Ce n’est peut-être pas le cas des pays africains, mais on n’en est pas si loin que ça.

  • 67. Zik  |  août 30th, 2006 at 21:28

    Sami,

    Je pense qu’on se rejoint sur le fait que la realite des ecrits Africains est plus proche de l’engagement que d’autres choses. Comme tu le dis si bien, meme si Achebe est plus discret sur ses attaques que Soyinka, il n’en demeure pas moins que ses textes on le meme mordant et denoncent souvent les memes injustices. Certains ecrivains prennent des risques enormes dans nos pays, vu que le monde en general se fout de leur sort. Par exemple, chez nous, le poete Ndouna Depenaud fut abattu devant sa maison, par les sbires de Bongo, a 200 metres de ma maison familiale. Les gens ont constate, quelles furent les consequences pour le regime? Aucune. Circulez, y a rien a voir. Il faut beaucoup de courage pour reellement mener une vie d’intellectuelle sous nos tropiques. Tiens, un journaliste presentateur du journal de 20h a la chaine 1 du Gabon fut tout simplement licencie, pour avoir ose dire qu’un ministre avait fait une prestation “quelconque” lors d’une emission de question-reponse avec les journalistes. Sachant que tout le monde doit “manger”, je comprends les reticences des uns et autres quand a l’engagement. Mais quand on regarde l’etat de nos pays, on se dit aussi que ne pas intervenir, meme verbalement, revient a non assitance a personnes en danger. Cependant, il y a un courant, de plus en plus vocal, qui maintient que l’ecrivain Africain comme ceux d’autres cieux, est libre de choisir sa methode et ne doit rien a personne. Meme si je suis en partie d’accord avec ce principe individualiste, je trouve cette vision assez reductrice dans la mesure ou notre environnement Africain a besoin d’inspiration, d’idee, d’impulsion, de modeles. Les ecrivains et autres professionnels tenant le haut du pave intellectuel en Afrique, ne doivent pas abandonner les populaces en manque de modele. Ce serait vraiment triste. Nelson Mandela est avocat de formation. Peut etre qu’il aurait ete mieux pour lui d’avoir une petite carriere de juriste tranquile dans une township noire, et de fermer sa gueule. Il ne serait jamais alle en taule, mais qu’elle aurait ete la trajectoire de l’Afrique du Sud? L’Afrique a des grands maux; et aux grands maux, de grands remedes. Ces grands remedes sont souvent penses et administres par de grand esprits. Alors grands esprits….au travail!

  • 68. théo  |  août 30th, 2006 at 21:41

    Sami, j’ai lu l’interview de Borges dont tu donnes les références au message 53. Admirable, simplement agréable. Cette phrase : “Mais parfois je ne suis pas responsable de ce que j’écris ! Je peux me repentir et varier.” Cet humour quand il parle du Nobel - cette injustice incompréhensible. As-tu une idée, une explication ?
    Richard, merci, mais Blaise, tu te moques ! L’Alpe-d’Huez ? Rien que ca ? Nous attendons une de ces échappées dont tu es coutumier.
    Zik, le sujet est difficile. Mais tu peux avoir un début de réponse en imaginant un bref instant que Borges est gabonnais (tu es du Gabon, je pense). Quelle réaction ? Quel sentiment ?

  • 69. Sami  |  août 30th, 2006 at 22:54

    Théo, pour cette histoire du Nobel, je te cite ce qu’en dit Reinaldo Arenas dans Avant la nuit (c’est un peu long, mais ça te fera plaisir parce qu’il s’agit d’une opinion que tu partages peut-être puisque tu n’es pas admirateur de l’auteur dont il s’agit):

    “L’un des cas d’injustice intellectuels les plus flagrants de notre époque fut celui de Jorge Luis Borges, auquel on a refusé le prix Nobel, simplement en raison de son attitude politique. Borges est l’un des écrivains latino-américains les plus importants du siècle; le plus important peut-être; néanmoins le prix Nobel fut atrribué à Gabriel Garcia Marquez, pasticheur de Faulkner, ami personnel de Castro et opportuniste-né. Son oeuvre, en dépit de certains mérites, est imprégnée d’un populisme de pacotille qui n’est pas à la hauteur des grands écrivains qui sont morts dans l’oubli ou qui ont été mis à l’écart”

    Eh ben, Théo, les dieux du Nobel n’ont pas supporté de donner cette distinction à un écrivain dont l’attitude politique, ou considérée comme de l’indifférence ou de l’arrogance, ou de bourgeoise, choquait certains (nous voilà revenus au débat en fait). Je crois que Peron lui a coûté le Nobel, car, sans ce dictateur féroce, on aurait toléré cette oeuvre si décalée dont lui-même parle mieux que n’importe qui comme on le voit dans cet entretien, succulent mélange d’ironie, d’humour, de réelle modestie et de prétention, de la part d’un vieil aveugle.

    Des mots de lui dans cet entretien comme: “Après tout, mon oeuvre n’est sans doute qu’une illusion. J’ai écrit des fragments, des petits textes très éparpillés, des contes, jamais de romans (je n’ai d’ailleurs pas beaucoup lu de romans sauf ceux de Conrad que j’aime beaucoup). Et je ne crois pas qu’on puisse parler d’une oeuvre à mon sujet.”, des mots comme ça font rire, réfléchir et… En tout cas, Marquez Nobel, ça va, même si, oui, Borges est au-dessus. Mais Gabriela Mistral, la première à recevoir ce prix en Amérique latine, là c’est plus étonnant. C’est une femme dont personne aujourd’hui ne saura te citer un seul titre, puisqu’elle n’a pas à proprement parler une oeuvre. Mais c’était une militante à cent pour cent engagée pour la cause des déshérités et surtout des enfants. On se souvient qu’elle fut ambassadrice, de sa poésie on ne se souvient plus tellement. Je pense, moi, que les dieux du Nobel ont commis une monumentale erreur en ne couronnant pas d’abord celui qui de tous le méritait d’abord. Mais bon, l’oeuvre, elle, reste. Qu de Nobel aujourd’hui déjà oubliés!

  • 70. K.A.  |  août 31st, 2006 at 13:21

    Sami, tu ignorais qu’un accord global a été signé par le personnel politique togolais à Ouaga? toi aussi, on en reparlera dans une fenêtre comme me l’a demandé Théo.
    W.S, tu dis ceci: “Rosine n’aime surtout pas les hommes qui se promainent sans femme. Mais que veut Rosine? Faure n’a pas qu’une seule First Lady. Peut etre apres cet accord global intertogolais il nous presentera la vrai first lady du Togo. Warten wir mal …” Je ne sais si ce cas est prévu dans les clauses de l’accord politique global que je suis en train de relire en ce moment, mais en effet la question du célibat de notre président est un cas très intéressant dans les annales de la politique africaine. restera-til “libre” longtemps? wait and see!

  • 71. Sami  |  août 31st, 2006 at 13:55

    J’avoue qu’au bout d’un moment, j’ai décroché, je n’ai plus écouté la radio ni lu les news sur letogolais.com. C’est après avoir lu cela sur ton blog que j’ai repris le chemin du togolais.com. Bon, bon, bon, espérons que cette fois-ci, c’est le bon!

  • 72. K.A.  |  août 31st, 2006 at 14:26

    dans cette histoire, si les politiciens togolais sont sincères, ils devraient rendre un hommage appuyé à la lucidité du vieux renard Agboyibor, sans lui, ah on serait encore dans nos “togolaiseries” à Ouaga, oui promis on en reparlera!

  • 73. Sami  |  août 31st, 2006 at 15:00

    Et dire que j’avais rendu ma carte du CAR prise en 1991? C’est vrai que ce vieux a appris depuis quelques années déjà un certain réalisme qui l’a d’ailleurs desservi, je pense.

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