Carnet de route »Togoland »: un cimetière à Sokodé
octobre 17th, 2006
(Cliquez sur les photos pour agrandir!)
9 Mai 2006 : Sokodé, les chaînes du cimetière européen !
Explorer la mémoire de la conquête coloniale allemande au Togo n’est pas une sinécure. Tel un leitmotiv, la phrase me traverse l’esprit au moment où je me réveille sous l’assaut des moustiques, dans cette chambre d’auberge où même la climatisation ne dissuade pas ces insectes. Nous étions arrivés la veille au soir dans la grande ville du nord Togo. Sokodé, ville musulmane, dont le trois-quarts de la jeunesse vit en exil en Allemagne, comme par hasard! Sokodé, ville musulmane avec ses bistrots nombreux, ses innombrables boutiques et ses filles aux allures délurées contraste avec l’idée que l’on se fait de l’islam ailleurs, suivez mon regard ! Avec en sus, le charme discret des villes de province, et le souvenir de son passé relativement important qui se dégage à travers les bâtisses du vieux quartier colonial. Donc, disais-je, nous étions arrivés la veille au soir dans la grande ville du nord Togo. Parenthèse : je n’ai jamais su où commençait, géographiquement et culturellement le nord Togo, mais j’emploie le mot avec l’idée implicite qu’il y a bel et bien un nord et un sud délimité par des différences à la fois culturelles et géographiques, sans que cela induise une théorie de la différenciation qui serait nuisible à l’idée même de Nation togolaise à construire. Dans l’histoire récente du Togo, il est arrivé que cette « relative coupure » serve d’alibi sécessionniste à certains politiciens tentés par l’idée de la revanche historique d’un nord délaissé sur un sud prospère (cqfd !). En 1991, en pleine conférence nationale, je me souviens de l’idée farfelue de quelques officiers originaires de la région de la Kara de créer une république indépendante de la Kozah (du nom de la grande préfecture du nord), afin de laisser les « sudistes » à leurs affaires, comme si sur un territoire étroit de 56.000 km2, l’existence de deux états modernes et viables était envisageable ! Le Général Eyadema, reconnaissons-lui cette intelligence si c’est vrai, aurait mis fin de façon ferme à ces velléités dangereuses pour un pays si fragile au niveau de son unité ! Fin de la parenthèse.
Malgré les incessantes coupures d’électricité, Sokodé, ville industrieuse située sur la vieille route caravanière de la kola, survit en inventant les solutions à ses problèmes : groupes électrogènes par-ci, lampes à gaze chinoise par là ! Nous roulons dans le noir, dans le vieux quartier colonial, à la recherche d’un hôtel. Au fait, à chaque ville nous improvisons l’hébergement, pour être sûr de ne pas fermer la porte à toutes les surprises, bonnes ou mauvaises. Cette nuit-là encore, notre flair allait nous sauver, puisqu’il a suffi de prendre du temps pour comprendre la logique du délestage électrique : chaque semaine, un quartier de la ville reste dans le noir, pendant que l’autre reste éclairé, il nous a suffi donc de trouver le bon côté de la ville pour échapper aux affres des ténèbres sans ventilateur ni climatiseur. À l’auberge, l’accueil fut simple et le poulet grillé excellent. Un homme nous approcha pendant que nous grignotions nos brochettes et sirotions nos bières. Sympathique et bavard, il se proposa d’être notre guide le lendemain, une fois qu’il eût compris l’objet de notre séjour à Sokodé : rechercher les traces de la conquête allemande du Togo. Enfin, il fit mine d’avoir compris, car il jura qu’il allait nous conduire à Mango (une autre ville carrément), pour nous montrer la falaise du haut de laquelle, expliqua-t-il, dans les temps anciens, on précipitait dans le vide les sorciers et autres grands criminels de la collectivité. Je lui demande s’il existe à Sokodé un lieu où, dit-on, on peut voir des chaînes scellées dans le ciment des tombes… « Oui, oui, tressaille-t-il d’allégresse, demain je vous emmène voir les chaînes des prisonniers enterrés avec leurs chaînes. » Je bondis presque, donc cette histoire est vraie ? Qui étaient les hommes enterrés dans ce cimetière ? Qu’avaient-ils fait ? La mémoire de notre ami est hésitante, mais dans un geste très élégant, il eut l’honnêteté de n’en point rajouter. Nous nous sommes donnés rendez-vous pour le lendemain.
L’histoire des chaînes du cimetière de Tchawanda nous avait excités, Bernard et moi, avant même notre départ de Paris pour Lomé. Je me souviens encore du mèl que j’avais envoyé à l’écrivain Sami Tchak, originaire de la préfecture, lui demandant s’il pouvait nous conseiller un site intéressant à visiter lors de notre traversée de Sokodé. Sa réponse a été sans équivoque : oui, il fallait absolument faire un tour par ce lieu dont lui-même avait entendu parler dans sa jeunesse !
*
10 mai 2006. Cimetière européen de Sokodé. L’écriteau à l’entrée accroche le regard de loin. Nous sommes dans le quartier Tchawanda. Notre « guide » pousse le portail des lieux. Devant nous, des tombes, et par-delà les tombes un espace débroussaillé comme s’il allait servir de champ d’igname ou de maïs. Beaucoup d’espace, pour un nombre réduit de sépultures : deux tombes d’enfants et plusieurs autres abritant des adultes, presque tous décédés trentenaires, dont celle d’un certain Dehée, René Léon Frédéric Dehée (1898-1928). C’est autour de cette tombe que, en l’espace de quelques minutes, allait s’agglutiner une foule de badauds et de collégiens du quartier, pour une discussion inoubliable autour des vertus de la mémoire et de l’oubli. Ils avaient aperçu notre voiture se garer près de la clôture, et s’étaient rapprochés de nous spontanément.
Première remarque, l’adjectif européen attribué au lieu s’explique par le fait qu’il y a à la fois des allemands et des français enterrés dans la place. Chronologiquement, d’ailleurs, la plus vieille tombe date de l’époque allemande, elle est celle d’un militaire, lieutenant du corps des Dragons autrichiens. La dalle gothique qui abrite ses cendres précise qu’il fut « amèrement pleuré par sa famille », lui le colon dévoué « victime de sa soif de connaissance et de sa passion d’observation » (je traduis grossièrement) !
Sur René Léon Frédéric Dehée (1898-1928), il n’y a aucune autre indication à part les noms et les dates. Français ? Certainement, vu les prénoms et la période du décès. Profession ? Aucune mention, il aurait tout aussi bien pu être membre de la société française de malacologie que planificateur en vadrouille du côté de Sokodé. Pourquoi sa tombe est-elle la plus grande des onze tombes répertoriées dans le cimetière ? La seule à être entourée par ces grosses chaînes rouillées qui attisent les rumeurs les plus folles depuis tant d’années ? Rapide description de la sépulture : Presque 4×3m, entourée de piliers décoratifs sur lesquels sont posées les fameuses chaînes. Selon certaines sources, les chaînes sortiraient directement de la tombe, l’homme qui y repose ayant, selon des croyances étranges, été enchaîné vivant. Il n’en est rien, malheureusement pour la légende.
Bernard sort la caméra pour filmer la tombe de Monsieur Dehée. Je fais signe à un jeune homme juché sur la clôture du cimetière, je lui demande s’il connaîtrait par hasard les raisons de la présence des chaînes. Il me répond sans hésitation : le blanc enterré dans la tombe était un prisonnier, on a donc mis les chaînes pour le distinguer des autres. Splendide explication qui ne convainc pas le groupe de collégiens. Ce qui suit a été immortalisé par la vidéo, mais je vais tenter de vous le résumer. Un des collégiens rectifie : non, l’homme dans la tombe était un prisonnier, d’accord, seulement il n’avait pas purgé toutes ses années de taule, alors on a enchaîné son âme pour qu’il termine sa peine dans l’au-delà. Naïvement, je le relance : son crime devait être horrible, pour qu’on le punisse ainsi, même dans la mort. Il est mort quand, Dehée, combien d’années lui restait-il à purger ? Que faire maintenant pour le délivrer par-delà la mort ? Existerait-il quelque rituel pour cela ? Le débat s’emballe. Deux filles du groupe, des nanas énergiques à qui on ne le fait pas, émettent carrément des doutes sur l’ensemble de cette histoire, et avant que je m’en rende compte, ramènent le débat sur la mémoire locale de la colonisation. Il en ressort, selon elles, qu’il y a trop de mensonges enseignés sur le sujet, et que de toutes façons, il n’appartient pas aux vivants de délivrer Monsieur Dehée de ses chaînes, si tant est que l’histoire qui entoure sa tombe est véridique. Soufflé par le raisonnement, je souris aux filles, ouvertement complice pour une fois de leurs raisonnements. Nous en étions là quand soudain, un autre collégien se souvient brusquement qu’il possède un texte qui raconte la vraie histoire du cimetière européen de Sokodé. Nous l’incitons à courir chez lui nous rapporter le texte. Ce qu’il fit, et revint presque une demi-heure plus tard avec un vieux numéro d’un magazine togolais aujourd’hui disparu, TOGO DIALOGUE. Dans ce numéro 99 de mai 1985, il y avait effectivement un article d’un sociologue français, Jean-Claude Barbier. Un article complètement inintéressant au demeurant, qui n’a même pas jugé digne de mentionner ces rumeurs que tout le monde connaît à Sokodé autour de la tombe de M. Dehée. Comme quoi, le savoir universitaire de certains universitaires de l’ex ORSTOM n’a que faire de la parole populaire, trop fleurie à leur goût. Mais ce qui fait sens dans la saisie des histoires, n’est-ce pas justement ce qui se construit à la marge du discours officiel ? Nous avons fait le tour de la ville à la recherche d’une photocopieuse pour garder une trace de l’article de M. Barbier, mais c’était plus pour encourager le jeune collégien à continuer de jouer aux archivistes de la mémoire locale que pour l’encourager à devenir un sociologue « français ».
Nous avons quitté Sokodé dans l’après-midi, direction Bassar. Là-bas, des histoires encore plus folles sur un certain Dr Grüner à la réputation de briseur de soulèvements nous attendaient. Mais puisque j’étais à Sokodé, vous imaginez bien que je n’ai pas résisté au plaisir malin de demander aux collégiens locaux s’ils connaissaient un des leurs nommé Sami Tchak, écrivain vivant à Paris. Pour des jeunes à qui on enseigne au collège que Ahmadou Kourouma est un écrivain guinéen, vous imaginez bien la réponse qu’ils ont pu donner à ma question saugrenue. J’ai juste promis revenir un jour à Sokodé avec ledit Sami Tchak, afin qu’ils découvrent un autre de leurs frères habitué à bâtir des fictions qui font sens.
P.S. On peut croire que nous n’avons finalement pas trouvé une explication rationnelle à la rumeur autour des chaînes. C’est vrai, en partie, sauf que je ne voudrais pas tomber dans le piège du rationalisme à tout vent en relatant toutes les tentatives d’explication du phénomène glanées lors de notre expédition. Une véritable sociologie de la rumeur, replacée dans le contexte colonial, voilà ce qu’il faudrait pour mettre à nu les origines de ces légendes et leur sens profond. Comment de simples chaînes décoratifs comme on en trouve un peu partout dans les cimetières français, probablement rajoutés lors d’un nettoyage ou d’un aménagement de la tombe par des amis ou défunts du parent, ont ou frapper ainsi les imaginaires ? Ce n’est pas, à mon avis, la nouveauté de la décoration dans le paysage funéraire local qui explique le fait, mais les circonstances réelles de l’installation desdites chaînes au cimetière européen de Sokodé. Et c’est ce travail-là que la curieuse sociologie de J.C. Barbier, sociologue français, n’a pas su ou voulu faire. Un autre sociologue de tempérament, Claude Rivière, en son temps, nous avait habitué à mieux dans l’étude des rumeurs citadines au Togo. Mais je ne doute pas qu’un tel travail finira par être fait par les sociologues togolais eux-mêmes, qui ont été pour beaucoup d’entre eux à l’école de Rivière
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54 Comments Add your own
1. Zik | octobre 17th, 2006 at 16:30
Je commencerais, si vous me le permettez, par rendre hommage à nos irreductibles insectes d’Afrique, que ni les climatiseurs, ni les insecticides, developpés dans les grand labo du nord, n’arrivent à decourager, dans la poursuite de leur eternel mission d’etre nuisible à l’homme. L’autre jour, j’ai vu un petit groupe de fourmis, déplacer un gros morceau de biscuit que ma petite nièce avait laissé tomber sur le sol. En terme purement physiques, c’est comme si on demandait à une cinquantaine d’humains de porter un autobus de la RATP sur le dos…Mission impossible.
Sokode, ville à bistrots? filles aux allures délurées? Mais que font donc les barbus? Où sont donc les integristes?
Les rêves de secession, qui promettent le paradis aux Katangais, aux Angolais, aux Biafrais… Ces paradis se font toujours attendre du coté du Somaliland et de l’Erithrée.
2. Kapinono | octobre 17th, 2006 at 19:24
Vraiment triste quand on se rend compte de combien notre mémoire collective s’effrite, est friable! Quelqu’un a bien voulu mettre une clôture à ce cimetière, mais persone n’a songé à reconstituer son histoire (pour le touriste au moins, et pour le chercheur éventuel…) Nos oralités ont démontré leurs limites, et il est grand temps que tout le monde accède au monde de l’écrit, sinon c’est toute l’Afrique qui ne laissera pas de traces.
Et dire que Sami est inconnu en tant que Sam Tchak dans son Tchaoudjo natal, c’est triste pour la jeunesse togolaise! Je ne sais même pas si j’ai pu décrire la dépression qui me gagne à la lecture de ce carnet d’Alem.
3. vincent | octobre 17th, 2006 at 19:49
Cher Alem,
Tu soulèves un point très intéressant. Je ne parle pas de la mémoire mais des écrivains togolais que personne au Togo ne connais. Chaque fois que j’ai l’occasion de parler aux Togolais, que ce soit à Lomé ou à l’intérieur du pays, de toi ou de Sami, ou Kossi Effoui, personne ne semble vous connaître, pire n’a lu vos oeuvres. Comment pourrais-tu m’expliquer cette méconnaissance?
Je suis en train de dévorer ton albatros(rire)
A toi, mon salut cordial
4. Zik | octobre 17th, 2006 at 20:56
Peut être que finalement, nul n’est vraiment prophète en son pays.
5. Sami | octobre 17th, 2006 at 21:42
L’Enfoiré de Kangni, tu ne dis pas finalement ce que signifient ces chaînes! J’ai mal lu ou quoi? Que dit le sociologue? Curieux sociologue s’il n’a pas compris que la réalité de ces chaînes, leur vérité, a une importance négligeable par rapport à l’imaginaire qu’elles ont engendré, puisque sociologiquement c’est cet imaginaire et non la vérité qui influe sur les comportements. J’ai lu bien de ses textes sur Sokodé, c’est très, très loin de la sociologie, c’est un genre sans nom qu’aucun étudiant sérieux en sociologie ne citerait. Ah, Vincent, Kapinono, sur le fait que les gens ne me connaissent pas à Sokodé, j’ai écrit une nouvelle publiée par La librairie Meura de Lille, dans un recueil collectif intitulé Ici, Là-bas… En 2003. Ça s’appelle Cher Ex-Libraire! Zik, en littérature, généralement, on est d’abord prophète chez soi, c’est le cas de la grande majorité des écrivains, mais pour cela il faut avoir un chez soi, or nous n’en avons pas, sur le plan littéraire s’entend, donc nous ne serons jamais prophètes nulle part.
6. Kapinono | octobre 17th, 2006 at 21:54
Ou bien nos écrivains sont dans un « club » hermétique, ou bien notre jeunesse n’a pas la culture de la lecture. Je penche pour la deuxième hypothèse. Au fait, savons-nous lire pour le plaisir dans nos sociétés africaines? J’en doute fort (je ne parle pas de l’élite tant soit peu occidentalisée). Il reste qu’un écrivain peut être connu si le système scolaire l’adopte, or nos systèmes n’adoptent que ce qui est adopté en France ou par la Francophonie, au point où on fait du Diderot au Cour Moyen 2ème année au Togo. Il faudrait apprendre à lire à notre jeunesse, et leur donner à lire d’abord des livres plus proches d’eux pour commencer.
7. Zik | octobre 17th, 2006 at 22:12
Kapinono,
Je l’ai déjà dit ici, il me semble que nous soyions toujours des sociétés essentiellement orales. Chez moi au Gabon, tout se fait encore suivant le modèle du bouche à oreille. Rien n’est codifié. Même quand les textes sont écrits, les gens ne s’en refèrent que partiellement.
8. th. ananissoh | octobre 17th, 2006 at 22:20
Kangni, je regarde pensivement les photos de ces jeunes nés sans doute autour de 1990, un peu avant, un peu après… Je lis et relis ton texte. Je sors du blog, j’y reviens… Les Ivoiriens, qui ont le sens de la dérision, ont trouvé la bonne définition de l’impasse (l’impasse africaine) : « Il n’y a pas de devant, il n’y a pas de derrière. »
9. vincent | octobre 18th, 2006 at 1:06
Sami,
Bien sûr que tu peux dire que par rapport à la situation il n’y a plus ce qu’on peut appeler chez soi. Jusq
10. vincent | octobre 18th, 2006 at 1:11
Sami,
je te comprends dans la mesure où « le chez soi » n’existe pas ou plus. Mais en lisant tes textes, ceux de Kangni, ou autres, l’imaginaire développé à un référent qui ne trompe pas celui qui sait lire entre les lignes. J’irai lire ta nouvelle.
11. Kapinono | octobre 18th, 2006 at 2:56
Zik,
Je suis bien conscient que nous sommes des sociétés à l’étape orale, car ce n’est qu’une étape par laquelle toutes les sociétés ont commencé. Mais l’histoire du cimétière (ça ne fait que cent ans) qu’on n’arrive pas à reconstituer nous donne l’ampleur de toute ce qui se perd de notre histoire, de notre expérience quotidienne dans tous les domaines, de notre science que nous n’enrégistrons pas. C’est alarmant, car la mémoire orale est très peu fiable, en tout cas elle ne dépasse pas 50 ans. Et notre retard au niveau technologique s’explique en grande partie par cette mémoire qui ne s’enrégistre nulle part afin que l’expérience d’aujourd’hui soit améliorée et dépassée par les générations à venir, et toujours plus haut. C’est pourquoi nous ne devons plus nous contenter de l’oralité: il faut une révolution à la base pour la dépasser, et amener tout Africain à transcrire sa pensée dans sa langue et à la questionner. Ce sera le début de l’accès à l’écriture pour tous qui nous permettra de rentrer dans l’orbite globale « les yeux ouverts ». Nous Africains sommes restés cloués au stade de l’oralité que les autres cultures ont dépassé depuis. L’oralité ne nous appartient point.
12. K.A. | octobre 18th, 2006 at 6:34
Sami, on peut croire que nous n’avons finalement pas trouvé une explication rationnelle à la rumeur autour des chaînes. C’est vrai, en partie, sauf que je ne voudrais pas tomber dans le piège du rationalisme à tout vent en relatant toutes les tentatives d’explication du phénomène glanées lors de notre expédition . Une véritable sociologie de la rumeur, replacée dans le contexte colonial, voilà ce qu’il faudrait pour mettre à nu les origines de ces légendes et leur sens profond. Comment de simples chaînes décoratifs comme on en trouve un peu partout dans les cimetières français, probablement rajoutés lors d’un nettoyage ou d’un aménagement de la tombe par des amis ou défunts du parent, ont ou frapper ainsi les imaginaires ? Ce n’est pas, à mon avis, la nouveauté de la décoration dans le paysage funéraire local qui explique le fait, mais les circonstances réelles de l’installation desdites chaînes au cimetière européen de Sokodé. Et c’est ce travail-là que la curieuse sociologie de J.C. Barbier, sociologue français, n’a pas su ou voulu faire. Un autre sociologue de tempérament, Claude Rivière, en son temps, nous avait habitué à mieux dans l’étude des rumeurs citadines au Togo. Mais je ne doute pas qu’un tel travail finira par être fait par les sociologues togolais eux-mêmes, qui ont été pour beaucoup d’entre eux à l’école de Rivière.
13. Brun | octobre 18th, 2006 at 10:16
Alem, tout ce que je peux te dire est de continuer sur cette voie.
Merci tu fais la fierté de l’afrique et en particulier du togo.
Bon courage mon frère
14. Timba Bema | octobre 18th, 2006 at 10:32
Kapinono écrit: C’est alarmant, car la mémoire orale est très peu fiable, en tout cas elle ne dépasse pas 50 ans… je te répondrais que les légendes et autres mythes ainsi que les généalogies permettent de remonter parfois à dix générations c’est-à-dire à peu près 300 ans… le problème de sa fiabilité n’est donc pas celui de sa durée mais de la difficulté de sa confrontation avec d’autres sources disons empiriques… il me semble que l’archéologie dans certains cas peut apporter des éclairages en la matière…
Kapinono écrit: Il faudrait apprendre à lire à notre jeunesse, et leur donner à lire d’abord des livres plus proches d’eux pour commencer… je te répondrais que notre jeunesse doit lire ce que bon lui semble…
sami écrit: en littérature, généralement, on est d’abord prophète chez soi, c’est le cas de la grande majorité des écrivains, mais pour cela il faut avoir un chez soi, or nous n’en avons pas, sur le plan littéraire s’entend, donc nous ne serons jamais prophètes nulle part… je te répondrais que tu pose la question de la reconnaissance de l’individu par le groupe auquel il appartient… si on rapporte donc ça au contexte littéraire cela voudrait dire que l’écrivain souhaite la reconnaissance des autres écrivains en totalité ou en partie puisque c’est cette reconnaissance qui valide en quelque sorte sa démarche… la question du chez soi que tu poses est très importante car elle traduit un double mouvement… d’abord celui de l’individu qui désigne une communauté comme étant la sienne et ensuite par la validation de ce choix par cette communauté… ainsi la reconnaissance n’est que la conséquence heureuse de la volonté de l’individu d’appartenir à un groupe… dans ce sens la réponse à ce soit disant déficit de reconnaissance des écrivains africains par les africains est du côté des écrivains…
Vincent écrit: l’imaginaire développé à un référent qui ne trompe pas celui qui sait lire entre les lignes… je te répondrais vincent que tu es un bon lecteur car il me semble aussi que ce n’est que la perception de la réalité ou mieux la transcription littéraire de cette réalité qui traduit la filiation culturelle d’un écrivain… cependant une écriture peut aussi remettre en cause les schémas de la perception de la réalité dans disons ça ainsi le chez soi de son auteur…
15. Timba Bema | octobre 18th, 2006 at 10:34
une citation d’octavo paz; le recours du vaincu: l’utilisation esthétique de la défaite, la vengeance de l’imaginaire…
16. TONY | octobre 18th, 2006 at 10:37
Kangni ne serait-il pas préférable de mettre le PS en bleu? ça fait un peu aux yeux.
Au fait, au Togo on ne connaît ni les écrivains locaux ni ceux de la Diaspora. Comme s’il s’agit d’une volonté nationale d’ignorer les intellectuels.
Et puis Sami a intérêt à ne pas se faire connaître dans la Cotocoli Connexion. Avec les trucs hard qu’il écrit là, il peut être sûr les barbus du coin décréteront une fatwa.
17. K.A. | octobre 18th, 2006 at 10:55
Merci Tony, c’est fait, est-ce plus lisible?
18. Blaise KIBONZI | octobre 18th, 2006 at 11:20
Ce problème de la méconnaissance des écrivains africains dans leur pays d’origine nous en avons déjà débattu sur le forum de l’écrivain l’écrivain Alain MABANCKOU, cette discussion (voir le sujet PLADOYER POUR LES BIBLIOTHEQUES EN AFRIQUE) nous a même conduit à organiser une opération d’envoi de livres d’auteurs africains à une bibliothèque de quartier à BRAZZAVILLE la Capitale du Congo.
J’ai personnellement été au coeur de cette opération avec d’autre à travers une association loi 1901 dont je suis le Président.
Nous avons envoyé environ 150 livres avec au moins un exemplaire de chacun des écrivains africains dont Sami TCHAK, Alem KANGNI, Edem, pour le Togo, les béninois, les sénégalais, Ivoiriens, congolais étaient tous de la fête. Nous avons élargi jusqu’ à certains auteurs hattien et Antillais.
Tous ces livres sont arrivés à Brazzaville, grâce en particulier à Francis LE HERISSE du MIDAF (Mouvement International pour le Développement de l’Afrique Francophone) à l’origine d’ailleurs de cette bibliothèque.
Ce qui est dommage, c’est qu’aucun suivi n’a pu jusqu’à présent être fait suite à l’envoi de ces livres. Sont-ils lus, de quelle façon, quelles sont els attentes, etc…..
C’est personnellement ce que j’attendais le plus. Malheureusement, j’ai comme l’impression qu’une fois les livres arrivés. La mission était accomplie pour beaucoup. Et demain on se reposera encore les mêmes questions, pourquoi les congolais ne lisent pas, pourquoi la plupart de leur si célèbres écrivains sont des illustres inconnus au Congo.
Ce qui est fatigant pour ne pas dire désespérant avec l’Afrique c’est qu’on se pose toujours les mêmes questions. C’est la preuve qu’on pose souvent des questions mais on apporte jamais les réponses. Ou tout au moins les bonnes réponses.
Ps : pour l’envoi de livres des auteurs africains à la bibliothèque de OUENZE. C’est une collecte qui avait été organisée sur le blog de l’écrivain Alain MABANCKOU, à l’initiative de l’association dont je suis le Président. Nous avions récoltés de l’argent qui a servi à l’achat de livres neufs et aussi des dons de livres.
Blaise
19. TONY | octobre 18th, 2006 at 11:34
oui, c’est parfait
20. Blaise KIBONZI | octobre 18th, 2006 at 14:12
Et à propos de L’ECRITURE, je voulais publier sur internet un petit article relatant ma première rencontre avec l’écrivain Jean MALONGA, considéré comme le père de la litterature congolaise.
C’est mon analphabète de mère qui m’avait la première fois présenté ce vieillard alors que j’étais en culotte courte (je devais être en classe de CM1). Ma mère m’avait dit qu’à chaque fois que je verrai cet homme, je dois m’arrêter et aller le saluer poliment.
Ma pauvre mère (un peu mal renseignée) croyait que c’est Jean MALONGA qui avait écrit tous les livres qu’on trouvait au Congo (mathématiques, français, biologie, etc…).
C’est de cette histoire que je voulais « conter » dans mon article, à cause de sa symbolique très forte. Et j’en profitais pour dresser une brève biographie de Jean MALONGA. J’ai cependant buté sur la date de sa mort. J’ai cherché partout sur Internet sans succès. J’ai demandé à gauche à droite. PERSONNE NE SAIT ! C’est quand même INCROYABLE !
J’ai quitté le Congo en novembre 85. S’il était décédé avant, forcément que je l’aurais su car j’étais voisin à Brazzaville avec sa famille. Mais c’est quand même incroyable de ne pouvoir trouvé nul part la date de décès du père de la litterature congolaise. Auteur de »La légende de Mfumu ma mazono ».
L’appel est lancé.
D’accord avec vous les amis. IL FAUT EN FINIR AVEC CETTE HISTOIRE DE LITTERATURE ORALE. IL FAUT ECRIRE. Et avec Internet pas besoin d’éditeurs ou de payer. Africains emparons d’Internet pour faire des BANQUES DE DONNEES, chronologiques, chiffrés, explicatives.
Tapez NAPOLEON sur Internet et vous avez tout. Tapez John LENON et vous avez tout. Nous on attend peut-être que se soit un bourguignon qui vienne nous saisir la date de décès de Jean MALONGA sur Internet.
Et ce que là aussi ce sont nos dictateurs de Présidents qui nous empêchent ? problème culturel.
Blaise
21. K.A. | octobre 18th, 2006 at 14:23
Blaise, Jean Malonga (1907-1985). Il suffit de me demander. deux livres majeurs, Coeur d’aryenne, 1947, Présence Africaine, la légende de Ma Mpfoumou ma mazono, 1954, réédité en 1973, Présence Africaine.
A propos de l’oralité, Joseph Ki-Zerbo a mis au point quand même une méthode éprouvée permettant de remonter les généalogies sur pusieurs générations, il fait aussi savoir manier les méthodes de l’oralité, cela ne dédouane pas la paresse vis-à-vis de l’écrit, bien sûr.
22. Blaise KIBONZI | octobre 18th, 2006 at 14:59
Aahhhhhh, autant pour moi K.A. Je donne raison à tous ceux qui me disent de ne jamais généraliser. Et pourtant cher KA, crois-moi, j’ai lancé cet appel sur de nombreux site congolais sans jamais avoir la réponse.
D’autre part, l’indice que je donnais était important. je disais que Jean MALONGA ne pouvait être mort qu’après le 07 novembre 1985 date à laquelle j’ai quitté le Congo autrement je l’aurais sû car j’étais voir avec l’une de ses nièces.
J’ai même demandé à quelqu’un à Brazzaville de se rendre exprès à l’adresse où habitait sa nièce donc en face de chez moi pour leur demander à quelle date précisément était mort Jean MALONGA afin que je puisse le graver sur Internet. Malheureusement la personne que j’avais envoyé tarde toujours à me donner la réponse.Tu sais très bien comment ça se passe chez nous, cher KA : « j’étais passé hier, elle n’était pas là ». « Avant hier, il pleuvait donc j’ai pas pu aller », « avant avant hier, j’avais mal au ventre », « l’autre jour j’étais à l’enterrement ». En Afrique on a le temps pour tout, sauf pour ce genre de choses.
Cher K.A ce travail de récolte d’informations et de données par le témoignage fait partie d’un programme que j’ai inscrit dans le cadre de notre association. Cette technique du bouche à oreille pour ensuite être couché sur le papier, je l’ai appelé la méthode « mboka-mboka » que l’on peut traduire par « à la façon village ».
Ps : en voici une autre colle que je donne aux Congolais (donc à moi-même aussi) : Le Roi pelé est venu jouer par 2 fois à Brazzaville. A quelle date était ce ?
Tous les congolais se souviennent de ces 2 matchs. Et de la pluie qu’il ya eu ce jour là. De la femme qui avait accouché dans les gradins. Ils te décriront aussi dans les moindres détails les dribles de GARINCHA. Mais personne n’est capable de te donner la date.
Ah ! nous les africains. Et avec ça, on veut progresser.
Je relance mon appel pour les dates des matchs de Pelé à Brazzaville.
Merci KA pour la date de décès de jean MALONGA. Merci à KI ZERBO.
Blaise
23. Timba Bema | octobre 18th, 2006 at 15:02
blaise on a déjà finit avec la littérature orale… pour t’en convaincre va te ballader dans une rue d’un pays africain et demande à quelques passants qui auraient l’amabilité de te sourire de te raconter un conte qu’ils tiennent de leurs parents… tu seras surpris par les réactions… les africains écrivent mais ce qu’il y a maintenant à modifier c’est la représentation que le public a de l’écriture qui est encore perçue comme une activité élitiste… il y a donc un impératif de démocratisation l’écriture…
24. Blaise KIBONZI | octobre 18th, 2006 at 15:17
Sois pas étonné par ma question cher Timba Bema, je te la pose car j’ai lu hier un extrait d’interview de SASSOU à TV5 (en qualité de Président de l’unité Africaine). Il a dit, « Ce qu’il faut c’est un vrai dévelopement pour l’Afrique ».
On est pas sorti de l’auberge.
Blaise
25. Timba Bema | octobre 18th, 2006 at 16:57
permets moi au préalable blaise de préciser les contours de mon opinion… lorsque j’emplois le terme écriture je ne fais référence qu’à l’écriture littéraire… il me semble par ailleurs que l’écriture littéraire traverse dans plusieurs pays africains une phase que je qualifierais de semblable à la période médiévale telle qu’on a pu en avoir des traces en europe et en orient (rabelais n’était pour ainsi pas connu du peuple de france)… je m’explique de façon schématique… l’écriture est historiquement entrée en afrique par le créneau des réligions du livre (islam, christianisme,…) ces réligions fondent l’écriture comme étant une révélation divine et ne laissent au croyant qu’un rapport contemplatif vis à vis du livre… elles limitent également le champs de l’exégèse à un personnel qualifié… ce constat me semble être à la base de la représentation élitiste de l’écriture… si on se limite à un contexte politique ou même scientifique il ne fait aucun doute qu’il n’y a là rien à redire… mais si on rapporte cette représentation au contexte littéraire on aboutit inévitablement à une sorte de qualification qui serait accordée aux écrivains pour qu’ils écrivent au nom de tous… dans le fond cette attribution qu’il faut aussi reconnaître comme suscitée par certains écrivains signifie l’incapacité mettons du public de traduire en écrit sa réalité… la démocratisation (excuses moi du terme mais je l’utilise par défaut) de l’écriture consiste donc à restituer au public son droit à traduire sa réalité à travers le témoignage écrit… je ne demande pas bien sûr que tout le monde devienne écrivain mais simplement un accroissement de la pratique de l’écrit dans les échanges privés…
26. K.A. | octobre 19th, 2006 at 16:59
Blaise, je crois que tu n’as pas compris ma question. Il n’y a pas de coquille à l’intérieur, et je te la repose: c’est quoi un livre intellectuel? Les lecteurs africains sont incapables de lire Senghor et Césaire alors, ou bien eux écrivent des livres pas intellos? je dis cela parce que j’ai connu plein de mes élèves au lycée qui aimaient Césaire, réputé difficile. mais difficile ne signifie pas illisible, me semble-t-il.
Je te signale simplement que l’activité de lecture est d’abord un acte intellectuel, et qu’il existe des polars « intellectuels » à l’intérieur du genre. Quant à la vieille critique de la litérature en panne d’inspiration, c’est un cliché que moi aussi j’enseignais à mes étudiants sans y croire. Même parmi les auteurs de la négritude, n’oublie pas qu’il y avait un certain Damas qui a écrit des oeuvres pour lui et par pour illustrer les idées du mouvement. Je ne crois pas à tes distinctions, je ne crois pas qu’il faille rabaisser les auteurs à écrire pour ceux qui ont de la peine à lire Tchicaya U’Tamsi. Un auteur a un univers, avant toute chose, il n’est pas certain que le fait que toi tu lises Zola facilement ou Sembène Ousmane (tiens, les Bouts de bois de Dieu serait facile?) signifie que tout le monde a cette facilité de lecture. Tu sais, ce que tu dis me semble une vue de l’esprit, tu ne peux toi déterminer les capacités réelles de tous les lecteurs africains.
27. K.A. | octobre 19th, 2006 at 17:07
Zut, Kapinono, je crois avoir effacé par mégarde un de tes commentaires sur ce sujet, à propos de la démocratisation de la lecture. Je vais demander à l’administrateur comment on fait pour retrouver les commentaires supprimés. je suis navré, il y a tellement de spams sur le blog ces jiours-ci, plus de 200 par jour que lui et moi ne savons plus où donner de la tête. Encore désolé pour cette erreur de manipulation!
28. K.A. | octobre 19th, 2006 at 17:18
Magie, j’ai retrouvé le commentaire effacé, c’était signé plutôt Blaise KIBONZI, désolé Blaise, je le poste à nouveau, mais il sera décalé.
29. Blaise KIBONZI | octobre 19th, 2006 at 17:19
« il y a donc un impératif de démocratisation l’écriture… ».
Et de quelle manière cher Timba Bema ?
Blaise
30. Kapinono | octobre 19th, 2006 at 18:09
Si, mon posting a été effacé par le doidgt trop pressé de K.A. ; il devrait venir après le # 25 de Timba Bema. Si l’administrateur pouvait encore faire sa magie…
31. Zik | octobre 19th, 2006 at 19:29
Pour ceux que ca interesse, un petit lien assez cool (a mon avis)
http://maps.google.com/maps?f=q&hl=fr&q=Libreville,+Gabon&ie=UTF8&om=1&z=17&ll=0.391272,9.450828&spn=0.004763,0.010643&t=h
32. Zik | octobre 19th, 2006 at 19:29
Blaise,
Il ya plus de 600 references a Jean Malonga sur Google, y compris sur Wikipedia.
33. K.A. | octobre 19th, 2006 at 19:32
Sincèrement, Kapinono, on cherche. Ce matin, il y avait même des messages du type, souriez, votre blog est dans notre collimateur. On ne désespère pas de trouver la parade à tous ces spams vicieux.
34. Kapinono | octobre 19th, 2006 at 21:34
Mon idée est que les populations arrivent à s’approprier l’écriture et qu’elles ne regardent pas cette pratique comme la chose de l’école du blanc, et qu’elles l’utilisent comme un instrument pour se pérenniser, se faire connaître et se connaître, dans le sens anthropolique, ce qui développera davantage aussi leurs langues. Puis il se dégagera des vocations de toutes sortes par l’écriture, mais auparavant tout le monde l’aura maîtrisée, la commerçante s’en servira au marché comme le sage qui aimerait réfléchir sur papier, ou le paysan pour décrire une saison bizarre.
Bien sûr, je suis d’accord avec Timba Bema et K.A., il y a des méthodes scientifiques de recherche dans l’oralité qui permettent de remonter trè loin dans le passé. Je ne parle pas de ce niveau là. Je parle du quotidien où même les plus anciens dans le village ne connaissent plus l’origine du village, où on ne connaît plus le nom d’un arrière-arrière grand-père, ce qui amène des communautés à confondre une étape dans leur migration à leur origine, ce qui justifie le dicton selon lequel « quand un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle ». Beaucoup de bibliothèques sont ainsi naturellement décimées, et ne se sont plus réconstituées. La démocratisation de l’écriture comme le dit Timba Bema pourrait aider à freiner cette érosion, et à mieux conserver « la couche de l’objet et de l’évènemement ». Deuxièmement, cette écriture locale permettra de constituer des banques de connaissance et de savoir-faire qui nourrirront l’école actuelle telle qu’on l’a dans nos pays, et « l’école » ne marginalisera plus nos « sociétés traditionnelles », cette école qui a subitement créé des « ignorants ».
Quant à ce qui concerne la lecture Timb Bema trouve qu’il faut laisser notre jeunesse lire ce qui bon lui semble. C’est bien beau. Même sous d’autres cieux où la lecture fait partie de la vie de l’enfant, où l’enfant tout petit réclame que sa mère ou son père lui lise une histoire avant de s’endormir, les parents suivent ce que leurs progénitures aiment lire, même si c’est de loin, de peur que les gosses ne s’adonnent au porno (par exemple). Il me semble que l’idée de Timba Bema pourrait poser de sérieux problèmes d’éducation, même dans les pays où l’on lit. A plus forte raison, dans nos pays…., il faudrait d’abord démocratiser (décidement!) la lecture, je crois.
35. Kapinono | octobre 19th, 2006 at 21:39
Au 3ème paragraphe, lire « ce que bon lui semble » surtout que c’est le mot de Timba Bema.
36. Blaise KIBONZI | octobre 20th, 2006 at 9:24
Merci infiniment cher ZIK, je vois qu’il y a du travail qui se fait. Mon seul tort c’est d’avoir été trop en avance.
Sais-tu par exemple ZIK qu’en 2000 j’étais le seul a tenir un forum d’apprentissage du lingala sur internet ? J’étais même chssé des sites congolais parce que je voulais y introduire du lingala NOTRE LANGUE NATIONALE (avec le munukutuba).
On me disait que la charte du site (congolais, je repriécise) n’autorise que le français et l’anglais.
A force de me battre seul, j’avais réussi enfin a faire rentrer le lingala sur les forums congolais. Et aujourd’hui je me réjouis de la multitude des sites lingala.
Pas plus tard que hier, j’ai été très amusé de découvrir sur un site lingala la référence du texte en lingala de la chanson MARIO de FRANCO LUMABO MAKIADI que j’avais publiée il y a plusieurs années déjà. L’auteur de cette republication a eu l’honnêteté intellectuelle de me signaler comme l’auteur originale de de cette transcription. J’ai pu échanger hier avec lui sur un site congolais. Le gars ne croyait pas quand je lui ai dit que certains de mes textes en lingala datent de l’an 2000. car je disais déjà qu’il fallait ECRIRE, ECRIRE et ECRIRE ! malheureusement à l’époque on me chassait partout où je voulais poster un texte en lingala.
En effet ZIK, en tapant Jean MALONGA dans GOOGLE j’ai trouvé pas mal de choses. Il y a 3 ans, il n’y avait RIEN sur Jean MALONGA. Un seul article pour être tout a fait honnête, avec un point d’interrogation sur la date de décès. Ce sont ces lacunes là qu’il nous faut combler. Et si on commence à le faire, alors tant mieux. N’attendons pas que ce soit un bourguignon qui vienne le faire. Même si j’ai rien contre les bourguignons. Je voulais simplement dire qu’entre l’âge de 8 et 20 ans, j’ai serré la main tous les week end à Jean MALONGA, répondant ainsi à un ordre de mon analphabète de mère. Donc je devrais dire ce que j’ai vu de Jean MALONGA. Tout comme à 15 ans, j’ai eu la chance d’assister au début de Sony LABOU TANSI avec son Rocado Zulu Thêatre. A ce moment là personne n’imaginait encore que Sony serait la légende qu’il est aujourd’hui. Ces moments là, j’aimerais les raconter non pas pour y tirer une certaine gloire mais pour montrer combien ces gens étaient atypiques dans l’univers congolais.
Et je me suis aussi parfois demandé pourquoi ce privilège m’a t’il été donné jeune d’assister à tous ces moments insolites, si ce n’est pour le raconter. Les rapports entre mon analphabète de mère et Jean MALONGA avaient quelque chose d’insoloite.
Rapports humains bien sûr.
Blaise
37. Timba Bema | octobre 20th, 2006 at 10:54
je comprends ta préoccupation éducative kapinono qui peut relever de la sphère privée tandis mon opinion ne prend en compte que la sphère publique… je suis farouchement opposé à cette idée bien saugrenue qui consiste à penser la société comme étant le père-et-la-mère de ses membres…
38. Juliette | octobre 20th, 2006 at 13:03
Dis-moi plutôt Alem comment faire éditer mon roman en chantier et à qui le donner pour lecture car c’est la première fois que je tente le coup
39. Blaise KIBONZI | octobre 20th, 2006 at 13:05
Réponds Alem !
Blaise
40. K.A. | octobre 20th, 2006 at 14:30
Blaise, je reviens du commissariat, j’ai perdu les passeports de toute la famiile, sauf le mien, de bien entendu, juste à la veille d’un voyage, avoue que ce n’est pas malin de ma part. Alors, tu comprends, j’ai l’esprit embrumé. Oui, quelle est la question? Je t’en avais posé une moi aussi au commentaie 26, ha ha ha!
41. Blaise KIBONZI | octobre 20th, 2006 at 14:45
K.A, j’avais déjà répondu à ta question.
La notre c’est la 38 de Juliette.
Perdre les passeports la veille d’un voyage c’est vraiment pas gai, sauf pour quelqu’un qui aurait prié fortement afin que le bon Dieu lui donne ce coup du destin afin que Mme reste. Ce qu’évidemment je n’imagine même pas une seconde que ce soit le cas pour toi.
Blaise
42. K.A. | octobre 20th, 2006 at 15:11
Ah oui, alors c’st une consultation éditoriale que vous me demandez là. OK, je propose que l’on en parle en dehors du blog pour cela: kangnialem@yahoo.fr
43. Kapinono | octobre 20th, 2006 at 16:43
Sans commentaire Timba Bema!
44. EB_Toutmosis3 | octobre 20th, 2006 at 19:15
Dire que la jeunesse togolaise ou africaine n’a pas la ‘culture de la lecture’, c’est d’une part, trainer ce cliché raciste qui dit que le ‘noir n’aime pas lire’, et d’autre part, mal connaitre la jeunesse africaine. Le problème est plus compliqué que cela et nous devons dépasser les explications simplistes. Combien d’étudiants africains peuvent-ils s’offrir un romain ou deux, chaque année ??? Si les écrivains locaux et de la diaspora sont mal connus, c’est en partie leurs fautes et surtout, c’est aussi la faute aux programmes scolaires avilissants et vieillots qu’on continue par dispenser dans nos écoles et universités. On préfère célébrer le gaulois que nos propres cultures africaines !!!!! L’aliénation est dans tous les niveaux….changeons de mentalité, de comportement et tout irait mieux. Combien de ces écrivains africains donnent-ils des conférences dans nos universités ou dans nos villes??? On se cache en Occident, on lance son livre à partir de la France, ou d’un autre pays d’Europe et on s’étonne que la jeunesse togolaise ou africaine ne s’intéresse pas à leurs romans……sommes-nous sincères ?????
45. Kapinono | octobre 20th, 2006 at 20:11
Je voulais me retirer de ce débat qui m’a lair de déborder, voilà que EB_Toutmosis3 m’y replonge. Je ne sais pas ce que tu appelles simpliste, mais je ne dis pas que les Africains le lisent pas beaucoup. Je dis qu’ils n’ont pas l’habitude de la lecture comme loisir. Je ne parle pas du milieu scolaire, je parle de ce qui nous reste comme comportement de lecteur après l’école. J’ai observé autour de moi que lire, ce n’est pas notre tasse de thé, nous Africains adultes avec emploi, tandis que mon homologue européen ou américain, même s’il travaille dans l’administration, a une carte de bibloithèque et il/elle lit régulièrement. Combien de romans as-tu lus cette année toi-même? Et notre système scolaire n’encourage pas non plus à la lecture. La preuve: ils n’ont pas fait la promotion de nos écrivains. Il y a fort à parier que nos bibliothèques africaines ont moins de livres de nos auteurs que les bibliothèques françaises ou américaines. Pas plus tard que la semaine dernière je suis tombé sur une écrivaine togolaise, une certaine Edorh qui a écrit « La fille de Nana Benz », dans une bibliothèque américaine! Je n’ai jamais entendu parler d’elle au Togo. Et puis, nos écrivains sont loin de se cacher comme tu le dis dans ton exagération (je ne souhaite pas qu’ils te répondent). Ces écrivains dont tu parles sont plus visibles en France qu’en Afrique où on se fout pas mal de talents artistiques, à quelques exceptions près. Et ne me dis pas que les jeunes ne « s’intéressent pas » à leurs écrits. Pour quelles raisons objectives? Plutôt, on ne leur fait pas connaître leurs oeuvres. Il faut pas mélanger les choses.
46. Richard | octobre 20th, 2006 at 20:15
J’ai du mal à cerner la responsabilité des écrivains africains dans cette histoire. Ils ne sont pas responsables de l’élaboration des programmes scolaires et universitaires que je sache. Certains nombre d’entre eux ne rechignent pas à l’idée de faire des conférences en Afrique. Mais que peuvent faire bouger des conférences si le pouvoir d’achat des gens en Afrique ne leur permet pas de faire une place aux livres (et à la culture en général) dans leur budget?
Les écrivains africains sont responsables de beaucoup de choses, c’est sur, mais ils n’ont ni la gestion de nos pays ni la responsabilité qu’on veut leur faire endosser dans cette histoire. Blaise qui a fait l’effort de créer une association pour convoyer des livres au Congo nous a déjà raconté la mésaventure sans lendemain que de tels efforts de la part de la diaspora peuvent devenir. Enfin, je parle, je parle. Si ca se trouve Sami et Kangni sont meme responsables de l’analphabétisme qui sévit au Togo. Va savoir! Dans ce cas, Honte à eux!
47. Richard | octobre 20th, 2006 at 20:17
Je suis d’accord avec Kapinono. En plus du livre de madame Edorh, Kangni pourrait en parler. Juste un clin d’oeil qu’il comprendra.
48. Zik | octobre 20th, 2006 at 22:55
K.A.,
Désolé d’apprendre pour vos papiers. J’imagine toutes les tracasseries que cette perte va vous causer…Bonne chance.
49. Abdon | octobre 22nd, 2006 at 19:12
A qui le dis-tu, Zik, à qui le dis-tu? J’ai quitté les States depuis juillet 2006, après presque 17 ans de vie là-bas; depuis mon retour sur le continent, qu’est-ce que je me sens revivre AUTREMENT! Merci.
50. K.A. | octobre 23rd, 2006 at 7:49
Merci Zik, tu parles de tracasseries!
51. Blaise KIBONZI | octobre 23rd, 2006 at 14:04
Richard, « faire la part des choses ou des responsabilités » telle est la question. Mais je suis entièrement d’accord avec toi c’est surtout pas la faute des écrivains africains.
EB_Toumosis3, tu dis que le problème est plus compliqué que ça. En effet, tu dis toi-même « combien d’étudiants africains peuvent s’acheter 1 ou deux romans chaque année ? ».
As-tu mené une enquête auprès des africains d’Europe, USA, CANADA ? chez ceux qui touchent plus que le RMI ou le SMIC ? Combien achetent-ils ou lisent-il de romans par an. Et combien ?
Nous avons eu ce débat sur le blog de l’écrivain Alain MABANCKOU. l’argumentaire des moyens financiers souvent mis en avant avait été balayé par un certain KOUBA FILA, je crois, en tout cas en ce qui concerne les congolais où chaque week-end pou ne pas dire chaque soir, des jeunes rivalisent de casiers de bières dans les bars du quartier.
J’ajouterai même en disant que pour s’acheter une paire de chaussure de la marque WESTON à 300 euros la paire, on en trouve des jeunes qui depuis le bled t’envoient l’argent afin que tu leurs achetes la chaussure tant recherchée à Brazza. Mais c’est très rare de voir un jeune qui t’envoie de l’argent afin que tu lui achetes tel ou tel roman. (ps : pour les livres scolaires, ça se faisait à une époque).
Blaise
52. Blaise KIBONZI | octobre 23rd, 2006 at 14:24
Est ce l’accessibilité du livre qui empêche la lecture ?
D’ailleurs, est-il vrai que l’africain ne lit pas ? (ou pas assez)
C’est pas avec les bla-bla (excusez-moi l’expression), mais c’est avec des CHIFFRES qu’on pourra élucider cette question. D’où notre démarche de convoyer les livres à la bibliothèque de OUENZE à Brazzaville. Il fallait donc mettre un petit mouchard à coté pour savoir si les gens viennent réellement lire. Quelle est leur tranche d’âge, la catégorie sociale, le lieu géographique, que lisent-ils ?
Et s’ils ne viennent pas lire, il faut aussi chercher à comprendre pourquoi ? Est ce que c’est la barbe du bibliothécaire qui leur fait peur ? préfèrent-ils lire sur place ou emprunter le livre ? etc….
Ce travail a été déjà fait dans quelques bibliothèques pilote au MALI. La revue, « La revue du Bibliothécaire » présente même un questionnaire type bien fait. Il faudra les appliquer dans différents pays et contrées puis comparer les résultats. ça nous permettra de mieux cerner le problème.
A la question de dire par exemple que les « africains de lisent pas » ; notre ami Serigne s’était inscrit en faux sur le blog de l’écrivain Alain MABANCKOU, en disant qu’au Sénégal les gens lisent beaucoup.
Franchement, je déplore le fait que l’africain aime soulever les questions, mais ne se donnent pas les moyens d’analyser ces questions. On va souvent sur des convictions ou certitudes personnelles, sans fondement scientifique de ce que l’on avance. C’est quand même pas compliqué de mettre 100 livres dans une bibliothèque avec une personne qui note à chaque fois que quelqu’un vient chercher un livre.
Sachez qu’à chaque fois qu’un noir de Paris rentre chez le chinois pour acheter un manioc, il y a un blanc travaillant à l’INSEE qui note. Après, c’est vrai qu’aux chiffres on peut leur faire dire ce que l’on veut mais ils ont le mérite d’être là. Chez nous, on dit souvent tout, mais sans aucun chiffre. Un autre problème culturel !
Le jour où nous commencerons à intégrer les chiffres dans nos analyses, on fera un pas en avant.
Je m’amuse beaucoup quand j’entends mes compatriotes congolais dire : « Notre pays regorge de nombreuses richesses ».
J’aimerais tellement qu’ils disent lesquels et SURTOUT en quelles quantités. La vérité c’est que personne ne connait les quantités, mais tout le monde sait que notre pays « regorge de nombreuses richesses ».
Restons dans la lecture et les livres : Les chiffres. Existe t’il des chiffres pour étayer telles ou telles hypothèses ?
Blaise
53. EB_Toutmosis3 | octobre 23rd, 2006 at 15:41
La réaction épidermique et méprisante de Kapinono prouve à suffisance, l’agressivité qui anime ce monsieur. Il taxe ma réaction ‘d’exagération’ alors qu’il reprend à lui, tous les arguments que j’ai avancés dans celle-ci ; pire, il ordonne aux écrivains kagni et sami de ne même pas daigner répondre aux critiques….et l’on s’étonne que les artistes nationaux soient mal connus des siens ????
Je crois que le sieur Kapinono ne voit pas la GRAVITÉ des propos qu’il a tenu quand il affirme doctement que la jeunesse togolaise ou africaine n’a pas la ‘culture de la lecture’. Ces propos n’ont absolument RIEN à voir avec les raisons que j’ai évoquées et qu’il a repris d’ailleurs pour son compte, comme celles des programmes scolaires vieillots et avilissants, la misère d’une grande majorité de nos populations, etc. Dire que quelqu’un n’a pas la ‘culture de quelque chose’ c’est affirmer que la personne n’a pas l’essence ou l’habitude même de la chose. Il s’agit donc PLUS d’un phénomène comportemental, d’une DISPOSITION comportementale, qui n’a absolument RIEN à voir avec les raisons que tente de reprendre le sieur Kapinono. En fait, si l’on veut pousser le raisonnement au bout, on dirait que le sieur Kapinono affirme que, GÉNÉTIQUEMENT le noir ou l’africain n’aime pas la lecture !!!!!!! Voila l’hérésie, voila pourquoi justement j’ai eu à parler de ‘cliché RACISTE’ dans ma première réaction.
La responsabilité des écrivains locaux est indéniable !!!!!!
On ne peut pas nier la responsabilité de nos écrivains dans cet état de chose. J’ai eu à souligner le fait que ces gens ne donnent pas du tout ou pas assez de conférences dans nos universités ou villes, le fait que ces gens se terrent en France pour lancer leurs bouquins à partir de là, etc., parce que pour moi, l’écrivain est un businessman, c’est un homme d’affaire. L’écrivain VEND ses Idées, ses Convictions, sa Vision Sociétale, etc., qu’il enferme dans un bouquin. En ce sens, il lui revient en premier de faire la promotion de son livre. S’il préfère aller à l’assaut d’une société donnée en n’oubliant royalement son propre public, c’est qu’évidement, il CROIT au préjugé raciste du sieur Kapinono selon lequel le noir n’a pas ‘la culture de lecture’ !!!!! Il revient à cet écrivain, à cet artiste, d’aller vers son public, de CONQUÉRIR son public !!!!! On n’a pas nécessairement besoin de lancer son nouveau livre par exemple à partir de Paris ou de Rome. On peut le faire aussi à partir de Lomé, ou de Dakar….
Merci
54. Kapinono | octobre 25th, 2006 at 20:45
EB_Toutmosis3,
Ma réaction a peut-être été épidermique, involontairement; mais méprisante, jamais. En tout cas ce n’était pas mon état d’esprit en réagissant à ton posting. Je ne me crois pas capable de mépriser quelqu’un, dans un débat d’idées où on apprend l’un de l’autre.
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