Gilbert Gbessaya : écrire là -bas d’ici !?
juin 18th, 2010
Les sociologues de la littérature connaissent le phénomène : les milieux littéraires ont tendance à fonctionner par cooptation : le nouveau venu en lettres, s’il n’est pas snobé à ses débuts, doit souvent faire preuve d’un certain habitus qui l’impose dans la société de ses pairs. Cela dit, par-delà le milieu, il y a les lecteurs. Il m’arrive de lire en simple lecteur, sans jugement préconçu. Ce que j’ai fait avec ce livre reçu il y a quelques jours par la poste, un roman (premier) signé d’un auteur togolais, Gilbert Gbessaya ! Ma première impression ne fut pas la bonne. C’est quoi ce titre bizarre, ai-je pesté en ouvrant l’enveloppe ! Voyage dans la société de Bougeotte. Bougainville voyageait, le voyage en lui-même signifie, générique et porteur de sens, par-delà le mouvement. Titre trop essai, qu’un éditeur qui fait son travail comme il faut aurait pu changer, ou suggérer à l’auteur de changer. Mais L’Harmattan a ses manières que je ne saurais discuter. Et puis, je peux me tromper. Lire donc, malgré le titre peu accrocheur. Surtout que ça se lit vite. Ce que G.G. tente de faire dans ce « récit » (le genre aussi me pose problème, pas assez narratif pour un roman, même si l’éditeur présente le livre comme un roman), récit donc sous forme de petits carnets de notations, c’est briser le cliché qui voudrait que ici (euh… l’Europe, si on se place du point de vue du pays de résidence du héros Kinmidé) soit le modèle du pays où les choses sont en mouvement, alors que là -bas (vous comprenez non ?) serait le lieu de tous les immobilismes. La démonstration est vite faite que la société de la Bougeotte existe de part et d’autre. Kinmidé raconte sa vie en Europe, son adaptation, mais découvre lors d’un voyage au pays natal qu’il lui faut se réadapter. Là -bas aussi, les choses bougent à leur manière… même si l’on est tenté de lire le mouvement à travers ce qui ressemble à un piétinement. L’écriture est cursive, les chapitres courts. Selon l’auteur, (conversation privée), « le voyage se déroule dans un contexte de la mondialisation et dans la société de vitesse. Dans ce contexte-là les voyages entre là -bas et Ici ne se feront plus de la même manière. Les mots sont aujourd’hui piégés d’avance pour décrire un présent qui rompt avec la chaîne de relation passé-présent-future. Du coup l’art de raconter des histoires comme dans un roman est en crise dans sa structure même. Le lecteur, « l’autre, notre semblable », n’a plus le temps d’écouter les histoires qu’on lui raconterait comme avant. » D’où la difficulté de Kinmidé à écrire « normalement », son malaise devant tout cela ? G.G. toujours : « Comment parler d’un monde où l’extérieur devient intérieur et l’intérieur devient extérieur, où le temps et l’espace se confondent. Comment le faire en utilisant les mêmes mots d’avant, les mêmes formes. La question dépasse le simple cadre littéraire. Je crois que la réponse est dans « l’informe ». Mais l’informe peut être une forme n’est-ce pas. Les chapitres courts, les humeurs, la manière d’aborder les problématiques, ne sont qu’une tentative pour Kinmidé d’aller vers cet « informe ».
Je ne sais si Kinmidé a atteint son objectif, mais voici un livre qui se laisse lire vite. Et pour ceux qui vivent dans l’entre-deux du monde de la vitesse comme moi, certains passages ont valeur de déjà -vécu. Bienvenue au G.G. national dans l’univers des lettres togolaises !
Gilbert Gbessaya, Voyage dans la société de Bougeotte, Paris, L’Harmattan, coll. « Ecrire l’Afrique », 2010, 66 pages, 10,50 €.
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1. Magique Florisse | juin 28th, 2010 at 13:15
et écrire tout court, ça donne quoi?
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