Ferdinand Oyono: une vie d’écrivain
juin 12th, 2010
J’ouvre le cahier des charges. Car je sais qui fut Ferdinand Oyono. Un écrivain hyper lu, hyper commenté, aux gestes hyper scrutés. Le modèle d’écrivain déclaré « engagé » qui fit grincer les dents les plus pointus de la critique littéraire africaine. Je veux dire, la mort d’Oyono, laissera indifférent certains, mais moi je ne peux pas rester indifférent à la stature de l’homme. Car, écrivain, il le fut. Et de talent. Ha, que ceux qui n’ont pas encore relu LE VIEUX NÈGRE ET LA MÉDAILLE se précipitent pour le faire! Je dis relu, car le problème des classiques c’est que l’empreinte ou l’écho qui les fonde finit par laisser dans la mémoire comme un brouhaha confus. Un maître-livre, qu’on nous citait au lycée comme le modèle de l’Å“uvre engagée. Alors, j’en viens, alors se plaindront plus tard les censeurs, comment un tel auteur a pu devenir ministre au Cameroun? Voici le nÅ“ud. On y revient sans cesse. Je n’ai jamais vu le rapport à établir entre le fait d’écrire contre la colonisation et celui d’accepter ou de refuser un poste pour servir son pays. Oyono, serviteur de dictateur, on a entendu la critique. Pas plus tard que l’an dernier, à Yaoundé où je séjournais, des étudiants ont osé descendre la statue du commandeur devant moi, pour ériger à sa place celle de Mongo Beti. Je ne ferai l’insulte à personne en disant que, parfois, je préférais Oyono à Beti, l’action politique étant d’une ingratitude totale, et celui-là ayant eu le courage de tâter du terrain, quand celui-ci arborait une vêture intellectuelle de critique de nos errements. OYONO vs BETI, voilà le faux dilemme devant lequel nous fûmes longtemps placés, sans que personne ose nous expliquer pourquoi nous devions choisir.
Oyono mort, relisons son Å“uvre, car pour le reste… bof, ne nous faisons pas d’illusion sur l’intemporalité de l’homme politique, même De Gaulle n’échappe pas à la critique, alors que dire d’un serviteur d’État en république dite bananière!
P.S. On lui doit, au moins, le droit d’auteur au Cameroun:
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9 Comments Add your own
1. Abdon | juin 13th, 2010 at 10:53
MEKA, ah MEKA, admirable MEKA-nisme d’écriture. OYONO, champion!
2. Joel V. | juin 13th, 2010 at 10:59
http://www.lemessager.net/2010/06/ambiance-le-%C2%AB-carrefour-bastos-%C2%BB-porte-le-deuil/
3. Jo | juin 13th, 2010 at 18:57
P.S. On lui doit, au moins, le droit d’auteur au Cameroun:
4. Jo | juin 13th, 2010 at 18:58
http://www.lemessager.net/2010/06/droit-d%E2%80%99auteur-l%E2%80%99artisan-de-la-renovation-culturelle/
5. Liss | juin 13th, 2010 at 22:26
Je suis tombée par hasar sur l’info en cherchant un document sur un site congolais. J’ai été étonnée de ne pas avoir appris la nouvelle plus tôt, de ne pas la voir répercutée ici et là . Mais comme tu dis, écrivain il fut, et pas des moindres, alors hommage ! On va donc relire le vieux nègre, car je ne sais même plus quel âge j’avais quand je l’avais lu, et effectivement, c’est le brouhaha dans ma tête.
6. David Kpelly | juin 14th, 2010 at 21:56
Apprécier ou ne pas apprécier un écrivain à cause de son parcours politique ! Compliqué ! Trop cruel de ne pas reconnaître Ferdinand Oyono comme un monument parmi nos classiques. Quant à sa comparaison avec Mongo Beti, hum. Le premier a été moins prolifique et moins virulent que le second. Mais que perdons-nous en reconnaissant que les deux ont été de grands écrivains, comme ils l’ont réellement été, sans manifester la moindre préférence ?
L’écrivain, pour le peuple, surtout africain, c’est une lanterne, un sauveur, qui est tenu de parler pour la masse, la plèbe qui n’a pas de voix. Et en lui, on voit l’éternel opposant à nos régimes infectés de tous les maux de cette terre, un leader d’opinion qu’on doit écouter. Les Africains ne digèrent donc pas de le voir s’associer aux bourreaux du peuple, les messieurs du pouvoir. Mongo Beti a su garder ses distances vis-à -vis de la vie politique – qui ne fait pas toujours un bon compagnon – et est mort auréolé par cet honneur d’avoir été l’éternel défenseur de son pays, d’abord contre la colonisation (Ville cruelle, Mission terminée, Le pauvre Christ de Bomba), ensuite contre les dirigeants camerounais corrompus (Main basse sur le Cameroun, Trop de soleil tue l’amour…) Oyono, lui, a choisi la vie politique et ses vicissitudes. L’a-t-il même préférée à la littérature ? Comme après Chemin d’Europe qui a complété la trilogie amorcée par Une Vie de boy et Le Vieux nègre et la médaille, il n’a plus écrit, je crois bien. Que dire ? Qu’il repose en paix. Son Å“uvre, sa vie politique ne la tuera pas. Senghor n’a pas été un président exemplaire. Mais il a été, est et demeurera un grand poète.
Salut, grand !
7. Noël | juin 15th, 2010 at 10:50
Hommage, hommage et hommage à celui qui a semé dans ma tête la passion des lettres. CANDIDE de Voltaire a été la graine qu’UNE VIE DE BOY de Ferdinand Oyono a mise en terre. L’ETRANGER de Camus a entretenu le plant. Comment blâmer l’écrivain pour son choix politique quand son Å“uvre nous comble de bonheur? Quel reproche lui aurait-on fait s’il avait été excellent homme politique et piètre écrivain?
Gardons, chers censeurs, le souvenir de cet homme, de ce grand écrivain qui nous laisse un talisman de bonheur, MEKA, même s’il s’en va.
Faudra songer lui rendre un hommage mérité au CCF à Lomé, Kangni.
8. Timba Bema | juin 16th, 2010 at 12:09
Une vie de boy… le meilleur roman du Ferdinand.
9. nestor | août 25th, 2010 at 15:48
Oyono, je dois quand même rappeler, a fait son choix politique. Il est vrai qu’il était écrivain, grand écrivain et j’admire ses oeuvres. Mais il faut noter qu’il a choisi en toute liberté de prendre sa retraite de la dénonciation après ses 3 romans. Ceci mérite une réaction. Oyono ne valait pas Mongo Beti. Tous les sacrifices que Mongo Beti a fait pour être du côté de la liberté d’expression et de la justice doivent compter pour quelque chose! Ne soyons pas ingrats à cause de 3 romans, même des chefs d’oeuvres. Le choix d’Oyono doit être noté, critiqué et condamné malgré les chefs d’oeuvres. Sinon ce serait trop facile!
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