L’idéal dans une bibliothèque ?

juin 5th, 2006

biblio_0.jpg« Marseille est une ville de passionnés, le foot n’a rien à voir avec cette observation. » J’y avais été invité à un débat sur « la bibliothèque idéale » au Parc des Expositions, pendant la dernière Fête du Livre. Un débat presque « métaphysique », c’est le moins que l’on puisse dire, auquel je n’ai rien compris, je ne crains pas de le dire, mais que j’ai adoré pour son caractère insolite. J’adore l’insolite, cela me repose parfois, surtout lorsque je n’ai rien à dire. On partait pourtant des réflexions d’Umberto Eco, qui lui-même prenait sa source chez Borges, le roi du labyrinthe. On avait à penser une bibliothèque idéale, sur quel modèle, je ne sais pas. Durant cette « matinée des autres », je me suis contenté de penser à la seule question qui m’a toujours intéressé quand j’entre dans une bibliothèque : comment faire pour voler un bouquin ?
Ma bibliothèque idéale, ce serait celle-là : où l’on met tout en œuvre pour que le contenu incite au vol. Paradoxe ? Nenni. Sans être Eco, ni Borges, je vais tenter d’argumenter mon hypothèse, pour parler comme un métaphysicien que je ne suis pas.
Je devais avoir 11 ans quand j’ai mis les pieds pour la première fois dans une vraie bibliothèque au Togo. J’y accompagnais un ami que son papa avait inscrit, et qui s’adonnait à l’insu du pater au jeu du vol des bandes dessinées. L’exercice était fascinant, vu la rigidité des couvertures des Lucky Luke et autres Blek le Roc. D’abord, l’attirail nécessaire, un boubou (équivalent du manteau en hiver, si l’on avait à s’exercer à Marseille), assez ample pour dissimuler le corps du délit. Puis d’autres astuces, assez précises, que je m’interdis de vous dévoiler, pour préserver le mystère des pratiques de ma corporation. Car, vous l’avez déjà compris, l’ami en question finit par me recruter. Oh, ne faites pas la fine bouche, celui, celle d’entre vous qui n’a jamais volé un bouquin est une paresseuse ou un vantard. Eco oublie (ou fait semblant d’oublier) de le dire dans sa conférence De bibliotheca (1), mais tout écrivain porte en lui les germes du pilleur de bouquins ! Comment en serait-il autrement ?
Transformer le vol en troc culturel
Seulement voilà, voler comporte des risques, pas de l’ordre de ce que vous imaginez. À force de délester les rayonnages des bouquins que l’on désire s’approprier, on appauvrit la poule aux BD d’or. Alors, je me dis, si j’avais été malin, le jour où je cherchais un numéro rare de Tintin, j’eusse eu l’idée d’aller proposer à la directrice de la bibliothèque un plan serré en quatre points pour empêcher à jamais que des petits malins passent par derrière pour chiper les volumes que j’aimais.
Première proposition : transformer radicalement la fonction de la bibliothèque, en faire un lieu où le voleur se perd ! Je parle sous l’autorité doctorale du Professeur Eco, à l’époque je ne l’avais pas encore lu, mais qu’est-ce que nos idées se croisent parfois : « L’on dit que l’un des buts de la bibliothèque est de permettre au public de lire les livres. Mais je crois que par la suite sont nées des bibliothèques dont la fonction était de ne pas faire lire, de cacher, de dissimuler le livre. » (2) Les petites bibliothèques en cela sont désagréables, elles ne sont pas assez dissuasives puisqu’il leur manque d’être assez labyrinthiques et achalandées pour impressionner l’imagination du voleur de BD
Deuxième proposition : surveiller davantage ceux qui portent boubous, puisque l’habit ne fait pas le lecteur. Bon, avec le recul, et après avoir observé des collègues exercer à travers le monde, de Ninive à Samos, en passant par Alexandrie, Chicago et Bamako, je reconnais qu’il y a d’autres techniques de vol sans l’usage du boubou, et je crois même, que cette proposition est contre-productive, puisqu’elle réduit les chances du vrai professionnel d’emporter des opus un peu plus imposants. À défaut de Voltaire, se contenter de Sulitzer ! Pitié !
Troisième proposition :changer les horaires d’ouverture de la bibliothèque de façon à repérer les désœuvrés, terrible corporation au sein de laquelle on dénombre les analphabètes, les ennemis de la lecture, ceux qui font profession de voler les livres pour aller les brader aux bouquinistes. Un vrai voleur, un amoureux des livres collectionne, il ne revend jamais ! « Le pire ennemi de la bibliothèque est l’étudiant qui travaille ; son meilleur ami est l’érudit local, celui qui a une bibliothèque personnelle, qui n’a donc pas besoin de venir à la bibliothèque et qui, à sa mort, lègue tous ses livres » (3)… volés !
Quatrième proposition, et non des moindres : récompenser certains voleurs, particulièrement ceux qui subtilisent les vieux livres – pas vieux dans le sens cunéiforme –, mais trop usagés, trop abîmés, et que les bibliothèques conservent parfois pour se donner un air de respectabilité. Et si le voleur de vieux bouquins participait finalement de la chaîne du financement du livre ? Alors, puisqu’il y a des députés qui doivent servir à quelque, pourquoi ne voteraient-ils pas une loi pour obliger les bibliothèques à offrir, de temps à autre, et à qui en ferait le vœu, les livres impossibles qu’elles ne devraient plus conserver dans leurs rayonnages ?
Ma bibliothèque idéale, donc : où l’on transforme le vol en phénomène qui incite à la réflexion sur un troc culturel possible.
Savez-vous ce qu’elle eût fait alors, après m’avoir écouté, Mme La Bibliothécaire ? Elle eût donné des consignes pour qu’on m’interdît à jamais la fréquentation de sa bibliothèque trop exiguë, même pas le quart de la dimension d’une brique de Babel.
Finalement, à quoi sert une bibliothèque où l’on ne trouverait que des livres qui n’incitent pas au larcin ? Et je ne cite pas de noms, pour ne pas vexer X, Y, Z.
Une bibliothèque pour se remémorer
Je n’arrête plus, depuis, de penser à Marseille. Finalement, peut-être y reviendrais-je, à la rue Thubaneau, précisément. Pourquoi ? Parce que c’est de là qu’est partie l’histoire de La Marseillaise, pas la femme, la chanson, l’hymne, au refrain sanglant comme une machette de génocidaire. « Aux armes, citoyens ! ».
On raconte qu’une guerre souterraine se joue dans le projet de construction de la nouvelle bibliothèque, un projet flanqué d’un nom bizarre comme une pirouette codée de barbouze : BMVR, bibliothèque municipale à vocation régionale ! J’aurais tant aimé assister à la pose de la marquise, à l’entrée de la bibliothèque. Il faut dire qu’on m’a tellement vanté la beauté de l’ouvrage ancien, qu’il était normal que j’en fasse une obsession. Tout m’échappe des arguments des uns et des autres, des prétendues combines immobilières qui voudraient, insensiblement, transformer le visage du quartier Belsunce tout autour de la BMVR. Brrrrrr !
La « guerre » prend souvent de ces biais, qu’au fond, il faut préventivement prôner la vigilance. Au cœur d’un des quartiers les plus animés de Marseille, que faudrait-il de stratégie et d’approche à l’équipe de la BMVR pour gagner le pari de la proximité ? Je pense à mon ami Boualem, à son indifférence réelle vis-à-vis de l’institution (4). Je n’ai pas su lui dire pourquoi la bataille pour s’approprier le livre est le meilleur apprentissage de la mémoire. Le Cymbalum (5), pièce mythique du 16e siècle s’il en fut, raconte comment Mercure, le dieu des Messagers et des Voleurs, envoyé sur Terre par Jupiter pour donner aux hommes le livre où tout est écrit, passé, présent, futur et vérités, se le fait subtiliser par deux docteurs, « sorbonagres évidents », pour reprendre le commentaire éclairé de Jacques Roubaud (6). Il est certain que la confiscation du livre est le reflet exact de la confiscation de la mémoire. D’où la nécessité pour Mercure d’avoir, soit appris le livre par cœur, soit de retrouver les docteurs à tout prix et rendre aux humains la maîtrise de leur destin. Et si le rôle de la bibliothèque était cela, tout bien considéré : suppléer Mercure dans sa tâche, et servir à la fois de lieu de conservation de nos mémoires et d’instrument de remémoration. Au dieu Theuth, inventeur entre autres arts de l’écriture, qui voulait persuader le roi d’Égypte Thamous de communiquer à ses sujets cette invention qui leur apportera mémoire et instruction, que répondit le souverain ? « Cette connaissance aura pour résultat, chez ceux qui l’auront acquise, de rendre leurs âmes oublieuses, parce qu’ils cesseront d’exercer leur mémoire : mettant en effet leur confiance dans l’écrit, c’est du dehors, grâce à des empreintes étrangères, non du dedans et grâce à eux-mêmes qu’ils se remémoreront les choses. Ce n’est donc pas pour la mémoire, c’est pour la remémoration que tu as découvert un remède. » (7)
Notes
1. Umberto Eco, De bibliotheca, conférence prononcée le 10 mars 1981 pour célébrer le 25e anniversaire de l’installation de la Bibliothèque Communale de Milan dans le Palais Sormani. Traduit de l’italien par Éliane Deschamps-Pria, Éditions L’Échoppe, 1986.
2. Umberto Eco, op. cit., p. 15.
3. Umberto Eco, ibid., p. 19.
4. Extrait de dialogue avec mon ami Boualem :
« Alors, Boualem, quand elle sera construite, la biblio, iras-tu faire un saut de temps à autre ?
– T’es fou’quoi ? Ils y mettront même pas des bouquins en arabe.
– Tu liras en tchèque alors ! D’ailleurs, je crois que tu te trompes, la bibliothèque n’est pas un lieu communautaire. C’est Babel. Tu sais, Babel ?
– Oh ça va, tu me prends pour un taré ou quoi ? »
5. Bonaventure Des Périers, Cymbalum Mundi, éd. Peter H. Nurse, Éd. de l’Université de Manchester, 1967 ; Droz, 1983.
6. Jacques Roubaud, Impressions de France. Incursions dans la littérature du premier XVIe siècle (1500-1550), Hatier, Paris, 1991, p. 126.
7. Platon, Phèdre, 274-275. Traduction L. Robin, Paris, Les Belles Lettres, 1993.

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16 Comments Add your own

  • 1. soeur marie-claude  |  juin 5th, 2006 at 12:40

    Mignon, ah Alem, si tu viens dans notre librairie, on te surveillera… tu as raison, mais je ne sais si je dois cautionner le vol des livres dans notre petite librairie…

  • 2. Abdon  |  juin 5th, 2006 at 22:24

    Alors, tu faisais des choses sous le boubou… on en reparlera

  • 3. edwige H  |  juin 5th, 2006 at 22:49

    Désolée de vous faire sortir de la biblio…j’ai pensé à vous en lisant ce papier
    « Edwige-Grâce Madzé Badakou a été élue « Miss World Cup » le 1er juin à Rust, en Allemagne. La jeune Togolaise, 24 ans, représentera son pays lors de diverses manifestations pendant la Coupe du Monde de la FIFA, Allemagne 2006.

    Ancienne « Miss Togo » et « Miss FESPAM » (festival panafricain de musique), la jeune diplômée en finances – 1, 74 m pour 56 kg – a gravi les échelons pour l’emporter face à un jury composé de personnalités du sport et de célébrités. 32 candidates représentaient chaque pays qualifié pour Allemagne 2006, la condition étant d’être née dans le pays ou d’avoir obtenu la citoyenneté et d’avoir entre 18 et 28 ans. Elle devance l’Espagnole Maria Garrido Baez et l’Equatorienne Katty Lopez.

    La lauréate de cette première édition participera à des événements liés à Allemagne 2006 et apparaîtra pendant certains matches. Très croyante, elle compte Å“uvrer pour la paix, l’environnement et les artistes de son pays. Et si « Miss World Cup » portait chance à son équipe nationale ?  »
    http://www.seneweb.com/news/article/2951.php

  • 4. K.A.  |  juin 6th, 2006 at 11:01

    Salut Edwige, apparement ton homonyme aura plus de chance que moi en Allemagne, je te raconte comment j´ai perdu pour le Togo? Ouverture de la coupe du monde en Allemagne par 32 ecrivains, comment raconter sur un clavier sans accent ni signes diacritiques? Pas facile, alors pas du tout… Aucun entraineur avec nous, mais un arbitre fou furieux sifflant tout sauf le jeu; et Tanella Boni de Cote d´Ivoire dansant le coupe decale ou le mapouka, je ne sais, autour du dispositif de table-football, une version amelioree du baby-foot, face au Costa-Rica. Mon Dieu, il fallait le voir pour le croire. Elle a eu un malaise et a du arreter le jeu, sinon on aurait gagne ou on aurait gagne comme dirait Gbagbo Laurent!
    Dans mom match contre la Coree, j´ai marque 2 buts contre mon propre camp et connu la solitude du joueur maudit. Alors pour m´en sortir j´ai propose un bras de fer avec le dramaturge Lee Youn-taek, l´enfoire n´a pas voulu. Resultat du match, 5 buts partout. Bon, j´ai du souffler sur la balle plusieurs fois pour la faire avancer vers le but, cela s´appelle le souffle de Dieu, comme il y avait la main de Dieu avec Maradona. Le reste ne fut pa brillant, j´ai perdu contre la Suisse et la France, malgre les cris d´encouragement de Theo Ananissoh venu specialement de Krefeld soutenir le mauvais joueur que j´etais. La finale fut remportee par l´Italie contre l´Allemagne, est-ce possible sur un terrain autre que celui du baby-foot, avec des ecrivains comme joueurs? La suite nous le dira. Merci Theo, quqnd meme.

  • 5. JFK  |  juin 6th, 2006 at 11:25

    Au fait en lisant ton article, je me suis remémoré la première fois que j’ai mis pied dans une bibliothèque. Ce fut celle du centre culturel français à Lomé (à l’âge de 13 ans). Je me souviens aussi que j’ai plus eu l’envi de retourne avec mes cousines (mais je prenais du plaisir à les demander de revenir avec des BDs pour moi) pour des raisons que je ne mentionnerai pas ici. Je me souviens que j’ai toujours rêvé d’avoir ma biblio à moi (tout comme ton étudiant), toutefois, je n’ai jamais eu la chance ou le courage de me fournir des livres d’une biblio publique. Par contre, je m’en procurais de temps à autres chez les vendeurs de livre (Librairies par terre, comme on le dit à Lomé).
    Quel beau souvenir, j’ai eu tout d’un coup en te lissant.

    En lissant ta correspondance je me suis rendu compte que je ne peux plus me permettre le luxe aujourd’hui d’acheter des livres ici ou je réside actuellement (parce que cela est plus dispendieux). Et pour, me cultiver je me fie à l’Internet.

    J’ai bien adoré ta correspondance, bien que métaphysique je crois qu’elle est à la porté de l’entendement de nous simple lecteurs et curieux du savoir. Si tu veux savoir bientôt je dois me remettre à créer ma biblio personnelle comme j’ai toujours rêvé et je crois les auteurs d’Afrique seront mes préférés.

    Merci de me permettre de croire toujours en ce rêve.

  • 6. Angele Bassole  |  juin 6th, 2006 at 11:27

    Je viens de lire votre chronique, M. Alem et je me permets de réagir pour vous dire que je suis une passionnée de livres, que les endroits où j’aime le plus être sont les bibliothèques et les librairies mais je n’ai jamais ressenti le besoin ou le désir de voler des livres dans une bibliothèque, même étant enfant en Afrique et sans argent (en restant dans l’humour provoquant de votre texte).
    La question que je me pose plutôt quand je suis dans une librairie ou une bibliothèque, c’est : ‘comment je vais pouvoir lire tous ces livres que j’aime? »
    Mon souhait le plus ardent est de pouvoir lire pour mon plaisir simplement tous les livres que je repère. Je ne comprends pas les gens qui barbouillent dans les livres des bibliothèques publiques car je les trouve égoistes de ne pas penser aux autres qui auront besoin de ces livres. Idem pour ceux qui les volent. Idem pour ceux qui les revendent aux bouquinistes.
    Idem pour ceux qui les jettent ou les brûlent.
    Autant j’achète beaucoup de livres, autant , il m’est impossible de m’en séparer en les revendant.
    Ma bibliothèque idéale serait celle où l’on pourrait emprunter des livres dans lesquels d’autres n’auront pas barbouillé, et des livres que l’on retrouve. Car il m’est déjà arrivé de chercher en vain dans des bibliothèques publiques des livres inscrits dans les fichiers mais absents des rayons.
    Le livre est un bien à conserver.

    Au plaisir.

  • 7. Abdon  |  juin 6th, 2006 at 12:29

    Elle est belle la miss WorldCup, Alem sur quelle rayon de ta biblio tu la classerais?

  • 8. Sandrine  |  juin 7th, 2006 at 13:44

    Ah la métaphysique, source de tout ce qui est physique.
    Le visible est à l’invisible ce que l’ongle est au corps
    Je ferai mieux de dire « l’infiniment petit » à l’ « infiniment grand »
    Une amie est allée samedi dernier en Provence à une manifestation intitulée Mystère Esotérisme et cinéma, on y évidemment bcp parlé d’Umberto Eco
    Elle m’a parlé d’un livre
    A voir, je vous en reparlerai éventuellement
    Oui il se passe de belles choses à Marseille et en France
    Bonne journée à tous
    Sandrine

    J’aurais bien aimé vous copier l’image de l’affiche
    Je n’y arrive pas
    Je vous donne le lien d’une BIBLIOTHEQUE

  • 9. Sandrine  |  juin 7th, 2006 at 13:45

    Le lien :
    bibdepuyloubier.blogspot.com/ 2006/05/mystre-esotrisme-et-cinma.html – 17k -

  • 10. Sandrine  |  juin 7th, 2006 at 13:46

    http://bibdepuyloubier.blogspot.com/2006/05/mystre-esotrisme-et-cinma.html

  • 11. théo  |  juin 7th, 2006 at 23:31

    Kangni, dans ta réponse à Edwige, tu ne dis pas tout. Non, tu n’as pas « perdu pour le Togo » à Mülheim. Le lendemain, lors de la vraie finale, celle des Lettres, tu a commis un exploit. Chers amis, j’ai vu et entendu Kangni Alem lire un passage de « Fin de partie » de Samuel Beckett en… éwé (mina), notre langue maternelle. Traduction faite en direct sous nos yeux. Une langue maternelle est une langue maternelle ; j’ai ressenti un frisson. Le représentant du Ghana est venu le saluer, ainsi que ceux de l’Arabie saoudite et de la… France. Le respect auquel aspirent les Africains est si à portée de la main…
    En Suisse, l’année dernière, au terme d’une soirée littéraire, un prof (Suisse) de lettres à l’université est venu vers moi et m’a demandé : Pourquoi n’écrivez-vous pas dans votre langue maternelle ? Il a interrompu les traditionnelles explications que nous aimons donner tous, les Africains. Il a secoué la tête et a dit, le sourire sceptique : « Vous ne pouvez pas avoir un argument valable à ce sujet. » Kangni, en te quittant après le restaurant, j’ai pensé à cet homme. Tu as confirmé ce qu’il a dit.
    Au fait, et si la bibliothèque idéale était celle dont on hérite à travers sa langue maternelle ?

  • 12. Richard  |  juin 8th, 2006 at 0:18

    Woao! traduire Beckett en Mina et en direct. L’exploit vaut le détour. J’aurais voulu voir ca. moi qui ne suis même pas capable de traduire une phrase de Zembla en mina, alors vous imaginez Beckett. Je comprends ce qu’a pu ressentir le représentant ghanéen, lui qui doit avoir à peu près la même maîtrise littéraire que moi dans sa langue maternelle, et le respect des participants cités par Théo. Je lance un défi à tous les écrivains qui passent sur ce blog: écrire un texte de 500 mots sur l’exil dans une langue africaine et le publier ici. Pour les menteurs qui inventeraientt une langue, croyant qu’on ne le saura pas, il y aura toujours quelqu’un pour les démasquer. A vos plûmes, partez! Quant à cette histoire de l’écrivain africain qui n’écrit pas dans sa langue maternelle, j’ai découvert un jour que la question était souvent posée pour faire comprendre à l’intéressé que la colonisation a eu du bon, en lui permettant de se faire comprendre par les autres peuples africains dans une langue commune, fusse-t-elle étrangère. Alors, vaut mieux ne pas trop s’attarder là-dessus.

  • 13. Zik  |  juin 8th, 2006 at 2:24

    Dommage que je n’ai pas beaucoup de temps en ce moment. Mais ce qu’a dit ce prof Suisse est ce que s’evertue a faire comprendre aux Africains le pauvre Ngugi wa Thiong’o. Mais comme nous souffrons tous (a des degres differents) de mimetisme de l’occident, nous traitons le pauvre Ngugi d’idealiste fou. Un jour peut etre, nous comprendrons…

  • 14. Zik  |  juin 8th, 2006 at 2:42

    Pas si vite Richard! Avant la colonisation, il y a avait des langua Franca en Afrique qui permettaient aux Africains ayant des contacts, de communiquer e tre eux. C’est le cas du Swahili qui est parle du Kenya a l’est en Zambie au Sud, en passant par la RDC, le Burundi et le Rwanda. Pourtant, ces peuples qui communiquent en Swahili ont souvent leur propre langue maternelle. Dans la region de l’Afrique Australe, le Zulu a servi de langua Franca bien avant la conquete coloniale. Donc, l’argument que les Africains ne communiquaient pas entre differentes ethnies est, pour parler comme les Americains, « BOGUS ».

  • 15. Richard  |  juin 8th, 2006 at 16:03

    Justement, Zik! En voulant faire croire aux Africains que la langue du colonisateur leur a permis de se comprendre, les tenants de cette thèse tentent d’ignorer cette réalité que tu as si bien décrite et qui existait dans de nombreux coins d’Afrique, ou alors ils tentent d’en minimiser la portée pour faire ressortir le rôle positif de la colonisation (sic)!

  • 16. Timba Bema  |  juin 8th, 2006 at 16:29

    Je vends les Congo à un franc symbolique, qui est preneur?

    Offre valable avant la clôture de la bourse des valeurs mobilières de Tombouctou.

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