Colloque UE-ACP(2) : le financement de la culture en question

avril 6th, 2009

logo-culture-devLe ministre ivoirien de la Culture et de la Francophonie rappelle à bon escient la fameuse recommandation de l’Unesco à tous les pays ACP : consacrer au moins 1% du budget national à la culture ! En Afrique, combien de pays y parviennent ? L’Afrique du Sud, le Bénin ? Combien ont mis en place un statut de l’artiste, pour commencer par là ? Le Burkina-Faso ? Et quid des lieux de travail pour les artistes (salles de spectacles, musées, conservatoires, écoles de formation…) ? Mais dans l’autre sens, combien d’artistes développent un rapport aux espaces publics, surtout nos artistes visuels ? Quant aux journalistes culturels censés être les relais efficaces des artistes et créateurs, ils sont le cache-misère de la profession en Afrique. Quant au mécénat !

De façon générale, je suis d’accord avec Jens K. Rasmussen, directeur du Centre Culturel pour le Développement du Danemark, lequel doute que la culture soit une priorité quel que soit le pays, devant les questions d’éducation, de sécurité ou de social… Partout, il faut convaincre. Mettre ensemble, comme le dit le ministre ivoirien, plusieurs ministères ne suffit pas, il faut une réelle volonté politique pour faire de la culture aussi une priorité, à un instant « t » de la vie d’une nation (ou d’n Etat), et les arguments pour convaincre le politique, nous ne les avons pas souvent. Pour J.K. Rasmussen, il faut créer ce qu’il appelle des « demonstrative effects » pour convaincre les décideurs quels qu’ils soient. Et de rappeler de se souvenir, à cet effet, de l’impact du drapeau national sur le citoyen d’un pays où qu’il se trouve dans le monde. La culture d’un pays devrait avoir le même effet sur le politique que le drapeau national.

Le partenariat public-privé en Afrique du Sud, tel que l’explique Sikkie Kajee, Président de Business and Arts of South Africa (BASA), confirme l’idée que seule la volonté peut faire de la culture un business. Le Basa est privé, mais participe au financement de projets culturels publics et privés. Il fonctionne aussi par une collecte régulière d’informations pour convaincre les sponsors et forme les artistes à s’adapter aux évolutions dans leurs disciplines. Quelque part, cela signifie qu’il faut des passerelles fiables entre le public et le privé, et pour Paul Van Paaschen, directeur du Fonds Hivos des Pays-Bas, quoi de mieux que les fondations pour jouer ce rôle tampon ! L’allusion aux fondations m’a fait sourire, car c’est exactement ce que je m’évertue à expliquer au Togo, régulièrement, à certains anciens ministres et autres cadres fortunés possédant un carnet d’adresses monstre : créer des fondations, comme l’a fait l’artiste de la chanson King Mensah, pour aider les artistes à sortir de l’attente que l’Etat viendra à leur secours !

Mais, quelle que soit la structure, fonds publics, fonds privés, fonds mixtes, fondations privése ou publiques, le constat reste le même : sans l’implication des Etats (juridiquement, structurellement et financièrement), rien de durable ne peut être envisagé en terme de développement culturel. Et donc, on retombe sur nos pattes , du moins pour ce qui concerne l’Afrique, il faut marteler l’évidence, eu égard aux vrais centre de décisions, que la culture peut devenir un véritable chantier présidentiel, et aussi se dire la vérité que les Etats africains, tous sans exception, se doivent de créer urgemment des Fonds d’aide à la Culture pour éviter la trop longue dépendance, que fustige Etienne Minoungou, des artistes africains vis-à-vis des subventions internationales.

Entry Filed under: ARTICLES

5 Comments Add your own

  • 1. Gerry  |  avril 6th, 2009 at 2:00

    Trop content d’être le premier à laisser un com sur ce ton billet.
    Je voudrais d’abord te remercier de ton passage sur mon blog. J’ai été fier comme un peul en découvrant ton passage. Pourquoi ne pas constituer un répertoire des blogs togolais. je pourrais créer une page (voir créer un mini-site) et toi, avec ton effet aspirateur, tu te chargeras de ferrer tous les blogeurs. Enfin, tu me diras.
    Très belle réflexion, qui, comme la plus part de tes réflexions, coupe l’herbe sous les pieds du prétendant à la critique. (GRRRR)
    Ma seule question est celle-ci. Pourquoi tu ne la créées pas, cette fondation? Je pense que tu en as l’étoffe.
    Tiens, pendant que j’y pense, mon premier roman sort en fin du mois chez l’Harmattan. J’aimerais bien savoir où tu es en ce moment pour t’en vendre un. (Je sais que toi au moins, tu l’achèteras).
    Pour être sérieux, je serai curieux de savoir ce que tu en penses.
    Et vivement la fondation K.A.

  • 2. Gerry  |  avril 6th, 2009 at 2:14

    Et de deux, pour une soirée, juste pour remarqué que le lien vers mon blog avait était mauvais (sur mon premier post) mais qu’il reste toujours
    Bonne soirée.

  • 3. K.A.  |  avril 6th, 2009 at 8:11

    Gerry,
    je ne sais même plus par quel hasard motivé j’ai découvert ton blog. La toile est vaste, et puisque je déteste de plus en plus les paroles collectives ou anonymes, j’ai été heureux de lire un Togolais qui les a bien accrochées! Ton initiative est louable, il faut créer la blogosphère togolaise, pour éviter la dispersion. C’est ce que nous pensons faire, mon administrateur Sena et moi, avec le portail de Togopages:
    http://togopages.net/portail/index.html
    Jettes-y un coup d’oeil et on pourra en reparler. Tous ceux qui n’ont pas le temps de gérer un blog peuvent en confier la gestion à l’administrateur de togopages, encore faudrait-il que les gens parlent, écrivent, osent écrire, car tu connais ton peuple, ça parle beaucoup mais laisse si peu de traces écrites. Voilà. Quant à ton roman, tu sais je l’achèterai et le lirai, si tu es à Lomé, le plus simple serait qu’on se rencontre, et pour cela, il n’y a pas de mystère: on se communique nos contacts par mèls et cela finira par se faire. Laisse-moi alors un message perso en allant dans la rubrique « mèl » du blog et le tour sera joué.
    Quant à la Fondation, tu me flattes, ça me fait penser à Wole Soyinka racontant dans son dernier mémoire tous les pouvoirs que les Nigérians se sont mis à lui prêter depuis qu’il est devenu Prix Nobel. Je vais y penser, dans la mesure de mes pouvoirs, car tout est question de pouvoir aussi, une fois que la volonté est affichée.
    A suivre, toujours!

  • 4. Gerry  |  avril 6th, 2009 at 10:00

    Je ne m’explique pas pourquoi le phénomène blog n’a pas pris dans notre pays, alors que nous passions (à l’imparfait dans le texte) pour des champions d’internet. J’ai fait un commentaire sur le sujet ici, sur l’atelier des médias.
    Ok, faut que je m’arrache de ce blog pour gagner ma pitance.
    Bonne journée.

  • 5. Aimé  |  avril 6th, 2009 at 12:57

    K.A., je te rejoins. La culture chantier présidentiel, deux plasticiens togolais ont ouvert le débat sur le magazine Focus Info, numéro 14, Février 2009, on peut télécharger gratuitement le numéro et lire les points de vue.
    http://www.focusinfos.com/index.php?option=com_docman&task=doc_download&gid=60&Itemid=67
    Merci de secouer nos cerveaux habitués aux fausses évidences, frère.

Quitter le commentaire

Obligatoire

Obligatoire, hidden

HTML autorisé:
<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Subscribe to the comments via RSS Feed


Une sélection de la
blogosphére

Articles Récents