Un « tigre » à l’heure des bilans: Wole Soyinka

juin 23rd, 2006

« I am, contrary to all legitimately cited evidence … actually a closet glutton for tranquillity. An oft-quoted remark of mine — ‘Justice is the first condition of humanity’ — does, however, act constantly against the fulfillment of that craving for peace. »W.S
Alemsoyinka81.jpgSoyinka_2005.jpgEn Avril 2005, lors du Salon du Livre et de la Presse de Genève, j’avais conduit, pendant une heure, un entretien avec Wole Soyinka, l’homme que j’ai toujours considéré, à titre personnel, comme le dramaturge le plus politisé et le plus inventif des lettres africaines. Plus tard, pendant la signature de ses livres, son ami Christian Salmon, ancien président du défunt Parlement International des Ecrivains, « charria » Soyinka sur le caractère un peu décousu de son livre paru chez Actes Sud, Climat de peur, ce que l’intéressé lui-même reconnaissait, promettant de se racheter s’il écrivait un jour ses mémoires. Candide, je lui avais alors demandé: « Je croyais que vous les aviez déjà écrit, vos mémoires », allusion bien sûr à quelques-uns de ses titres comme Aké…, Ibadan… Pour Soyinka, la réponse était simple: à chaque étape de sa vie, chaque livre lui permettrait de faire le bilan de son parcours intellectuel et artistique.Le nouveau livre du Prix Nobel de Littérature 1986, You must set forth at dawn, s’inscrit dans cette logique de la halte et de la rétrospection. Plus que les doutes sur certains de ses choix esthétiques et l’impact de ses pièces de théâtre ou de sa poésie, Soyinka réfléchit beaucoup ici à la question difficile pour un intellectuel de faire toujours les bons choix dans un environnement politique dégradé. Entre la tentation pacifiste à la Ghandi ou la fureur à la Pol Pot, le choix, selon lui, dépendrait aussi en grande partie des adversaires qu’on a en face de soi. Ainsi, par exemple, comment combattre un Sani Abacha, général sadique qui terrorisa délibérément le Nigeria, de 1993 jusqu’à la date de sa mystérieuse mort en 1998? La figure d’Abacha traverse les pages de ces « mémoires », et permet à Soyinka de dessiner les contours de ce qu’il appelle, de son humour féroce, « the Nigerian killer factor »: un mélange de suspicion pour la pensée critique dans une société contrôlée par des fous, et je suis pudique, puisque je sous-traduis la définition exacte: »the stressful bane of the mere act of critical thought within a society where power and control remain the playthings of imbeciles, psychopaths, and predators »!Homme de convictions et de grandes batailles (politiques, inetellectuelles), celui que l’on surnomme le « tigre » depuis sa critique du concept de la Négritude, étale ses doutes parfois et donne une autre image de lui, celui d’un intellecuel bouillant mais profondément pacifiste. Ainsi, lorqu’il raconte et problématise les conclusions de ses efforts personnels (positifs, quand même!) pour ramener la paix entre Nelson Mandela, et le chef du Kwa’Zulu Natal , Buthelezi, on le surprend confus en pleine découverte d’un scénario et d’une réalité plus compliqués que tout ce que les médias du monde avaient l’habitude de nous servir.
Parfois, on le sent désespéré, mais jamais désabusé, comme si le refus du déni de justice restait le seul impératif catégorique qui maintienne en éveil sa pensée et sa capacité de réaction. Lire ou relire Soyinka, l’exercice laisse toujours dans la mémoire du lecteur l’impression de côtoyer un homme d’une vigueur de pensée et d’une lucidité à toute épreuve.
Le lecteur de ce blog intéressé par la découverte de la complexité de l’oeuvre et de la personnalité de Soyinka, lira avec profit l’impressionnante et parfois méchante (?) biographie critique que lui a consacrée l’universitaire Biodun Jeyifo (Cornell University). Le titre? WOLE SOYINKA. POLITICS, POETICS AND POSTCOLONIALISM (Cambridge University Press, 2004).
Wole Soyinka, You must Soyinka_1.jpgjeyifo_0.jpgset forth at dawn, Random House, 528 p, $26.95.

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10 Comments Add your own

  • 1. Zik  |  juin 23rd, 2006 at 16:05

    Les photos sont trop petites. On arrive mal a en distinguer le contenu. Serait-il possible de nous permettre de cliquer sur les photos pour agrandissement?

  • 2. Franck  |  juin 23rd, 2006 at 16:59

    Alem,
    Je retourne à New York bientôt et je pourrai me replonger dans la lecture du romancier Soyinka que je connais le plus. Le dramaturge un peu moins. De mémoire je ne peux citer que deux de ses pièces: le Lion et la Perle et les Tribulations du frère Jéro (je ne suis même pas sûr de l’orthographe). Des livres, je les ais dévorés ; Aké, les années d’enfance, Une saison d’anomie, vrai régal. Isara, qui m’a rappelé l’art narratif de mon enfance à Lomé quand nous disions des contes le soir au temps où il n’y avait pas encore la télé.
    Nostalgie quand tu nous tiens.

  • 3. A.K.  |  juin 23rd, 2006 at 17:24

    Franck, quand tu redeviendras bientôt « an Englishman in New-York » (Sting), fais ta piqûre de rappel des pièces de Soyinka : Un sang fort, son adaptation des Bacchantes d’Oedipe, Kongi Harvest (satire d’Idi Amin Dada)… la biblio théâtre de Soyinka est facile à établir, lis tout, dans l’original, car la traduction en français est un désastre, à l’instar de celle de LA ROUTE. Bon, le poète n’en est pas moins une perle, mais je ne suis pas sûr de mon jugement poétique, il eût falllu l’avis de mon ami Gabriel Okoundji qui passe son temps à me rappeler mon inculture en poésie.

  • 4. A.K.  |  juin 23rd, 2006 at 17:39

    Zik, sois indulgent, je vais demander à l’administrateur du blog de corriger mes erreurs!

  • 5. Abdon  |  juin 23rd, 2006 at 18:19

    Je me souviens d’un numéro de Newsweek révélant comment la CIA s’était servie des prostituées indinnes dont raffolait Abacha pour l’empoisonner au Viagra « amélioré ». Il a du poids, Soyinka, il nous en faudrait des dizaines comme cela.

  • 6. Zik  |  juin 24th, 2006 at 3:12

    Salut A.K.,

    Je n’etais pas impatient, c’etait seulement une suggestion car je voulais pouvoir lire ce qui etait ecrit sur les couvertures des ouvrages de Soyinka. Je sais que vous faites de votre mieux, et vous tire mon chapeau.

  • 7. K.A.  |  juin 24th, 2006 at 8:03

    LES BACCHANTES d’Euripide, bien sûr, manque de vitamines au cerveau.

  • 8. jmdevesa  |  juin 24th, 2006 at 12:56

    « The tiger does not stalk about crying his tigritude » (Wole Soyinka).
    Sourire, JM.

  • 9. Mayombe82  |  juin 24th, 2006 at 18:01

    Une anecdote me revient en mémoire concernant cet auteur en effet très engagé. Cela se passe à l’aéroport de Roissy Charles de Gaule. Un flic interroge notre Vieux Tigre avec sa broussaille sur la tête. Il lui demande s’il vient demander l’asile politique au pays du vin et du fromage. Wolé sourit et J.-P. Ngoupandé (paraît-il) lui dit qu’il ferait mieux de laisser le vieil homme tranquille car il n’est que de transit. Face à l’excès de zèle et à l’étalage d’ignorance du flic, Ngoupandé ajoute que c’est un Prix Nobel de littérature qu’il a en face de lui. Le flic changea de figure. @+, M82

  • 10. Bebou  |  juillet 7th, 2006 at 17:12

    L’image de l’homme est un tapis lourde.

    Quand tu garde le respect de ta peau ,personne ne parlera.

    L’identité est un copie,mais le sang ne changera pas l’image.

    L’amour de chacun á difference de ton,.Il est beau de comprendre….Merci,Chercher et faire avec….Penser toujour á l’afrique qui vous donne tous dèpuis ……………………………..des siècles,elle reste bonne dans le noire,mais blanche……….Beboucool…………………..un enfant oú l’argent……tener,le vent souffle…..A-vous

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