Tant que Mugabe vivra…
juin 15th, 2008
Pourquoi donc est-il si difficile, aux anciens chefs de guerre, d’accepter de perdre dans un combat électoral ? Quel argument est-ce, celui de Mugabe, lequel ne s’estime « pas trop vieux » pour passer la main ? Comme si c’était sa vieillesse ou sa jeunesse qui était en cause, mais sa fin de règne difficile, chaotique, appauvrissant pour ce pays pour lequel il s’est battu, c’est vrai, pour l’arracher des mains du colon britannique. « Tant que je serai en vie, l’opposition ne gouvernera pas le Zimbabwe ». Il y a vraiment de quoi désespérer parfois de ce continent !
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56 Comments Add your own
1. Alex | juin 16th, 2008 at 7:15
C’est un problème complexe KA, très complexe. L’alternance apparaît comme la seule voie d’ouverture vers une société démocratique. Mais il se pose avec la même acuité la méthode, la manière et la texture des remplaçants. L’environnement international avec sa justice sélective n’arrange pas les choses. Pas facile.
2. Eloi | juin 16th, 2008 at 9:13
Alem, Otchan lo ! Tu voudrais qu’il parte pour aller où?
Quand on tue un serpent, on lui coupe la tête, non?
Laisse papa Mugabe achever son œuvre de (Mu)gabegie.
Le nom MUGABE semble être une apocope éwé: MUGABEMADZOLEAZIKPEADZIO (Ne me dis pas de quitter le pouvoir).
Entre parenthèses, a-t-il un fils dans la politique? Huumm !!!
3. Alex | juin 16th, 2008 at 9:54
Pire. L’opinion dite internationale « comprend » ces choses là. On comprend que ces chefs, pères des Nations, veuillent rester sur leur trône et rechignent à laisser le pouvoir aux « aventuriers » (l’opposition dont les membres sont loin d’être tous vertueux). La terre comme le trône n’appartient-il pas à celui qui l’occupe premièrement, durablement. L’occident comprend aussi que les Africains, respectant leur « culture ancestrale », boudent les républiques dont les ressorts sont trop complexes pour eux, les paresseux, les danseurs, les voleurs.et les…niais.
Dans un film sur l’Abolition de l’esclavage, Un opposant convaincu que les Nègres ne savent pas que faire de la liberté raconte ; « j’ai demandé à mon esclavage ce qu’il ferait s’il est affranchi. Ce dernier gratte la tête et répond « missié, moi aussi je vais prendre des esclaves !! » L’auditoire a ri, oui ils ont ri des nègres.
Aussi longtemps que ces gens là mettront le nez dans nos affaires, la race des MUGABE ne va pas s’éteindre demain.
4. koko | juin 16th, 2008 at 11:20
oh!! FO Kangni,
ce n’est pas facile d’etre président et de se retrouver un de ces quatre matins ,citoyen ordinaire pour les africains sans privilèges et le train de vie qui va avec. alors on agite le spectre de la guerre civile ou des pseudo imperialistes occidentaux pour s’accrocher comme des sangsues au pouvoir !!!!!
fio dudu vivina !!!!!!
5. Zik | juin 16th, 2008 at 14:30
K.A., mon texte sur mon sejour au Portugal est presque pret. Comment vous le faire parvenir?
6. K.A. | juin 16th, 2008 at 14:54
Zik, regarde dans la rubrique mèl du blog, tu y trouveras une adresse fiable. A te lire, au moins ce sera l’occasion à chacun de raconter comment il s’est fait voler dans les hôtels du monde. As-tu au moins retrouvé tes effets volés?
7. K.A. | juin 16th, 2008 at 14:55
Et cesse de me vouvoyer, sinon je te fais voler tes derniers effets!
8. Eloi | juin 16th, 2008 at 14:58
Alex, j’ai beaucoup apprécié l’anecdote du film sur l’esclavage.
J’ajouterai qu’aujourd’hui, un bateau négrier amarré sur nos côtes n’aurait pas assez de places pour les candidats-esclaves.
A qui la faute?
9. Paul Archer | juin 16th, 2008 at 15:02
Alex, je ne suis pas d’accord avec toi sur le sujet de l’alternance. Les alternances en Afrique sont mal pensées, c’est peut-être là le vrai poblème de la démocratie en Afrique: ouvrir un vrai débat sur la question des alternances. Un jour, je l’espère, on en viendra à comprendre que ce qui faitla démocratie, d’abord, ce sont les institutions. les monarchies constituelles ne pratiquent pas l’alternance au sommet de la même manière, mais elles semblent plus viables que les républiques alternatistes simples. C’est un immense sujet, je sais.
Cela ne veut pas dire que je cautionne Mugabe, loin de là!
10. Togohotel | juin 16th, 2008 at 15:11
Faites vos offres !
Ti-Brava est en vente. Prix de base 12 milliards. Qui dit mieux ?
11. Vigi | juin 16th, 2008 at 15:36
Alex, les Africains n’ont jamais boudé la république (respublica, chose publique).
Par ailleurs, entre nous, « ces gens-là » ne mettent pas le nez dans nos affaires. Ils y mettent… LA BOUCHE !
12. Zik | juin 16th, 2008 at 16:53
K.A, non on ne m’a jamais retourné mes effets. Mais j’ai reçu à la veille de mon départ une note de la direction de l’hôtel qui me souhaitait un bon retour. En fin de compte nous avons passé un agréable séjour au Portugal dont j’essaierais de traduire avec fidélité dans mon courrier à venir. Le seul hic c’est que m’étant fait délester de mon appareil photo, j’ai été contraint d’utiliser mon téléphone portable pour faire des photos dont la qualité est malheureusement en dessous de mes espérances. Mais on fera avec. Je métrais les dernière touches a mon récit ce soir en t’enverrais le document.
13. Alex | juin 16th, 2008 at 18:24
Paul, on dit la même chose. J’ai parlé de manière, de méthode, de texture et attiré l’attention sur la complexité du problème. En tout cas suis d’accord avec toi qu’il faille penser ou repenser les institutions. Seulement je me demande comment stopper les coups d’état, hein ? En CI de Gbagbo, les chefs rebelles ont signé des contracts de millions de dollars avant même qu’ils aient pris Bouaké et diviser la CI en deux!! Comment comprendre cela? Fallait il enlever Gbagbo au nom de l’alternance alors qu’il sait ce qui se passe avec les Firmes multinationales? Doit il laisser les businessmen prendre tout le pays et le piller? Parce que il faut faire la démocratie…selon l’occident. Et lui même Gbagbo qui l’a oint ?Le choix n’est pas évident.
Vigi, ce n’est pas moi qui le pense. Et puis vraiment dans les régimes monarchisant actuels, la res publica ressemble à quoi ?
14. Alex | juin 17th, 2008 at 7:15
« Allons philip, ne soyez pas naïf ! Vous avez vécu à Alger comme moi. Vous les connaissez. Ce sont tous des braillards. il n’ya qu’à laisser brailler ! Quand aux militaires, je me tiendrai tranquille le temps que les chefs se dévorent entre eux. De ce qu’il restera, je ferai ce que je voudrai avec des promotions et des décorations.
15. Alex | juin 17th, 2008 at 7:16
C’est de charles de Gaulle.
16. Alex | juin 17th, 2008 at 7:17
CHARLES de GAULLE, président de la france libre
17. Gangoueus | juin 17th, 2008 at 11:30
Ce débat est très intéressant et je partage le point de vue de l’intervenant qui a porté son regard sur l’aspect structurel du pouvoir en Afrique.
En effet, la construction de démocraties à l’image des pouvoirs occidentaux est un copier-coller puéril qui ne tient pas compte de nombreux paramètres dont l’un, majeur, est la dimension ethnique sinon régionaliste qui est un subside des états précoloniaux morcelés dans les nouvelles frontières issus de la conférence de Berlin. Pour faire simple un kongo au Congo Brazza aura du mal à se reconnaître ou du moins d’être en phase avec le pouvoir mbochi, idem pour un akan à l’endroit d’un bété au pouvoir en Côte d’Ivoire. La résultante de ce phénomène est un multipartisme ethnique où parfois le mérite ou la compétence n’est pas recherché.
On parlait de texture des prétendants à l’alternance. Mais le peuple est-il lucide, est-il à même les miasmes ethniques?
Nos états – pour la majorité d’entre eux – ne sont pas des nations mais des constellations de petites nations (que nous appelons péjorativement tribus).
Les nouvelles institutions doivent prendre en compte ce paramètre dans leur structure. Les observateurs de la société sud-africaine peuvent constater que Jacob Zuma construit sa légitimité en s’appuyant sur le groupe de populations dont il est issu, à savoir les zoulous. La meilleure parade à ce genre de situations serait un pouvoir collégial un peu comme en Suisse où, si je ne montre pas, la présidence du collège tourne tous les deux ans. Ce genre d’institutions où tous les cantons sont représentés a le mérite d’écraser les égos surdimensionnés (à la Mugabé) et
obligent à l’élaboration partagée de la vision de développement d’un pays dans un climat de confiance. Les manipulations extérieures pourraient ainsi être réduites pour les états au sous-sol riche.
A chaque communauté d’élire ses meilleurs éléments…
18. Gangoueus | juin 17th, 2008 at 11:34
Mais le peuple est-il lucide? Est-il à même de désigner ses dirigeants en dépassant les miasmes ethniques?
19. Théo | juin 17th, 2008 at 12:57
Salut, K.A. Je t’ai taggué dans le cadre d’une opération simple : dire en trois lignes au plus ce qu’Obama t’inspire en tant qu’Africain. Tu peux le faire sur mon blog sur Ivoire-Blog en commentaires, sur ton blog ou par mail.
Viens déjà voir mes “trois lignes” sur mon blog. Merci. Théo.
20. Zik | juin 17th, 2008 at 15:44
Gangoueus,
Non, je ne pense pas que le problème ethnique soit aussi definitif que ca. Les exemples que vous donnez ont été aussi de mises en Europe. Dans un pays comme la France, jusqu’a récemment, un Breton était bien distinct d’un Alsacien, et encore plus loin d’un Normand; et ne parlons même pas des Corses. En Allemagne, les Bavarois ont été un people distinct. Mes au fil du temps ces forces de distinction se sont dissoutes face a un pouvoir fédérateur central et fort. Il ya la des leçons pour l’Afrique. Un jour aussi, espérons dans un future assez proche, dans un même pays Africain, les peuples dont les ancêtres sont venus d’ailleurs ne seront plus considérés comme des allochtones, des étrangers qui viennent prendre notre pain, manioc ou banane…
21. sami | juin 17th, 2008 at 16:43
Zik, en France tout cela est passé par une langue, une éducation nationale dans la même langue imposée à coups de fouet, et la transmission des mêmes éléments fédérateurs, des mêmes symboles constitutifs de l’identité, donc l’écrasement ou la relativisation des identités particulières. Du coup, même si des particularismes régionaux existent en France, ils ne menacent pas l’identité nationale (le problème corse étant légèrement différent). Mais quand tu prends l’Espagne, c’est un autre problème. Les catalans, les castillans, les basques…, les identités régionales sont très fortes. La Belgique se scindera peut-être sous peu en deux. Mais dans tous ces cas-là, chaque région a au moins en commun une langue comme élément fédérateur, comme base de son identité, une langue que tout le monde parle, avec laquelle il acquiert des connaissances ou de l’instruction (le taux d’analphabétisme est sinon nul du moins très marginal). Dans le cas des pays africains, on peut dire ce qu’on veut, tant qu’il y aura autant d’illétrisme, d’analphabétisme, on ne peut fabriquer des nations. Les « tribus » ou « ethnies » sont plus fortes partout que les autres ensembles. L’idée même du pays ne signifie pas grand-chose pour beaucoup de personnes, encore moins celle de nation. Même l’idée de citoyen me semble à y regarder de près très abusive. La citoyenneté ne se décrète pas, elle se fabrique. Lorsqu’on parle de langue, certains citent l’exemple du Rwanda ou du Burundi où tout le monde parle la même langue, mais où on a connu ce qu’on a connu. On oublie que la langue avec laquelle ces pays fabriquent ou tentent de fabriquer la nation et la citoyenneté n’est pas celle de tout le monde, mais le français, donc la langue de la minorité. Et souvent cette minorité au sein de laquelle des fractions se disputent le pouvoir ne peut avoir de légitimité qu’en s’appuyant sur ce qui nie la nation et la citoyenneté: l’ethnie ou la tribu (les termes sont impropres, mais nous n’en avons pas d’autres en français, hélas!) On le voit très bien: quand on parle d’opposition, dans beaucoup de nos pays, cela correspond à des découpages ethniques bien précis. Il n’y a pas de démocratie en réalité pour des ensemble où l’écrasante majorité ne peut même juste en théorie prendre part au débat, analyser les différentes offres politiques. On souhaite des alternances tout en ayant conscience que cela peut aussi ouvrir la voie à des aventures dont personne ne peut prévoir les conséquences. Après Mugabe, personne ne sait ce qu’il adviendra du Zimbabwe. Ce n’est pour autant qu’il est souhaitable que Robert meure sur son trône. Ah, quelle malchance pour lui! Si quelqu’un avait eu la bonne idée de l’assassiner après qu’il avait lutté contre les colons, il aurait figuré aujourd’hui sur la liste de nos héros (tout le monde ne peut être Mandela, tout le monde n’a pas pris le pouvoir après plus de vingt ans passés en prison, et tout le monde n’a pas la sagesse de se méfier du pouvoir, cette gangrène à laquelle on n’échappe réellement dans certains cas de figure que grâce à la mort violence. Lumumba et Sankara auraient peut-être déjà cessé d’être nos héros depuis longtemps s’ils avaient eu le malheur de diriger pendant des décennies leur pays respectif. Au nom de la révolution, ils n’auraient pas forcément admis l’idée d’une alternance).
22. Gangoueus | juin 17th, 2008 at 16:52
Bonjour Zik,
Les exemples que tu prends sur la France sont très intéressants. Car dans ce pays, les particularismes régionaux ont été écrasés en même temps que l’installation de la république (à la fin du 19è siècle). La lutte des instituteurs contre les langues régionales a permis le triomphe d’un état relativement homogène qu’est la France actuelle. C’est ce qui explique en partie que le débat d’idée n’est pas floué par des considérations subjectives : Chirac ou plus récemment Sarkozy ont été élus sur la base d’un positionnement idéologique conservateur relativement clair. L’émergence de nouvelles communautés dites post-coloniales dans le giron français ainsi que les poussées régionalistes devraient à moyen terme remettre en cause cette lecture saine du débat politique en Hexagone.
Transposer le modèle français culturellement homogène dans nos états africains relève d’une noyade avant l’heure de nos états pluri-ethniques.
Le cas bavarois est à analyser dans le contexte de l’état fédéral qu’est l’Allemagne. On est loin du jacobinisme français où tout se décide à Paris (enfin jusqu’à présent).
Le système des lands (ers?) allemands déjà tient beaucoup plus compte des différentes aires culturelles de ce pays.
Démocrates-chrétiens et socio-démocrates s’affrontent donc dans ces lands et dépassent ce cadre pour l’élection de l’assemblée nationale.
Ton voeu ne trouvera sa réalisation que lorsque les institutions politiques de nos pays tiendront compte de tous ces paramètres facteur de frustration et surtout qui empêchent l’émergence d’une conscience collective qui dépasse le cadre de nos funestes états pré-coloniaux…
23. Gangoueus | juin 17th, 2008 at 16:58
Bonjour Sami,
J’ai écrit mon message en même temps que le tien. Je partage complêtement ton analyse.
24. Alex | juin 17th, 2008 at 17:32
Faites le lien :
En 45
« seul le peuple est souverain. en attendant qu’il soit en mesure d’exprimer sa volonté, j’ai pris sur moi de le conduire »
En 68
« Où est le peuple, Les français sont des veaux, c’est fait pour être bouffé ! qu’est ce que je fais à la tête des veaux , je ferais mieux de rentrer chez moi pour écrire mes Mémoires. »
Juste ces mots de de Gaulle pour dire que, pour un homme de conviction, les chemins impopulaires sont paradoxalement les moins ingrats.
C’est un noeud gordien.
25. Zik | juin 18th, 2008 at 16:39
Sami,
L’exemple de l »Espagne que tu donnes est illustrateur. Vu l’intercompréhension presque totale entre le Catalan d’Espagne et l’Occitan du Languedoc en France, on peut déduire d’une unité culturelle entre ses peuples. Pourtant on ne retrouve pas les mêmes velléités séparatistes du cote Français. Je pense que la différence n’est pas tant que ca dans la tète des peuples, mais plutôt dans leur relation avec l’état. Les gens qui parlent l’Occitan en France se sentent Français dans la grande majorité, et sont satisfait de leur appartenance à la France. En Espagne, c’est différent. Les Catalan ne ce toujours senti marginalise par Madrid. Ca fait des siècles que ca dure. N’oublions pas que le pouvoir Espagnol est reste féodal jusqu’à un passe très proche. Donc la notion même d’état relevait d’un archaïsme monarchique. La même chose en Belgique ou on a marie deux peuples complètement distinct sous une monarchie. Les deux communautés ont évoluées non pas ensembles mais en parallèle. Les résultats sont ceux d’aujourd’hui ou les positions séparatistes se sont calcifies dans les états ayant pratique la monarchie jusqu’à récemment; et dissoutes dans des états comme la France ayant prônés l’unification fédératrice autour d’un pouvoir laïc fort. Je crois ferme qu’il me soit possible de croire en un état-nation Gabon moderne qui se démarque de la géopolitique a caractère ethnique, si et seulement si nous devenions un véritable pays de lois avec des institutions respectables et respectées. Le peuple n’embrassera le concept de l’état-nation que si l’état lui-même valorise l’individu, met en place un système éducatif lui assurant un rayonnement dans l’espace social, culturel, politique et médiatique, national, régional et local ». Au fil du temps, la standardisation des rapports entre le citoyen et l’état s’opérera. On n’aura plus trop l’impression que tous les ministres et généraux important soient de l’ethnie du président. Ce genre d’anachronisme bloque et décrédibilisent nos états. Au fil du temps, l’état s’imposera et acquerra toute sa légitimité. Plus que la langue ou même l’ethnie, je suis d’avis que c’est la pratique même du pouvoir qui freine l’adhésion massive des Africains aux projets de formation de nos états. La standardisation de la pratique du pouvoir et sa dépersonnalisation, permettra de présenter aux peuples une option contenant un rôle aménagé pour lui. Dans l’état actuel des choses, personne ne croit en l’état parce que l’état en lui-même n’existe que par la volonté de certaines personnes souvent inamovibles.
26. sami | juin 18th, 2008 at 17:06
Un état-nation au gabon? déjà il faudrait que la majorité des gabonais sachent ce que signifient un drapeau et un hymne national. que ces soi-disant symboles forts aient un sens pour eux au point de pouvoir mourir pour eux.je te dis, zik, qu’avec des populations jamais orientées, par l’école et toute autre institution de formation d’un minimum d’esprit supra-identitaire, toutes les notions très occidentales qui nous séduisent n’auront point d’application chez nous. nous devons penser d’autres formes de société. l’état-nation ne se décrète pas. et à mon avis, le gabon, pas plus que le togo, ne dispose de rien de concret à ce jour qui nous permette de croire en la possibilité d’un état-nation.
27. sami | juin 18th, 2008 at 17:51
j’allais dire jamais orientés vers un minimum d’esprit supra-identitaire ethnique… ce qui n’a pas plus de sens que ça. plutôt un minimum d’esprit d’appartenance collective au-delà de l’identité ethnique, régionale, voire villageoise… celles-ci ne sont pas des freins, mais il faut un effort pour les transformer en ressources canalisées vers des objectifs communs. je ne sais si la faute est à rejetée seulement sur les épaules des politiques! peut-être que l’état occidental s’est imposé à nous dans des conditions où nous sommes obligés de passer par un mimétisme pour obtenir juste un vernis qui cache nos réalités. ce sera long, mais peut-être devrions-nous prendre des chemins détournés et renoncer à ces idées toutes faites de nation, d’état, de démocratie. puisque ces idées-là empêchent aussi les « intellectuels » d’avoir de réelles réflexions au-delà des slogans récurrents. ce qui finalement nous rend encore plus stériles que nos politiques. comme eux, nous sommes incapables de pensées originales et audacieuses. nous sommes même incapables de penser réellement lorsqu’il s’agit du destin complexe de nos ensembles territoriaux auxquels chacun attribue le nom de pays, de nation.
28. Alex | juin 18th, 2008 at 20:18
Extrait I
» tous les leaders africains n’apprécient pas ces changements. Houphouët Boigny, qui ne voulait pas de l’indépendance, se trouve contraint de la demander avec amertume »nous avons attendu la fiancée, un bouquet de fleur à la main; elle n’est pas venue, les fleurs se sont fanées »
« des juristes français sont chargés de confectionner des constututions à la carte, voire à la chaîne, pour les nouveaux Etats. On ne sera pas étonné que ces lois fondamantales des republiques africaines soient amplement marquées par l’empreinte de la Constitution de la V republique »
29. Zik | juin 18th, 2008 at 20:20
Sami,
Je n’ai jamais été convaincu par les thèses de l’exceptionnalisme Africain, ni du particularisme Africain qui expliquerait nos retards et difficultés. Il faut dire que ces thèses sont souvent maladroitement distillées a coup de cliches dichotomiques du type: moderne/primitif, libéral/intolérant, agresseur/victime, blanc/noir. Ma critique de la thèse de l’exceptionnalisme Africain est que l’Afrique semble être LA SEULE EXCEPTION. Le reste du monde fonctionnerait suivant d’autres règles; l’Afrique elle a ses règles propres. Tous les peuples de la terre ont des traditions, des coutumes, un passe de colonise… Pourtant, on voit des anciens nomades Bédouins hétérogènes et tribaux, bâtir des pays à peu prés stables et prospères dans le moyen orient. On a vu un peuple fragmente, n’ayant jamais eu de pays a lui, avec des populations venant d’origines aussi disparates que la Russie et le Maroc, s’unir autour d’un projet de construction nationale appelé Israël. 50 ans plus tard, c’est l’un de pays les plus stables et mieux gouverne du moyen orient. Je ne pense pas que nos comportement en Afrique soit déterministes et que la solution vienne dans la construction d’état » a l’Africaine ». Si les Arabe, Perse, Hindou, Indien d’Amérique Centrale, Asiatique des steppes d’extrême orient, peuvent créer des états équilibres, Je pense que les Africains le peuvent aussi. Ceux qui prônent l’exceptionnalisme Africain se rapproche trop à mon gout des réactions afrocentriques. Ils soutiennent que les solutions se trouvent dans une redécouverte de l’Afrique et de ses valeurs. Je trouve cette conclusion peu convaincante.
30. Zik | juin 18th, 2008 at 20:28
Alex, la Constitution japonaise a été écrite par le vainqueur américain de la Seconde Guerre mondiale. Pourtant le Japon s’est bien adapté, n’est-ce pas?
31. Alex | juin 18th, 2008 at 20:31
Extrait II
…le nouvel Etat n’a ni drapeau ni hymne national
« - on peut prendre le drapeau français, dit l’abbé congolais(futur président du congo)
« -impossible ! s’exclame le gouverneur
-les autres ont pris quelle couleur?
-surtout le vert, le jaune et le noir(..)
-je prends les mêmes.
-soit on peut les mettre en biais…Il faut aussi choisir un hymne.
-on pourra arranger LA MARSEILLAISE, fait l’abbé
-Ce n’est pas possible répète le gouverneur
-Réglez ça faites quelque chose comme un cantique
32. Alex | juin 18th, 2008 at 20:40
Extrait III
« En sortant,l’assistance se range pour la cérémonie des drapeaux. Un officier français s’apprête à descendre le pavillon français pour hisser le congolais. »non, je ne veux pas qu’on descende le drapeau français !.. On ne peut pas séparer l’enfant de la mère.. » s’exclame l’abbé-président. Finalement l’étendard français reste en place et le congolais est monté à ces côtés
33. Alex | juin 18th, 2008 at 20:45
Zik, juste pour reposer le problème soulevé pas Sami en rapport avec les drapeaux et les hymnes et la lecture qu’en font les dirigeants en premier avant même de penser à la masse. c’est un extrait de L’homme de l’Ombre de Pierre Péan que j’avais sous la main. Merci
34. sami | juin 18th, 2008 at 21:40
Zik, là où tu as parfaitement raison, c’est quand tu rejettes le particularisme africain. je n’y adhère pas non plus. mais là où je n’ai pas entièrement tort, c’est quand je reste sceptique sur ces idées qui consistent à croire qu’il y a des modèles reproductibles. tu peux citer le japon et dire que le vainqueur a écrit sa constitution, mais tu sembles ignorer que le japon n’est pas né de la seconde guerre mondiale, que c’est un vieil empire fondé au 7e siècle avant jésus-christ par l’empereur Jimmu. tu sembles oublier que le japon ne s’est d’autant mieux adapté aux règles économiques de l’occident au point de devenir la deuxième puissance économique mondiale aujourd’hui que parce qu’il fonctionne aussi avec ses profondes particularités. que ce pays qui, avec moins de cent cinquante millions d’habitants, produit plus de richesses que les deux milliards et demi de chinois et d’indiens réunis, n’a pas des règles démocratiques calqués sur les modèles occidentaux connus dans leurs multiples nuances. c’est une monarchie constitutionnelle avec un parlement
bicaméral, la Diète (ou Kokkai). le pouvoir exécutif appartient au cabinet (responsable devant la Diète) composé du Premier ministre et de ministres d’État devant tous être des civils. Le Premier ministre est choisi au sein de la Diète par ses pairs. Il a le pouvoir de nommer et de démettre les autres ministres, dont une majorité doit être membre du Parlement. La constitution attribue la souveraineté, qui revenait auparavant à l’empereur, au peuple japonais. Le monarque est alors défini comme symbole de l’État, etc., etc., etc. La suite, tout ce qu’on veut savoir, on peut le lire sur internet. aucun vainqueur n’a inventé le japon, aucune constitution ne pouvait sortir ex nihilo de la tête du vainqueur au sujet d’une grande civilisation ayant toujours siégé au milieu des grands du monde. en clair, zik, le japon n’est pas issu de l’occident, il n’est pas une fabrication occidentale, le japon est plus vieux que les nations occidentales, comme la chine est plus vieille que les nations occidentales. si le japon et la chine sont ce qu’elles sont, c’est aussi parce qu’il ne s’agit pas de nations ou d’ensembles dont les intellectuels se contentent de croire à une forme d’universalité qui n’est que l’autre nom de l’occidentalisation. les valeurs universellement adaptables ne sont efficaces que si elles se greffent sur des socles authentiques solides. le gabon en tant que pays n’a aucun socle solide, ce n’est même strictement rien. même chose pour le togo. on ne peut comparer de tels ensembles bricolés, artificiels et sans aucune âme avec de vieilles, brillantes et dynamiques civilisations millénaires. du moins si on tient les formes actuelles de développement économiques pour des modèles. en revanche, au Mali, en Guinée, au Sénégal, au Burkina, la grande majorité de la population tient son identité des empires qui occupaient ces territoires jusqu’à l’arrivée des colons, empires vaincus mais dont les éléments fédérateurs sont encore fonctionnels. on n’est pas malien comme on est togolais. même en excluant le fait colonial, être malien signifie quelque chose. sans le fait colonial, le togo ne signifie rien et être togolais encore moins. on peut dire la même chose pour le ghana. Zik, peut-être que de tels pays, Mali, Guinée, Sénégal, auraient connu un autre sort, un autre essor s’ils avaient trouvé les moyens de se penser par rapport à leur passé et en fonction des contraintes extra-nationales du monde actuel. mais, on peut disserter là-dessus aussi longuement qu’on le voudra, on reviendra à cette évidence que les empires tels que le japon et la chine fondés depuis des millénaires sur une civilisation de l’écriture ont mieux conservé leurs acquis, mieux conquis le monde, mieux préservé le plus important. jamais le colonisateur n’a pu les défaire au point d’en faire sa fabrication.
35. sami | juin 18th, 2008 at 21:44
Je voulais dire que le Ghana est à ranger du côté du Mali, de la Guinée, du Sénégal…, le territoire d’un ancien grand empire auquel beaucoup de ghanéens doivent leur identité.
36. Timba Bema | juin 19th, 2008 at 6:38
La principe de la gouvernance selon Agamemnon. Extrait de la pièce Eponyme d’Eschyle
« Pour tout ce qui regarde l’Etat et les dieux, nous institurons des débats publics et nous prendrons des décisions dans l’assemblée générale : ce qui est bien, nous verrons à le maintenir et à le faire durer. Mais là où il faudra des remèdes salutaires, nous essayerons soit en brûlant, soit en coupant, dans un esprit de bienveillance, de détourner le mal. »
37. sami | juin 19th, 2008 at 8:15
Ah, Zik! Tu parles des bédouins! Y a-t-il le moindre point de comparaison entre eux et les peuples du Gabon? N’oublie pas qu’il y a déjà un moment que les bédouins font partie du grand ensemble arabo-musulman, à la grande civilisation arabo-musulmane. L’islam comme élément fédérateur nous éloigne de l’histoire des récentes créations d’ensembles nationaux en Afrique. Bongo n’est pas khadafi, même s’il s’est converti à l’islam, la Libye n’est pas le gabon. as-tu pour les gabonais un élément aussi fédérateur et universellement puissant que l’islam? Quand tu parles d’Israël, tu penses que ce que tu appelles gabon et gabonais a une réalité aussi tangible que le peuple juif? non seulement c’est un peuple de l’écriture, du Livre, avec une identité capable de survivre à tous les aléas de l’Histoire (les divers massacres des Juifs dans l’Europe, jusqu’au génocide du 20e siècle), mais l’Etat d’Israël a été construit par des Juifs occidentaux, européens, donc par des européens juifs, à partir de cette révendication basée sur la Bible. Un peuple ayant eu pendant des siècles une patrie portative, La Bible. Quand ils ont eu la possibilité de recréer leur patrie, il s’est agi d’un transbordement. s’étonnerait-on que les européens aient réussi à construire des nations puissantes sur le continent américain (USA, Canada, Brésil, etc.)? Ils ont transposé l’Europe ailleurs, comme ils l’ont fait en Afrique du sud. Si ce sont ces exemples-là que tu as en tête, en effet, tu refuserais beaucoup de spécificités de ton pays. le gabon n’est pas le maroc, tu le sais pourtant. tu écris: « Si les Arabe, Perse, Hindou, Indien d’Amérique Centrale, Asiatique des steppes d’extrême orient, peuvent créer des états équilibres, Je pense que les Africains le peuvent aussi. »
Mon cher, les indiens d’amérique n’ont pas créé d’Etat. Ce sont des Etats issus d’une colonisation de peuplement des européens. ce sont les européens qui les ont créés, ce sont des créations directement issus d’un esprit européen par des europén. Les Arabes, les Perses, les Hindous, etc., ce sont de vieilles civilisations auxquelles l’europe doit sa modernité en grande partie. je te dirais que si les français avaient colonisé le gabon pour y vivre, ils auraient déjà créé jusque dans les forêts un état moderne occidental. mais tous les exemples que tu prends nous éloignent tellement de l’histoire de nos pays et de nos peuples à nous. et c’est l’absence de réflexions originales sur de telles nuances qui nous conduit à croire que les pratiques politiques sont les principaux freins à la naissance d’états modernes et puissants chez nous. résumer l’histoire des juifs par : »On a vu un peuple fragmente, n’ayant jamais eu de pays a lui, avec des populations venant d’origines aussi disparates que la Russie et le Maroc, s’unir autour d’un projet de construction nationale appelé Israël. 50 ans plus tard, c’est l’un de pays les plus stables et mieux gouverne du moyen orient. » c’est faire un parfait contre-sens historique. Le judaïsme, ne serait-ce que lui, faisait leur lien. quand j’avais fait des reportages sur le ghetto juif de venise, le premier ghetto juif de l’histoire depuis le 15e siècle, ce qui m’a frappé, c’est la capacité qu’ont eu des juifs venus de diverses nations européennes à développer leur culture entre les hauts murs aux portes fermées de l’extérieur la nuit. il suffit de visiter toutes les synagogues du ghetto, de lire l’histoire des rabbins les plus influencents, pour comprendre que, bien que dispersés, les juifs ont toujours été liés entre eux, au-delà de moult divergences, par des liens séculaires, puissants. ils ont une civilisation consolidée par un LIVRE. Disperse les Pygmées aujourd’hui. En deux ans, chacun d’eux deviendra ce que le milieu de son accueil aura fait de lieu et en deux ans, ce serait des gens entièrement « dressés » pour devenir autre chose, pour mourir en eux.
38. sami | juin 19th, 2008 at 8:20
rabbins les plus INFLUENTS
39. Alex | juin 19th, 2008 at 8:49
Le togolais par exemple n’a pas un référent puissant qui sacralise les textes fondateurs de nos institutions. La précarité sera alors naturelle pour ces choses là, les remises en cause fréquentes, les coups d’état ordinaires, et le débat contradictoire, sera contradictoirement une menace, une subversion. Réinventer nos institutionnels est une urgence.
40. Timba Bema | juin 19th, 2008 at 14:36
« Jamais sur une année autant de clandestins n’ont été reconduits dans leur pays d’origine » Brice Hortefeux, Ministre français de l’Immigration et de l’Identité nationale
« Nous, nous ne laisserons pas abandonner l’idée de Nation et nous la réaffirmons comme étant une des meilleures réponses aux inquiétudes de la mondialisation » Brice Hortefeux, Ministre français de l’Immigration et de l’Identité nationale
« L’immigration en elle-même, ce n’est pas un problème, c’est l’absence de politique d’immigration durant tant de décennies qui a été le problème » Brice Hortefeux, Ministre français de l’Immigration et de l’Identité nationale
41. sami | juin 19th, 2008 at 15:43
Augmentation de quatre-vingt pour cent d’expulsions en un mois en France. Il bosse, le ministre… Zik, quand je disais que les Amérindiens de l’amérique centrale n’ont pas créé d’état, je voulais plutôt préciser que les états actuels ne sont pas leur création, ce sont des états créés par les européens sur les ruines des états vaincus. aucun pays américain, du nord au sud, n’est la création des amérindiens. comme on ne peut dire que les zoulous ont créé l’afrique du sud moderne.
42. Zik | juin 19th, 2008 at 16:26
Sami, peu de temps aujourd’hui. Mais vu la pertinence des interventions, je reviens des que j’ai un moment libre. Peut etre de mon domicile ce soir, on verra.
43. Sami | juin 20th, 2008 at 8:23
Zik, il n’y a même plus de débat, tout va bien au Zimbabwe, tout est réglé, la démocratie remise sur les rails: le numéro deux de l’opposition a été inculpé pour subversion et risque la peine de mort; quatorze corps apparemment torturés ont été retrouvés à travers le pays, ce sont des partisans de l’opposition. Comme tu le constates, la nation est bien née, réelle et éternelle, aussi éternelle que Robert. Et si c’était cela la voie, le pacte de chair?
44. Zik | juin 20th, 2008 at 15:03
Sami, je pense que malgré notre grande fragmentation ethnique, les demandes des individus du continent sont semblables a celles des ressortissants du reste du monde: liberté de pensée, d’expression, d’association, de choisir ses gouvernants, transparence dans la gestion des biens publics, combat pour les droits humains dits fondamentaux. Mais il est vrai qu’en regardant l’actualité, comme en ce moment la situation des réfugiés en Afrique du Sud ou encore la tragédie que devient un peu plus chaque jour le Zimbabwe, on peu déduire un peu facilement qu’il y ait quelque chose de fondamentalement Africain qui ne s’arrime pas au schéma politique ou économique du monde moderne. Que les Africains dans leur structure sociale, ne peuvent se fondre dans des entités politiques et territoriales modernes (états-nations avec des constitutions, des parlements, un secteur publique, une société civile…) a l’image de ce qui se réussi ailleurs. Cet argument est insupportable à mes yeux car une évaluation froide nous apprend que la folie n’a pas de domicile fixe. Pol Pot et ses Khmer rouges sont allés au delà de tous les sanguinaires Africains de renon; Pourtant ils étaient Asiatiques et non Africains. Ils ruinèrent leur économie et installèrent un régime d’un archaïsme encore inégalé en Afrique. Aujourd’hui la junte militaire Birmane nous démontre que la cruauté et l’avidité du pouvoir, en dépit du devenir de ses citoyens, ne sont pas que des maladies Africaines. Pourtant, comme je l’ai dit pour les Africains, je soutiens que les populations Birmanes et Cambodgiennes ne soient pas particulièrement disposées a la brutalité, ou incapable de générer des états modernes comme leurs voisins tigres et dragons d’Asie. En Afrique, je constate des sociétés vidées de leurs substance, des cultures piétinées, des institutions minées, des créativités artistiques et intellectuelles souvent anéanties, d’extraordinaires possibilités sans avenir, a cause des blocages politiques qui souvent touchent tous les secteurs de nos pays et causent cet immobilisme. Certes comme tu dis, Bongo n’est pas Kadhafi et les Fang ne sont pas des Juif, mais j’ose croire que si les Juif sont capables de s’organiser et créer un état, sur la base d’une affiliation culturelle, les Fang ou les Bamiléké ou les Yoruba peuvent faire pareil. En fait, je crois que les Yoruba, les Igbo et les Haoussa pourraient créer un état très fort au Nigeria par exemple. Il n’y a rien d’intrinsèque qui l’empêche, sauf notre trop grand attachement au pouvoir a l’exclusion de toute autre alternative. Cette attitude n’est pas authentiquement Africaine. On l’a vu ailleurs, en Europe, en Asie, et les résultats ont été les mêmes; le chaos.
45. Sami | juin 20th, 2008 at 16:56
Zik, il ne faudrait pas confondre l’appel à des réflexions originales qui sortent de la prescription pure et simple du mimétisme avec une prétendue spécificité africaine. Personne ne dit par exemple que les pays africains ont le monopole de la dictature ou de la folie. a-t-on connu en Afrique des dictatures aussi sanglantes que celles connues au Brésil, en Argentine, au Chili, en République dominicaine, chez Pol Pot, avec Staline, etc.? Même la dictature de Franco en Espagne jusque dans les années 70 a été plus sanglante que ce que nous appelons dictature dans nos pays.
tu écris: » Certes comme tu dis, Bongo n’est pas Kadhafi et les Fang ne sont pas des Juif, mais j’ose croire que si les Juif sont capables de s’organiser et créer un état, sur la base d’une affiliation culturelle, les Fang ou les Bamiléké ou les Yoruba peuvent faire pareil. En fait, je crois que les Yoruba, les Igbo et les Haoussa pourraient créer un état très fort au Nigeria par exemple. Il n’y a rien d’intrinsèque qui l’empêche, sauf notre trop grand attachement au pouvoir a l’exclusion de toute autre alternative ».
En effet les fang peuvent s’organiser. sauf que si l’état occidental demeure leur modèle, les fangs ont des milliers d’années de retard sur les juifs. les juifs et l’occident sont dans la même continuité culturelle, politique, économique, des civilisations à écriture qui ont bâti d’ailleurs une partie de leur modalité par des interprétations différentes du même Livre, la Bible. il me semble que si nous avions tenu suffisamment compte de certaines particularités de nos histoires, peut-être aurions-nous tenté de construire des ensembles qui ne soient pas forcément la dupplication des états occidentaux. je ne sais s’il y a au monde un seul pays qui soit né à l’écriture aussi tard que les pays d’afrique noire et né à l’écriture grâce au colonisateur (on me citera l’exemple de certains peuples africains qui auraient eu des écritures, mais c’est avec les langues occidentales que notre modernité urbaine, occidentale, se « construit »). je ne sais s’il y a au monde un autre continent dont les pays sont inventés par le colonisateur sur la base de divisions arbitraires et assez récemment. tu peux faire un rapide tour de l’histoire, ce genre de situations n’existent nulle part ailleurs, cela n’existe qu’en afrique. les états issus des transbordements par exemple les états américains dans l’ensemble ou l’australie constituent une autre facette de l’histoire. sinon partout, les nations modernes renvoient à des anciens ensembles civilisationnels. l’iran, on sait ce qu’ont été et sont les persans. colonisés ou pas, on sait ce qu’ont été et sont les hindous. peut-être que nous aurions mieux fait de créer des étatssur des bases identitaires séculaires, que l’idée au togo d’un eweland n’était pas forcément une idiotie, un état qui serait parti d’une région du bénin jusqu’au ghana. ou un état haoussa qui n’exclut pas les autres, mais avec la civilisation des haoussa comme noyau central, etc. je ne sais pas, mais peut-être que cela aurait donné un résultat plus probant, les peuples auraient pu conjuguer plus facilement les exigences du monde actuel avec des mécanismes politiques anciens comme cela se fait ailleurs, par exemple en grande bretagne.
46. Sami | juin 20th, 2008 at 17:09
mais quand tu écris: « je pense que malgré notre grande fragmentation ethnique, les demandes des individus du continent sont semblables a celles des ressortissants du reste du monde: liberté de pensée, d’expression, d’association, de choisir ses gouvernants, transparence dans la gestion des biens publics, combat pour les droits humains dits fondamentaux. » là, je peux te dire que tu te trompes si tu crois que les révendications des gens se définissent partout de cette façon. bien évidemment, nous « instruits », c’est notre façon de voir les choses. mais nous ne sommes pas les peuples. nous ne sommes qu’une minorité. tu crois que la plupart des africains, quel que soit le pays que tu prends pour exemple, sont près à accepter les contraintes d’une nation moderne si nous prenons les nations occidentales comme modèle? prenons la france comme exemple. combien de personnes comprendraient ou acceptaient chez moi l’idée qu’un patron d’une entreprise doive se payer un salaire et ne pas confondre les biens de l’entreprise avec ses biens personnels? combien de personnes accepteraient même l’idée de payer des taxes parce qu’ils regardent la télé? ou des taxes d’habitation? ou que les terres même dans les villages n’appartiennent pas aux paysans, qu’il faille payer des droits pour les exploiter, qu’on ne peut construire, même dans les villages, sa case, sa maison sur un terrain qu’on a demandé aux propriétaire, qu’un étranger ne peut pas venir comme ça dans un village, être accueilli, accéder gratuitement aux terres pour sa maison et pour ses champs, que tout cela doit s’acheter, qu’il faut un permis de construire et d’exploiter? combien accepteraient qu’il faille payer des droits de succession, que l’état met son nez dans les histoires d’héritage, que l’état limite le montant en numéraire que tu peux donner à tes propres enfants de ton vivant, que tu doives payer des impôts assez lourds sur ta fortune, au lieu qu’on t’applaudisse parce que tu as tabassé et pris de force, c’est ton droit, ta femme qui refuse le devoir conjugal on te conduise au tribunal pour viol? combien de personnes accepteraient tout le poids des impôts? combien de personnes supporteraient dans nos pays les lourdeurs de l’extrême formalisation de la vie dans les sociétés occidentales? par exemple, perdre la liberté de vendre tout et n’importe quoi sur les trottoirs pour tout formaliser afin d’enregistrer tous les commerces, percevoir des taxes, des impôts…? souvent, le problème, c’est que nous n’entamons pas tellement de réflexions. quand nous parlons de libertés, nous avons tendance à oublier que les gens sont plus libres dans nos pays que dans les démocraties occidentales. les libertés d’expression, les libertés politiques, etc., plus grandes en occident font oublier les contraintes extrêmes dans la vie de tous les jours, le manque de liberté dans beaucoup de domaines. des choses qui nous paraîtraient absudes chez nous. l’état me dire que je ne peux donner à mes enfants, alors que c’est mon argent, au-delà de tel montant, ça va pas, non? de quoi il se mêle? je suis sûr que des gens diraient cela.
le plus difficile pour en arriver à un état moderne, ce ne sont pas les libertés pour tous, mais les contraintes à faire accepter, les moyens coercitifs pour supprimer les libertés concrètes des gens au nom de libertés plus vagues, plus théoriques, les règles pour faire renoncer à beaucoup de personnes à leurs biens, droits, libertés, au nom des biens et droits plus élargis.
même le système de solidarité organisée, les prélèvements sur les salaires en vue des prises en charges sociales des chômeurs et autres précaires, ce sont des choses difficiles à organiser dans une société. nous fonctionnons plus avec le système de solidarité familiale. plus incertain.
un autre exemple: le système judiciaire. je ne sais comment cela fonctionne au gabon, mais chez moi, la très grande majorité des gens ignorent tout des tribunaux modernes, ils règlent leurs problèmes avec leurs systèmes coutumiers. or il y a autant de règles avec les systèmes coutumiers qu’il y a de sociétés. formaliser la justice pour que tous les citoyens du même pays recourent au même système, cela signifierait pour beaucoup de personnes des contraintes qui ne sont pas seulement d’ordre matériel.
en fait, l’état moderne implique une formalisation dont les contraintes ne seront pas facile à imposer à des populations qui n’ont que très peu de rapports directs avec les centres urbains de pouvoirs, les centres occidentalisés.
mais, bon, il faut bien qu’un jour nous trouvions les moyens de résoudre ces problèmes. l’an dernier, wade aurait tenté d’interdire le commerce sur les trottoir en vue d’une formalisation totale de cette activité. il aurait renoncé très vite devant la pression. pourtant, il faudrait qu’un jour on passe par là.
d’où cette idée qui semble paradoxale: il nous a manqué la phase de dictateurs éclairés qui auraient homogénéisé beaucoup de choses même dans le sang. ce n’est pas trop tard, mais cela va prendre beaucoup, beaucoup de temps, parce que nous sommes contraints, tout en n’ayant rien construit du tout, de fonctionner, au moins en partie, comme des nations modernes. salariés, projets de développement, dettes, service de la dette…
47. sami | juin 20th, 2008 at 18:59
Robert vient de déclarer:
1°) qu’il n’abandonnera pas le pouvoir tant que les terres de son pays ne seraient pas passées pour une grande portion entre les mains des noirs
2°) que seul dieu lui retirera le pouvoir qu’il lui a remis entre les mains.
Tu vois, Zik, dans ces conditions, qu’on instaure une monarchie constitutionnelle! Le Maroc fonctionne ainsi, non? Les Chinois n’en sont pas loin, en tout cas ils ont moins de liberté dans tous les domaines que les gabonais. et ça fonctionne. au moins, on évite les comédies sanglantes de la démocratie. Un président qui accepte l’idée des élections, admet qu’il a été dévancé au premier tour, mais avant le second tour, déclare que de son vivant l’opposition ne gouvernera jamais ce pays, que seul dieu lui enlèvera le pouvoir… il aurait été plus logique de dire dès le départ: non à l’idée d’élections démocratiques, c’est la présidence à vie. on aime ou on conteste, mais les règles auraient été très claires. les occidentaux ont beau hurler comme des gorilles, la chine continue à fonctionner comme elle estime mieux pour elle de fonctionner, à mater les oppositions dans le sang. et elle est respectée, a son droit de veto à l’onu.
les russes passent de ex-président à premier ministre de son propre dauphin, les polonais à jumeaux président et premier ministre (c’est fini), l’argentine à madame remplace monsieur, démocratiquement c’est resté entre les mains du même couple, aux USA on aurait pu avoir quatre mandats avec père, mari, fils, épouse. A cuba, c’est entre frères de sang. les puristes n’ont rien à redire, ça fonctionne. mais qu’on soit clair dans la définition des règles du jeu et cela évite d’emblée beaucoup de choses.
48. Théo | juin 22nd, 2008 at 18:23
Salut KA. N’oublie pas que je t’ai taggué…
49. Zik | juin 22nd, 2008 at 23:24
Sami a écrit :
« Quel que soit le pays que tu prends pour exemple, sont près à accepter les contraintes d’une nation moderne si nous prenons les nations occidentales comme modèle? Prenons la France comme exemple. Combien de personnes comprendraient ou acceptaient chez moi l’idée qu’un patron d’une entreprise doive se payer un salaire et ne pas confondre les biens de l’entreprise avec ses biens personnels? Combien de personnes accepteraient même l’idée de payer des taxes parce qu’ils regardent la télé? Ou des taxes d’habitation? ou que les terres même dans les villages n’appartiennent pas aux paysans, qu’il faille payer des droits pour les exploiter, qu’on ne peut construire, même dans les villages, sa case, sa maison sur un terrain qu’on a demandé aux propriétaire, qu’un étranger ne peut pas venir comme ça dans un village, être accueilli, accéder gratuitement aux terres pour sa maison et pour ses champs, que tout cela doit s’acheter, qu’il faut un permis de construire et d’exploiter? »
Justement Sami, c’est parce qu’il faut pousser les masses à accepter ces contraintes qu’il faille faire un travail d’éducation de fond. En France, au 16-17ieme siècle, c’est de Hollande qu’écrivait Voltaire, au moment ou il était dangereux de s’exprimer Librement en France, et que la France brulait ses indésirables au buche. Ce sont des intellectuels qui ont écrit, examine, interpelle, fait fléchir les positions pour qu’enfin les mentalités évoluent. Les mentalités ne changent pas toutes seules. S’il n’y a pas de mesures, peut être mêmes forcées, d’elles mêmes, aucune population n’accepterait de payer les taxes. Aucune. Une population cela s’éduque, mais j’avoue que l’exercice est difficile et demande de la patience. Les lettres et instruits Africains jouent-ils leur rôle dans l’avance des mentalités ? Je n’en suis pas si sur. Prend le cas de la Turquie qui décida de passer de l’Alphabet arabe (Ottoman) à l’alphabet Latin. Le passage à l’alphabet latin a été loin d’être populaire dans le champ intellectuel Turque. Mais ce changement est engagé par les dirigeants Turques sur un model coercitif. L’adoption des caractères latins est aussi l’aboutissement d’une stratégie politique. Cela ne s’est pas fait par referendum, mais par une décision des pouvoir publics. Donc, un pays, un pouvoir, peut imposer des règles nouvelles a sa population, même quand celle-ci ne les accepte que mal. Il faut mobiliser la masse intellectuelle pour présenter ces mesures nouvelles comme bénéfiques a long terme pour la société.
50. Sami | juin 23rd, 2008 at 13:03
Zik, nous nous rejoignons, c’est ce que je n’arrête pas de supposer, que les intellectuels africains n’ont pas fait un travail de réflexion en prenant en compte les éléments réels des sociétés dans lesquelles ils vivent. Ils se sont souvent contentés d’opposer les pratiques politiques locales à ce qui leur semble idéal, souvent le modèle occidental de gouvernance dans ses multiples nuances. Ils ont rarement exprimé une idée originale digne de ce nom. Quand je dis que beaucoup de choses ont été imposées même dans le sang, j’exprime cette idée que les masses n’accepteront pas certaines contraintes facilement. Sankara en a su quelque chose quand il s’était attaqué aux chefferies traditionnelles au Burkina Faso.
Bon, en attendant, l’opposion zimbabwéenne a renoncé à sa participation au second tour des élections présidentielles. était-ce si difficile de le comprendre et de le dire dès son succès au premier tour? il a fallu que Robert lui fasse une bonne explication de texte! ah, ces oppositions qui ont toujours eu du mal à comprendre des choses simples!
51. Paul Archer | juin 23rd, 2008 at 18:18
Je me disais aussi que Morgan, qui a la majorité au Parlment, aurait pu jouer un jeu politique plus fin: laisser Mugabe « au pouvoir » et contrôler le Gouvernement. Tout ce double entêtement me paraissait exagéré. Le choix de se retirer n’est pas un échec selon moi, mais une vraie victoire et un boulevard pour l’après-Mugabe. Certains mythes, c’est vrai Sami, on besoin d’un peu de compréhension. Pauvre Mugabe!
52. franck | juin 23rd, 2008 at 21:28
La prochaine étape du drame zimbabwéen sera la dissolution du parlement. C’est du moins ce que l’on soupçonne Mugabe de vouloir faire. Je crois que rien ne l’en empêchera. Et il est prêt à reduire le pays en ruine si c’est cela qu’il faut.
53. Alex | juin 23rd, 2008 at 23:12
Que faut il faire? Laisser faire ?
54. Mayombe82 | juin 24th, 2008 at 14:14
Le Zimbabwe, cela fait bientôt 8 ans que la folie de ce vieux malade sénile qu’est R.G. Rambo Mugabe entraîne son pays et par conséquent ses voisins dans un abîme d’une profondeur abyssale.
A paris, il quelques semaines de cela, à l’invitation du forum respublica (ses membres sont Sénégalais, ou au moins la majorité), le Pr. Théophile Obenga fut invité à exposer sur l’apport de l’Afrique dans le monde. Lors de la séance des questions, un frère (par son accent, ses propos, je pense qu’il est Sénégalais) a posé la question de savoir si la prise de pouvoir par la voix des urnes était vraiment possible dans certaines situations et si la lutte armée ne valait pas mieux ? (J’essaie de résumer de tête ses propos).
Pauvre Zimbabwe !
Tant qu’ils n’auront ni un ATT, ni un 3A, ni un Daouda Malam Wanké, je crains que la santé de fer de Mugabe emmerde plus encore ce pays et nous avec. @+M82
55. Timba Bema | juin 30th, 2008 at 13:40
« Alors, ceux qui se contentent de rappeler les droits de l’homme et de réciter les droits de l’homme, c’est des débiles. Il ne s’agit pas de faire appliquer des droits de l’homme. Il s’agit d’inventer des jurisprudences où, pour chaque cas, ceci ne sera plus possible. » L’abécédaire de Gilles Deleuze, 1988
56. Don Ray | juillet 22nd, 2008 at 16:08
L’école des peuples, c’est la crise! Il a fallu Mugabe e la crise au Zimbabwe pour que les Africains comprennent leurs propres contradictions; tout comme il a fallu la crise du pétrole pour que les Africains comprennent qu’ils vivent de la mendicité, je voulais dire de l’aumone des autres!
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