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Besoin ou dependance au portable Lenvahissement du mobile dans notre quotidien

Besoin ou dependance au portable Lenvahissement du mobile dans notre quotidien

En une dizaine d’années, le « portable » est devenu l’accessoire technologique indispensable de chacun, quel que soit son milieu social, son âge ou sa profession.

La téléphonie mobile est un moyen de communiquer sans fil. Cette technologie récente, réservée à ses débuts à un usage professionnel, s’est largement répandue dans les années 90. Son utilisation a explosé dans les pays pauvres où la téléphonie fixe n’est pas accessible à tous et/ou peu fiable.

Les perfectionnements techniques et les stratégies commerciales des différents fabricants lui ont attribué bien d’autres fonctions que celle de communication vocale.

Réel besoin? Phénomène de mode, signe d’appartenance, marquage de l’identité ou dépendance?

Qui aujourd’hui ne possède pas de téléphone portable au sein de nos sociétés « modernes »? Quel formulaire administratif, professionnel ou commercial omet-t-il de vous demander votre numéro de portable? Combien d’ados n’en possèdent-ils pas?

D’après Dan Schiller1: « A l’origine, la communication mobile est, comme d’autres avant elle, un besoin créé par les industriels qui fabriquent les téléphones portables. » Nous aspirons à ce que les spécialistes appellent : le « contact permanent 2 ».L’industrie de la téléphonie mobile nous présenterait des arguments forts séduisants en faveur d’une liberté dans la communication. Le téléphone serait un produit comme un autre dont la publicité, le marketing en fait un accessoire indispensable à une liberté feinte.

Si le téléphone mobile a facilité le quotidien de bien des ménages, on peut s’interroger sur le réel besoin de pouvoir communiquer ou d’être joint en permanence. Combien d’entre-nous osent encore éteindre leur téléphone portable la nuit en se disant « on ne sait jamais… », ou préfère le mettre sur vibreur dans un lieu public plutôt que de l’éteindre par crainte de manquer une communication.

Désormais, c’est un vrai accessoire de mode. Les opérateurs offrent une palette importante de coloris et de formes, à clapets ou non, avec étui customisé. On vend même des autocollants ou petits objets ludiques à y accrocher et qui s’allument lorsque le téléphone sonne.

Des numéros de téléphones surtaxés vous offrent la possibilité de modifier votre sonnerie ou l’image de votre écran. Nous avons tous vu dans des magazines des téléphones portables conçus en séries limitées voire des pièces uniques en or, certies de diamants… Nous sommes à l’ère du « montre-moi ton portable je te dirai qui tu es ! »

Aucun ado, de nos jours, aucun P-DG, n’oserait exhiber un « vieux » portable datant de dix ans! Le téléphone portable est un objet qui devient étroitement lié à l’affirmation de soi et de son identité.

Les dangers de la dépendance

Le premier danger est sans doute la perte de la maîtrise de l’objet. Lorsque le possesseur de portable est incapable de l’éteindre lors d’une soirée en amoureux, au cinéma, pendant un rendez-vous médical ou, pire, pendant l’enterrement d’un proche… Il y a danger. L’usage de l’objet technologique a effacé l’éducation du citoyen, l’importance de la relation physique à l’autre, la capacité a être dans l’instant, à vivre le moment présent.

Le téléphone portable est un formidable capteur d’attention. C’est regrettable lorsqu’il soustrait la présence d’un parent aidant son enfant à faire ses devoirs ou l’attention d’un amoureux à sa conjointe, mais le risque est mortel lorsqu’il diminue la vigilance d’un conducteur.

Kit mains libres ou pas, téléphoner au volant, lire un SMS ou autres augmente le risque d’accidents. L’OMS révèle que les risques d’accident de circulation sont multipliés par trois ou quatre lors de l’utilisation de mobiles. Il est probable que les accidents du travail et les accidents domestiques le soient également.

Un danger majeur, mais d’ordre plus psychologique, peut être celui de l’absence de limite entre le professionnel et le privé. Un portable rend l’employé joignable quasiment 24 heures/24 par son employeur qui peut ne pas hésiter à l’appeler le soir pour faire le point sur un dossier, préparer une réunion, etc., le privant ainsi de moments privés et, conséquemment, le faisant travailler en dehors des heures « légales » que ce dernier est sensé consacrer à son travail, le joignant également pourquoi pas durant ses vacances.

De même l’utilisation non raisonné du portable rend floue la limite entre la vie privée et la vie publique lorsque, dans un bus ou un centre commercial, elle nous fait assister au monologue d’une dispute amoureuse, aux confidences téléphoniques sur des problèmes de santé ou financiers. Sans compter les sonneries tapageuses et peu discrètes qui surgissent de manière impromptue dans les bibliothèques, cinémas et autres hôpitaux. Un peu de savoir-vivre, que diable !

L’usage excessif du portable diminue les vraies relations physiques avec les êtres chers. Redonnons au téléphone sa place en remplaçant les longues conversations amicales téléphoniques par des chaleureux dîners entre amis et en sachant l’éteindre à ce moment là!

N’oublions pas aussi que l’innocuité d’un usage massif de ce genre de téléphonie n’est encore pas avérée, les mesures de précaution invitent à la prudence.

1Professeur en communication à l’université Urbana-Champaign (Illinois), auteur de How to Think About Information, University of Illinois Press, Chicago, 2006, et de Digital Capitalism : Networking the Global Market Systems, MIT Press, Cambridge (Etats-Unis), 2000 , auteur également de l’article dont sont extraites les citations : « Esclaves volontaires du téléphone portable » in « Le Monde diplomatique » de février 2005

2Cf. James Katz et Mark Aakhus, Perpetual Contact,Cambridge University Press, 2002.

3Doctorante au Centre de Recherche en Gestion CEREGE

Institut d’Administration des Entreprises, IAE de Poitiers

Université de Poitiers, France.

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