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Art et Design Chaises du FRAC Nord Pas de Calais

Art et Design Chaises du FRAC Nord Pas de Calais

Où s’arrête le design où commence l’art ? Parfaite adéquation du beau et de l’utile le siège contemporain répond à ce statut particulier.

La chaise appartient à l’immense réseau des objets figuratifs d’une civilisation, elle en est le meilleur miroir. Les designers lui ont gardé son aspect fonctionnel tout en lui associant des perceptions tactiles, visuelles, sensuelles, artistiques et poétiques. Le siège peut acquérir un statut de « pseudo meuble », de sculpture minimaliste, d’objet d’art ou de Ready Made dans la lignée de Duchamp.

Le détournement associé au ludique

Castiglioni, designer italien, récupère et réemploie des sièges de tracteur (Tabouret Mezzadro 1957) de bicyclette (Siège Sella 1957). La chaise propose plus qu’une fonction, un manifeste, à la fois discours critique et humoristique sur la forme plastique, sur la production de l’époque et questionnement sur nos comportements.

Le piétement en tubes métalliques fait référence directe à ceux utilisés par Nemo ou Eames, alors que Pesce privilégie la résine, Panton le plastique et le moulage et Gilardi le polyurèthane pour des assises molles, plus tactiles.

La chaise de Gilardi se teinte de surréalisme devenant galet de plage, champ de choux (Tappeti Natura 1968). Ces fragments de nature provoquent un certain malaise physique quand la situation de s’y asseoir se présente.

La fonctionnalité et les conventions cèdent ici le pas à la création pure et ne répondent plus à la vocation du siège, à ses fonctions et à l’ergonomie. Les chaises sont de vrais trompe-l’œil piégeant nos sensations car les galets sont mous, les choux se redressent au moindre contact.

Nemo présente Marino e Marini, cet intitulé est celui de duettistes célèbres qui chantaient et dansaient le Cha Cha Cha (1965/66) ; ces deux chaises indissociables illustrent le mouvement. Sièges dansants mis en scène face à face comme un couple de danseurs exécutant des pas compliqués, ils concrétisent l’instant arrêté, le va et vient visuel.

La fonctionnalité subsiste : simplicité, efficacité, confort

Léger, pour Kahönen, le siège utilise des matériaux issus de la voile ce qui lui donne une grande facilité de manipulation, il s’ouvre et se ferme et se transporte dans un sac. Hommage à la technologie, aérienne et transparente, la chaise surnommée Tour Eiffel (1958) de C. Eames a une structure en fils d’acier soudés.

La chaise Plia (1969) pliante, empilable de Piretti ajoute à la fonction d’assise la préoccupation de l’espace et du rangement ; elle peut s’accrocher au mur et devenir élément de décoration.

La chaise longue d’Archizoom s’associe au confort de la position allongée, au farniente, aux loisirs, hélas la toile est si tendue qu’elle ne peut recevoir le corps et il est évident que l’usager perturbé par la proposition hésitera à s’asseoir.

Le discours est contestataire, revendiqué comme tel par ce groupe de designers italiens, il entre dans la problématique de l’exercice du pouvoir, de la position hiérarchique, du siège de l’autorité.

Le rôle social de la chaise

P. Starck fait la relecture de l’histoire et de la forme plastique associées aux sièges ; celles des clubs de 1950 sont reprises dans Richard III (1981) fauteuil réalisé pour un président de la république et à double titre siége de pouvoir.

Ettore Sottsass vise moins haut bien que Tapis volant (1975) réponde aux aspirations de s’élever, de voyager. Sans pour autant offrir au siége la magnificence d’un conte oriental, les matériaux, constitués de bric et de broc, jouent sur le mélange des styles et la culture de masse. Critique du fonctionnalisme et d’une société de consommation, le concepteur choisit une esthétique du mauvais goût, le tape à l’œil, le kitsch.

Rapport au corps privilégié

La chaise a une relation spécifique avec le corps qui ne la subit plus avec le Sacco italien (1968), au contraire il en détermine sa ligne. Surnommé la poire, à cause de sa forme, comme un tas de sable ou un cocon dans lequel se lover, il s’adapte à tous les besoins, à tous les gabarits ; au ras du sol, décontracté et convivial, il n’affiche aucune prétention historique ou ergonomique.

L’osmose parfaite entre le corps et la chaise est réalisée dans Djinn , les canapés de O. Mourgue, connus par le film de S. Kubrick 2001 Odyssée de l’espace, le corps est suspendu grâce à un jeu de courbes, d’arrondis et d’ondulations permis par l’usage de la mousse injectée.

Panton part d’une feuille dépliée en zigzag, dérivée du rocking-chair, la forme, à la fois convexe et concave, a la flexibilité et la maturité de la ligne ondulante et engendre des balancements. La netteté du dessin et la souplesse apportent au produit des qualités esthétiques et de confort inédites.

Des chaises ou des sculptures : un statut ambigu

G. Pesce repousse la conception technologique et standardisée du design, cherche à donner à l’objet une charge signifiante que le modèle standard a tué. En individualisant l’objet, la série des chaises Dalila (1980) ont toutes une particularité reliée à l’humain et l’utilisation d’un moule en plâtre avant la réalisation évoque directement la sculpture.

F. Bauchet s’éloigne aussi du concept du Bauhaus “la forme répond à la fonction”; il dessine, construit en associant entre eux des parallélépipèdes massifs et colorés dans une sorte de montage archaïque et monumental : Sellette à P. F. (1986) est un pupitre et aussi une chaise dédiée à P. Favier, une des multiples dédicaces que ses meubles comportent afin de les personnaliser.

Capitello (1965) présente une forme connue de l’histoire de l’art, un chapiteau ionique en mousse de polyuréthane, archétype et vestige de l’architecture classique. Sculpture ou siège sa fonction est indéterminée.

Du simple modèle de chaise pratique et fonctionnelle à la structure esthétique et artistique chargée d’histoire, les designers contemporains ont rivalisé d’inventions ; les nouveaux matériaux ont participé à cette émancipation de l’objet usuel.

La collection du FRAC Nord Pas de Calais en est la magnifique démonstration et reste à ce jour la plus riche et la plus complète.Rendez vous sur le site pour voir toute la collection.

Lire plus sur le design: l’article de Jean Luc Mercier

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