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Aime Cesaire lavenement dune civilisation negre

Aime Cesaire lavenement dune civilisation negre

Député-maire de Fort-de-France, Aimé Césaire est aussi un homme de lettres militant dans la lignée de Victor Schoelcher…

Anticolonialisme, recherche d’une identité culturelle antillaise, avènement d’une civilisation nègre… Lors de son premier séjour parisien, Aimé Césaire entreprend «un voyage au cœur du savoir occidental »[1] qui le mène à l’Ecole normale supérieure en 1935. Sa première étape le conduit en hypokhâgne au lycée Louis-le-Grand en 1931. Il y assouvit son amour pour les littératures antique et classique. Il y apprécie les œuvres de Rimbaud ou Claudel. Enfin, il y découvre « l’Afrique à Paris »[2] en la personne de Leopold Sédar Senghor.

Quand le Sénégal rencontre la Martinique

Les deux khâgneux entretiendront une amitié de soixante-dix ans. Senghor permet à Césaire de révéler son « africanité inconsciente »[3]. A la lecture de l’Histoire de la civilisation africaine de Léo Frobenius, Césaire prend conscience de l’importance des civilisations africaines précoloniales. Nourris par leurs lectures, leurs discussions parfois animées et leurs rencontres, notamment avec les auteurs noirs américains, Césaire et Senghor entreprennent de fonder le concept de Négritude. Dans un monde où le terme civilisation n’est associé qu’à l’Occident, ce concept affirme une identité noire liant l’ensemble de la diaspora. Césaire fonde cette identité, non sur la couleur de peau mais, sur une histoire commune mêlant esclavage, oppression et colonisation. Cette acceptation d’un passé commun doit permettre de s’opposer au « réductionnisme européen »[4] et de faire entrer la singularité nègre dans la civilisation universelle.

Poser les bases d’ une civilisation nègre

Aimé Césaire considère qu’il existe « un préalable culturel, indispensable à tout réveil politique et social »[5]. La création de la revue Tropiques en 1941 apparait comme un premier pas dans l’établissement d’une culture noire. Composée du couple Césaire, de René Ménil ainsi que de Georges Gratiant, la rédaction de Tropiques entend créer « un centre de pensée antillais »[6]. Tournant le dos au « doudouisme »[7] ambiant, Tropiques s’inspire du folklore martiniquais et affirme sa dimension essentielle africaine. En 1944, Césaire effectue une mission d’étude à Haïti. Il y découvre « un peuple fier de ses racines, de sa culture »[8].Emerveillé, Césaire se consacre à l’étude de l’histoire sociale et politique de cette île. De ce séjour au cœur des « Antilles essentielles »[9], il tirera en 1960 un essai Toussaint Louverture.

Un dramaturge militant

Haïti fournit également à Césaire le modèle de son personnage de Rebelle épris de liberté, héros de son œuvre théâtrale. Un archétype classique dans la veine de ceux utilisés dans sa première tragédie, Et les chiens se taisaient (1956). Héritier d’Eschyle, Césaire conçoit sa pièce comme une œuvre fondatrice de la nouvelle civilisation nègre. La parution de la Tragédie du roi Christophe en 1963 donne le coup d’envoi d’une réflexion sur les pratiques du pouvoir. Césaire choisit de placer ses pièces dans un contexte historique précis. Le bref règne d’Henri Christophe dans une Haïti nouvellement indépendante, les derniers mois de Patrice Lumumba dans une Saison au Congo (1966), la ségrégation raciale subie par les Afro-Américains dans Une tempête (1969). Donnant une dimension « documentaire » à son théâtre, Césaire veut renforcer sa fonction sociale, au sens classique du terme. Le destin tragique de ses héros doit permettre l’émancipation de l’homme noir.

Un écho international

Césaire accède à une renommée internationale grâce à son théâtre. La Tragédie du roi Christophe, notamment, sera représentée dans le monde de 1964 à 1986. Les Africains, particulièrement les Sénégalais et leur président Léopold Sédar Senghor, se l’approprieront lors du Festival mondial des arts nègres de Dakar en 1966. L’objectif de Césaire est en partie acquis par la création des scènes nationales en Afrique et aux Antilles ainsi que par l’initiation d’une politique de culture contemporaine autonome.

A lire aussi : Aimé Césaire, du communisme au fédéralisme

Bibliographie : LOUIS (P.), Conversations avec Aimé Césaire, Paris, 2007

VERGES (F.), Nègre je suis, Nègre je resterai, Paris, 2005

FONKOUA (R.), Aimé Césaire, Paris, 2010

CESAIRE (A.), Discours sur la Négritude, Miami, 1987

[1] FONKOUA (R.), Aimé Césaire, Paris, 2010

[2] LOUIS (P.), Conversations avec Aimé Césaire, Paris, 2007

[3] Idem

[4] CESAIRE (A.), Discours sur la Négritude, Miami, 1987

[5] Idem

[6] FONKOUA (R.), Aimé Césaire, Paris, 2010

[7] VERGES (F.), Nègre je suis, Nègre je resterai, Paris, 2005

[8] FONKOUA (R.), Aimé Césaire, Paris, 2010

[9] LOUIS (P.), Conversations avec Aimé Césaire, Paris, 2007

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